Le « chemin de croix » du PJD…

Le « chemin de croix » du PJD…
0 commentaires, 06/02/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

Le destin de l’Union socialiste des Forces populaires pourrait faire l’objet d’une recherche universitaire en sciences politiques, de même qu’il pourrait servir d’exemple et de ligne de conduite pour le PJD, aujourd’hui au gouvernement.

Comment donc ce parti, l’USFP, a-t-il pu en arriver au point qu’un de ses dirigeants, Mohamed Achaâri, ait annoncé sa mort ? Pourquoi donc les membres les plus éminents de cette formation, et les moins importants aussi, entreprennent-ils aujourd’hui d’éreinter leur parti de cette manière, après qu’un ancien leader de leur jeunesse, Driss Lachgar, soit parvenu au poste de Premier secrétaire ?

Tout le monde doit se rappeler cette période au cours de laquelle l’USFP était arrivée au pouvoir pour sauver le pays de la crise cardiaque évoquée par le défunt Hassan II dans un de ses discours adressés au peuple. Le leader Abderrahmane el Youssoufi avait alors accepté de participer au « jeu politique », mettant toute son aura et tout son crédit politique au service de l’Etat afin d’éviter le retrait de la confiance du FMI et de la Banque mondiale dans le système politique marocain, et afin de permettre une transition en douceur d’un règne à l’autre.

Et qui entend Benkirane dire et répéter que le maintien de la monarchie au Maroc revient à sa décision de ne pas se joindre aux manifestants sortis dans les rues le 20 février pendant le printemps arabe, celui-là doit aller réviser ce qu’avait dit le FqihBasri lors d’une interview qu’il avait accordée à Hassan Nejmi et Mohamed Maârouf, pour al-Qods al-Arabi, et dans laquelle il avait abordé la question de l’accord des partis du Mouvement national d’intégrer le gouvernement et avait réagi aux déclarations de certains de ces partis qui pensaient qu’ils avaient ainsi sauvé la monarchie … Ecoutons le Fqih : « C’est une grave erreur que de penser de la sorte, parce que ce sont les composantes du peuple marocain qui garantissent la stabilité et permettent la transition et aussi parce que le vœu de tous les Marocains est, a été, et sera de vivre dans la stabilité ; et même dans le cas d’une vacance de la royauté, les Marocains s’en chercheront et s’en trouveront une autre, quel que soit le monarque. Et donc, aucun parti et aucun gouvernement ne peuvent se targuer de pouvoir changer cette donne ». C’était là l’avis d’un opposant féroce à la royauté, qui avait essayé de la faire tomber par tous les moyens qui s’étaient offerts à lui, un homme qui connaissait parfaitement les Marocains, un homme qui ne parlait pas en l’air, ou pour ne rien dire.

Durant les cinq premières années du gouvernement socialiste, les membres dirigeants de l’USFP arguaient de leur souci de sauver les meubles, de consentir des sacrifices pour sauver le Maroc de la crise cardiaque qui menaçait. Et quand la « méthodologie démocratique » avait été jetée aux orties par la nomination d’un Premier ministre en dehors du parti vainqueur, quand el Youssoufi avait été privé de son maintien à la Primature bien qu’il ait remporté les élections de 2002, une autre version pour justifier la participation au gouvernement technocrate de Driss Jettou avait été présentée par Fatma el Moudden, membre alors du Bureau politique de l’USFP, qui disait en substance que le moment était crucial et important et qu’il fallait être en dedans et non en dehors. Et Mohamed Achaâri était alors le ministre de la Culture, et défendait aussi cette thèse, qu’il récuse aujourd’hui, une thèse qui s’appuyait sur la défense de la stabilité du pays.

Donc, quand Achaâri regrette la participation des socialistes au gouvernement Jettou, serait-il en train de regretter par la même occasion que ses camarades et lui aient défendu en ce temps la stabilité politique du pays ?

