Le cheikh Marlboro

Le cheikh Marlboro
0 commentaires, 26/01/2013, Par , Dans Chroniques

Nous n’avons pas de frontière commune avec le Mali, alors que notre voisine l’Algérie partage 1.200 km avec ce pays en guerre. C’est pour cela que les graves conséquences de l’intervention militaire française au Mali se ressentiront bien plus à Alger et à Nouakchott qu’à Rabat.

Et bien qu’une grande fraîcheur règne dans les relations entre le Maroc et l’Algérie, le premier ne se délecte pas des évènements qui surviennent chez la seconde, de même que le Maroc n’avait pas dans le passé profité ou essayé de tirer profit du fameux coup d’Etat contre le Front islamique du Salut en 1989, suite auquel le pays de l’émir Abdelkader était entré dans une longue guerre civile, particulièrement meurtrière, qui avait marqué une phase d’instabilité politique dans et depuis laquelle l’armée avait pris le pouvoir et dominé le pays tout entier.

Les pressions exercées sur Abdelaziz Bouteflika, qui l’ont conduit à accepter d’ouvrir son espace aérien aux chasseurs et bombardiers français, ont eu une répercussion directe et immédiate ; l’agression des combattants d’al-Qaïda perpétrée sur une installation gazière, qui a fait des victimes parmi les ressortissants de grands pays comme l’Amérique, le Royaume-Uni et d’autres encore. La réaction d’Alger, bien que les grandes puissances n’aient pas vraiment apprécié, aura donc permis aux militaires algériens, qui se sont empressés d’éteindre le feu avant qu’il ne prenne, de dire aux amis de Mokhtar Belmokhtar, le roi du Sahel, le cheikh Marlboro – du nom de son grand trafic en cigarettes – que l’Algérie n’a en rien renoncé à ses méthodes antiterroristes qui datent des années 90, quelles que soient les circonstances ou la nationalité des boucliers humains.

Le Mali a un gouvernement faible, une souveraineté éclatée et connaît des coups d’Etat à répétition, et c’est pour cela que ce pays n’avait d’autre choix que d’appeler la France à la rescousse, sous peine autrement de voir Ansar Dine et l’Azawad gagner du terrain et occuper toutes les autres villes du pays, après que ces mouvements eurent soumis le nord où ils ont établi un émirat « taliban » devenu une base arrière d’al-Qaïda, rendue plus forte que les armées régulières des pays de la région grâce à l’arsenal de Kaddhafi.

La France, pour sa part, a bien évidemment ses intérêts ; elle est l’ancienne puissance coloniale et elle serait la plus grande perdante si le Sahel venait à se transformer en nouvel Afghanistan. Et c’est la raison pour laquelle le président Hollande n’a pas hésité à frapper, s’attirant le soutien timide de ses alliés, Washington en tête. Cependant, si tout le monde, pays riverains compris, s’accorde sur la nécessité d’éradiquer al-Qaïda des sables du Sahel, les mêmes pays nourrissent certaine inquiétude sur les conséquences ravageuses attendues suite à toute intervention militaire, une inquiétude servie par les précédents que sont l’Afghanistan ou l’Irak, par exemple.

Le Maroc, quant à lui, est fort préoccupé par les développements dans la région, et même si l’Algérie avait déployé tous ses efforts pour tenir le Maroc éloigné des initiatives internationales pour résoudre la crise et se dresser face au terrorisme, Rabat se trouve aujourd’hui dans une situation plutot confortable, mais un confort qui n’exclue pas la vigilance.

Nos frontières sud et est résonnent aujourd’hui du bruit des combats, et la position favorable du Maroc à l’égard de l’intervention française le place parmi les pays ennemis des amis du cheikh Marlboro ; les camps de Tindouf, où se trouvent des dizaines de milliers de Marocains, se trouvent en première ligne de la zone de tensions. De plus, le manque de vision sur les véritables relations prévalant entre le Polisario et les groupes terroristes rend les choses opaques, et elles le sont encore bien davantage avec ces Marocains qui combattent dans les rangs des terroristes, et que l’on pourrait nommer aujourd’hui les « Marocains du Sahel », comme on avait appelés, hier, les autres les « Marocains afghans ».

Mais le Maroc a un autre problème… Sur son front intérieur, les cheikhs salafistes graciés ont publiquement exprimé leur opposition à l’intervention française, en excipant d’arguments religieux, voire excommunicateurs, et le Mouvement Unicité et Réforme, réputé pour être la base idéologique du PJD, a lui clairement fait savoir son refus de cette guerre menée au Mali. Et tout cela fait que les secousses à Bamako se font sentir jusque chez nous, jusque dans ce Maroc qui essaie de se distinguer, avec ses islamistes au pouvoir, des autres islamistes dans les pays arabes, et dont le moins que l’on puisse dire est que leurs intentions ne sont pas très claires.

L’environnement immédiat du Maroc est problématique. La fraîcheur des relations avec Nouakchott, les tensions avec Alger et le conflit avec le Polisario empêchent tout rapprochement en matière de renseignement ou dans le domaine militaire pour faire face aux menaces qui existent dans la région, et cela arrange les activistes et autres terroristes d’al-Qaïda au Maghreb islamique… sachant que les deux seuls pays en mesure de répliquer, d’agir et d’intervenir dans cette région sont bien le Maroc et l’Algérie.

Aussi, cette guerre contre al-Qaïda et l’Azawad n’en est pas à sa fin, mais à ses tout débuts qui nous mènent vers l’inconnu. Et même si la France prend le dessus dans cette guerre, il faudra encore des années pour nettoyer la région des amis et des dernières poches de résistance de Mokhtar Belmokhtar ; et il faudra autant de temps pour réinstaller la stabilité dans cette région du monde aujourd’hui épuisée et exsangue. Cette nouvelle donne fait que les cellules actives et les risques d’attentats seront encore plus menaçants, non seulement dans les pays occidentaux, mais aussi dans ceux de la région, dont bien entendu le Maroc, dont les services de sécurité auront au moins démontré leurs capacités d’anticipation et de réaction, avortant ainsi moult tentatives d’agressions armées, bien que certains doutes sur le respect des droits de l’Homme soient observés dans certaines actions de ces services.

Les feux qui se sont allumés dans cette zone et les grondements de tonnerre qui y résonnent auraient dû normalement apporter un peu de chaleur aux relations avec nos deux voisins… las, il semblerait que cette fois-ci encore, le Maroc doive compter que sur lui-même, en attendant des jours meilleurs.

Mots Clefs:
Maroc

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