Le Guide suprême des Frères musulmans arrêté pour « incitation au meurtre »

Le Guide suprême des Frères musulmans arrêté pour « incitation au meurtre »

Le pouvoir installé par l’armée en Egypte, engagé dans une féroce répression contre les Frères musulmans du président destitué Mohamed Morsi, a porté un rude coup mardi à la confrérie en arrêtant son Guide suprême qui sera jugé dimanche pour « incitation au meurtre ».

L’arrestation de Mohamed Badie Guide suprême des Frères musulmans et sa mise en détention provisoire pour 15 jours est le dernier d’une série de revers infligés par les autorités au mouvement islamiste engagé depuis six jours dans une épreuve de force extrêmement sanglante avec les forces de l’ordre ayant fait près de 900 morts, en majorité des manifestants pro-Morsi, et abouti à l’arrestation de centaines d’entre eux.

Après l’arrestation de M. Badie, les Frères ont nommé Mahmoud Ezzat Guide par intérim. Ce dernier « a la réputation d’être un faucon », note Karim Bitar, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). « Il pourrait s’agir d’un signal envoyé, montrant qu’on peut répondre à l’autoritarisme par un autre autoritarisme ».

L’un des dirigeants de la coalition pro-Morsi a affirmé à l’AFP qu’une « énorme manifestation » était prévue vendredi pour poursuivre la mobilisation contre la destitution et la détention le 3 juillet par l’armée de M. Morsi. Ces derniers jours, les islamistes ne sont toutefois pas parvenus à réunir les cortèges de manifestants qu’ils appellent à manifester quotidiennement. Mais les images diffusées en boucle par les télévisions locales, acquises à la cause de l’armée et vantant la méthode forte contre le « terrorisme des Frères musulmans », montrant M. Badie, l’air prostré, habillé d’une simple gellabiya, la longue tunique traditionnelle, pourraient attiser la colère de ses partisans.

M. Badie, 70 ans, a été arrêté avant l’aube dans un appartement de la capitale puis transféré à la prison de Tora au Caire, où se trouvent ses deux adjoints, Khairat al-Chater et Rachad Bayoumi, avec lesquels il sera jugé dimanche pour « incitation au meurtre » de manifestants anti-Morsi.

Moubarak et Badie dans la même prison

C’est dans cette prison qu’est aussi détenu Hosni Moubarak, le président chassé du pouvoir par une révolte populaire début 2011. Libéré provisoirement dans trois des quatre affaires qui le concernent, il devrait déposer mercredi une demande de libération conditionnelle dans le cadre de ce dernier chef d’inculpation, une affaire de corruption.

Depuis le début des manifestations pro-Morsi, des milliers de responsables des Frères musulmans ont été arrêtés, dont le chef de leur parti politique et ex-président du Parlement Saad al-Katatni.

Quant à M. Morsi, qui était accusé par ses détracteurs et des millions de manifestants fin juin d’accaparer le pouvoir et d’avoir achevé de ruiner une économie déjà exsangue, il est sous le coup d’un nouveau chef d’accusation: « complicité de meurtre et de torture » de manifestants.

Apparu une seule fois en public depuis le 3 juillet, M. Badie ne s’était pas rendu aux funérailles de l’un de ses fils tué vendredi au Caire dans des heurts avec les forces de l’ordre désormais autorisées à tirer sur tout manifestant considéré comme hostile.

Rien ne semble arrêter l’armée dans sa répression des Frères musulmans qui avaient remporté coup sur coup depuis 2011 les premières législatives puis présidentielle libres du pays, ce qui fait planer la menace d’un nouveau passage des islamistes dans la clandestinité et la radicalisation de certains comme lors des années 1990 émaillées d’attentats sanglants.

Le cycle des violences a été relancé avec la mort en moins de 24 heures de 25 policiers dans l’attentat le plus meurtrier depuis des années au Sinaï et le décès de 37 détenus, tous Frères musulmans.

Les 25 policiers tués lundi dans la péninsule désertique, base arrière de nombreux groupes islamistes armés, ont porté à 102 le nombre de policiers tués en cinq jours.

« Carnage total »

La veille, 37 Frères musulmans avaient péri asphyxiés dans un fourgon pénitentiaire, selon la police dans une tentative d’évasion. Le camp de M. Morsi a dénoncé un « assassinat » et l’ONU a réclamé une enquête.

Dans la journée la plus sanglante depuis la révolte de 2011, environ 600 personnes ont péri le 14 août, en majorité des pro-Morsi, après l’assaut lancé par l’armée et la police contre leurs deux campements au Caire.

Malgré le tollé déclenché parmi la communauté internationale, le chef de l’armée et nouvel homme fort de l’Egypte, le général Abdel Fatah al-Sissi, a martelé dimanche que son pays ne plierait pas devant les « terroristes ».

L’ONG Amnesty International a dénoncé un « carnage total » et dénoncé « l’inefficacité » de la communauté internationale, tandis que le Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme a dit vouloir déployer des observateurs pour évaluer la situation sur le terrain.

Les pays de l’Union européenne, qui se sont dits prêts à « réexaminer » leurs relations avec Le Caire, tiennent mercredi une réunion ministérielle, alors que les Etats-Unis, qui ont dit continuer à examiner leur aide annuelle à l’Egypte (1,5 milliard de dollars), ont admis que leur capacité d’influence y était « limitée ».

L’Arabie saoudite, qui soutient le nouveau pouvoir, a assuré que les pays arabes étaient prêts à compenser toute baisse de l’aide occidentale à ce pays, et le Qatar, pourtant soutien de M. Morsi, a envoyé une deuxième cargaison gratuite de gaz naturel liquéfié.

L’état d’urgence et le couvre-feu nocturne décrétés le 15 août restaient en vigueur mais Le Caire, mégalopole de 20 millions d’habitants, a repris une vie quasiment normale la journée, si ce n’était les chars de l’armée déployés sur toutes les grandes artères.

À propos Ahmed Belaarej

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