Mohamed Achaâri sera resté 9 ans au gouvernement, et il en aura connu trois successifs… Ses regrets auraient été plus facilement admis s’ils étaient intervenus à la 5e, 6e ou même 7e année de sa présence au gouvernement, mais qu’il reste 9 ans au gouvernement et qu’il attende cinq ans après en être sorti pour venir faire part de ses regrets d’y être entré en 2002, puis qu’il réagisse à l’échec de sa motion présentée lors du dernier congrès de l’UFSP, dans ce cas, il faudra une sérieuse dose d’amnésie à l’opinion publique pour qu’elle donne suite aux propos du personnage.

Il ne faut pas oublier non plus que Mohamed Achaâri, en qui la presse avait perdu à son entrée au gouvernement une plume d’une rare finesse, dans la narration et dans l’humour le plus caustique, avait cédé – avec ses pairs – aux appels de sirènes du gouvernement et avait aussi – toujours avec ses camarades – avalé la couleuvre de la mise à l’écart d’el Youssoufi ; tous ces socialistes avaient donc accepté d’entrer dans un gouvernement technocrate, en dépit de la pole position qu’avait occupée leur formation aux législatives.

Et ceux qui n’avaient pas eu la chance d’accéder au gouvernement avaient été largement dédommagés par des hautes fonctions dans des grandes administrations et/ou entreprises publiques ; Lahlimi avait hérité du HCP et Khalid Alioua avait atterri au CIH, les deux personnages ayant été à ce moment la matière grise principale sur laquelle s’appuyait el Youssoufi.

Mais la roue a tourné, et voilà qu’aujourd’hui Khalid Alioua, ancien porte-parole du gouvernement, est en prison pour des accusations se rapportant à la dilapidation de l’argent public. Son avocat n’est autre que Driss Lachgar, le nouveau patron de l’USFP et aussi le ci-devant président de la commission d’enquête parlementaire sur le CIH, au sujet duquel Alioua est incarcéré.

Durant leur passage dans les trois gouvernements, ou quatre, les socialistes avaient été en charge de ministères très sensibles en rapport direct avec les vies et les existences des gens. Il serait honnête et équitable de reconnaître à Benkirane qu’en arrivant à la présidence du gouvernement, il aura trouvé l’héritage de l’USFP. Et c’est pour cela que le chef du gouvernement a bien raison de dire qu’il ne peut solutionner en un an ce qui a été vicié de longues années durant, d’entières décades pour être plus précis. Et lorsque les élus socialistes entreprennent d’épingler Benkirane sur tel ou tel sujet, dans tel ou tel département, il leur rappelle allusivement que ce qu’il a trouvé en arrivant, c’est ce qu’ils avaient laissé, eux, en partant, que cela soit dans le domaine de la Justice, ou de l’éducation ou des finances. En effet, la situation actuelle de la pauvreté, de l’analphabétisme, du déficit public, du chomage, du sous-développement en matière de la recherche et de l’université, tout cela est un legs des socialistes et de leurs alliés, du temps où ils « gouvernaient » ; et la même chose s’applique aux autres députés des autres partis qui crient fort au parlement contre Benkirane et ses hommes et femme.

Les socialistes ont abandonné el Youssoufi car ils voulaient rester au gouvernement dont ils ont appris à goûter les délices ; et aujourd’hui, ils abandonnent le dernier bastion socialiste après qu’ils aient empêché le maire d’Agadir, Tarik Kabbaj, d’accéder au Bureau politique.

Et voilà que l’USFP, ce vieux parti qui a connu des centaines de morts, de prisonniers et de disparus, qui se sont sacrifiés sur l’autel du militantisme, ce parti est devenu un simple tremplin pour ceux qui aspirent à devenir importants et à exercer une fonction d’autorité. Et cela est apparu le plus clairement du monde lors de l’affrontement qui s’est déroulé pour la désignation du Premier secrétaire et pour l’élection du Bureau politique. Nous avons entendu ces accusations sur l’intervention de personnes extérieures au parti pour la mise en place de ses structures, et puis nous avons assisté à ce cortège de démissions des rangs de l’USFP, pendant que d’autres, comme Achaâri, ont préféré récité une prière aux morts à la mémoire de leur formation.

Or, en vérité, l’USFP n’est pas morte, elle est même bel et bien vivante… Ce qu’il s’est produit, c’est que les fauteuils du gouvernement qu’elle a gardés si longtemps ressemblent à ceux d‘une séance de chimiothérapie qui aura enlevé toute immunité cette formation, en faisant une structure épuisée, exsangue, incapable désormais de mordre, car ses dents sont tombées et ont été remplacées par d’autres, de mauvaise facture, qui ne servent pas à agresser ou à se défendre, mais seulement à faire de pâles et improbables rictus de complaisance.

Le parti vit, il n’est pas mort, n’en déplaise à Achaâri. Mais il a changé, exactement comme Achaâri et ses camarades ont changé, eux aussi, et de la même manière que tous les partis qui ont connu le fauteuil de chimiothérapie ont changé à leur tour, et tout porte à croire que c’est le sort qui attend le PJD également, après un an au pouvoir.

L’USFP, dans sa version el Youssoufi, s’est terminée, étroitement liée à cette idée de l’incarcération de Khalid Alioua pour abus de biens sociaux. Et voilà qu’aujourd’hui, on voit comment des dossiers sont en train d’être préparés pour moult dirigeants du PJD, en prévision de leurs jugements futurs et de l’implication du PJD dans des scandales de dilapidation des deniers publics : Belkora, l’ancien maire de Meknès ; pour falsification et trafic d’influence : Moaâtassim, l’actuel chef de cabinet du chef du gouvernement ; pour trafic de drogue et évasion fiscale : Abdelmoula, l’ancien maire de Tanger ; pour meurtre : Hamieddine, membre du Bureau politique PJD.

Le PJD aujourd’hui est en train de gravir son Golgotha, de marcher sur son « chemin de croix », le même que celui sur laquelle avait avancé l’USFP en son temps… et comme chacun sait, au terme de ce chemin, on ne trouve que les croix sur lesquelles seront crucifiés ceux qui y sont allés, avec leur popularité, laissant aux vautours le soin de venir dévorer les restes. L’USFP a connu cela hier, et le PJD le connaîtra demain.

Toutes les décisions prises par le parti de Benkirane depuis qu’il est arrivé au « faîte du pouvoir » sont de nature à éroder sa popularité et à réduire son influence sur les populations… Augmentation des prix, plus d’impots, aggravation de la criminalité, croissance de la dette interne et externe, baisse des revenus touristiques, élévation du nombre des accidents de la route, plus de chomeurs… tous les indicateurs sont passés au rouge, en seulement un an.

En contrepartie, ce que le parti trouve à dire pour justifier sa crucifixion est de dire et de redire, et d’insister qu’il est là pour sauver le pays et garantir la stabilité de l’édifice… le même argument qu’avançaient les ministres socialistes pour expliquer leur position au gouvernement, et parmi eux Mohamed Achaâri.

Voilà pourquoi Benkirane et ses amis peuvent se rassurer quant à leur maintien en poste durant les quatre années qui restent pour la fin de leur mandat. Ils peuvent même être sûrs qu’ils rempileront, une fois leur temps arrivé à terme. Le centre de chimiothérapie a besoin de temps. Et lorsqu’ils achèveront leurs cinq années, ils en auront cinq autres, en remerciement d’avoir accepté de se faire enlever les dents et de se les être vues remplacées par d’autres qu’ils pourront oter toutes les nuits, avant de s’endormir, en les mettant dans un verre d’eau…

Les partis qui ont des dents ont une seule alternative face à eux, deux options, pas une seule de plus : soit ils acceptent de se voir briser les dents, soit ils se laissent faire et se les font arracher grâce au puissant somnifère de l’autorité.

C’est cela la vraie réalité de l’USFP aujourd’hui, une bouche sans dents pour mordre. Et il est plus que probable que dans dix ans, cela sera également la situation du PJD.

Mais au moins, on peut dire que les chefs du PJD ont des barbes qui pourront alors masquer les nouvelles dents…

Mots Clefs:
Maroc

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