Le cadeau de Tanger et de Marrakech à Benkirane.

Le cadeau de Tanger et de Marrakech à Benkirane.
0 commentaires, 08/10/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

C’est un cadeau tombé du ciel, et à point nommé, que celui qui a été offert à Benkirane par les deux bonnes villes de Tanger et Marrakech. Jamais peut-être le chef du gouvernement n’a été aussi heureux en neuf mois, depuis ce jour béni où il a été désigné chef du gouvernement, que la semaine dernière après la victoire de son parti dans trois élections législatives partielles sur quatre. Ce « triomphe » a pris la forme d’une pierre avec laquelle Abdelilah Benkirane a fait plusieurs coups à la fois.

Un, le chef du gouvernement s’est rassuré quant à sa popularité dans deux grandes villes, l’une au nord, l’autre au sud, Tanger et Marrakech. Les élections qui se sont déroulées dans ces deux villes ont montré à Benkirane qu’il n’avait donc rien perdu de sa popularité après neuf fois éprouvants de son arrivée aux affaires gouvernementales. En novembre 2011, la liste PJD de Tanger avait obtenu 45% des suffrages exprimés, et le 4 octobre, ce chiffre est passé à 56%, avec 27.000 voix.

Deux, le PJD a triomphé du PAM sur ses terres, dans ses fiefs… car les mairies des deux cités sont tenues par des Conseils communaux PJD. A Tanger, c’est Fouad el Omary, le propre frère d’Ilyas, l’éminence grise du PAM, et à Marrakech, la présidence du Conseil est assurée par Fatima-Zohra Mansouri. A Tanger, le PJD a récolté 27.000 voix contre 9.300 personnes qui ont opté et voté pour le PAM ; et à Marrakech, la victoire était certes plus étriquée mais tout le monde aura relevé que les voix du PAM provenaient des milieux ruraux où les gens ne sont pas très politisés et où les votants répondent souvent à d’autres considérations que la politique pour arrêter leurs choix.

Trois, le PJD a pu établir de la manière la plus explicite et la plus incontestable la force de son organisation sur le terrain, il a pu montrer ses compétences et sa préparation pour conduire des opérations électorales ; et de fait, le parti est devenu une machine électorale avec laquelle ses adversaires doivent désormais sérieusement compter.

Que s’est-il donc produit pour qu’un parti qui n’a rien offert d’autre à ses électeurs neuf mois durant que des discours, un enthousiasme et des promesses, puisse maintenir sa popularité à ce point ? Quelles sont ces raisons qui ont incité les électeurs de Tanger et de Marrakech, et probablement demain à Agadir également, à se prononcer de cette manière dans ce qui ressemble à un plébiscite ouvert, sur la popularité de Benkirane et de son parti ? Qu’est-ce qui a bien pu encourager à apporter au chef du PJD et du gouvernement, ainsi qu’à sa formation, une aussi nette différence de voix avec des partis de l’opposition en situation, « théoriquement » du moins, d’exploiter la fâcheuse et si « impopulaire » décision d’augmentation des prix de même que les conséquences de la crise économique ou encore la confusion régnant dans l’équipe gouvernementale, et d’attirer à eux les populations en les éloignant du parti conduisant le gouvernement ?

La réponse est venue par la bouche d’un jeune électeur tangérois, questionné spontanément à sa sortie du bureau de vote. Interrogé sur son choix, le jeune a répondu qu’il avait opté pour le PJD ; « pourquoi donc ce choix, alors que ce parti n’a pas fait grand-chose depuis neuf mois qu’il est au gouvernement ? » ; « parce qu’ « ils » ne l’ont pas laissé travailler »; et lorsqu’ on lui a demandé qui étaient, à son avis, ces gens qui n’ont pas laissé le PJD agir comme il l’entendait, le jeune a esquissé un sourire avant de dire : « Les crocodiles et les démons »… Le jeune homme a dit cela avant de partir, ne nous laissant pas l’occasion de lui demander d’identifier ces créatures qui entravent l’action du gouvernement.

C’est du fonds de cette réponse spontanée que l’on peut expliquer le mieux le secret de la réussite du PJD à cette nouvelle épreuve à laquelle a été soumise sa popularité, et son succès à convaincre de larges franges de la population qu’il est un parti qui servait leurs intérêts et qui continue de le faire, qui s’opposait à leurs ennemis dans l’opposition et au gouvernement, et qui continue de le faire. C’est donc sur cette « victimisation » et sur cette force du verbe, et de la communication, que s’est appuyé le PJD du temps où il évoluait dans l’opposition, comme depuis qu’il est au gouvernement ; et c’est précisément pour renforcer ce caractère de victime que Benkirane a retroussé ses manches et a quitté son bureau dans l’enceinte du palais, à Rabat, se transportant au cœur des meetings électoraux où il repris ses activités de prédilection consistant en ses attaques contre le PAM qui est devenu le lubrifiant et la source d’énergie indispensable alimentant la dynamique de Benkirane et consolidant son discours politique.

Benkirane a jeté toutes ses forces dans cette bataille électorale partielle, non pas pour gagner quatre sièges au parlement, qui ne changeront rien aux équilibres politiques… Le chef du gouvernement a entrepris cette action afin de se donner encore plus d’atouts pour ses négociations et son bras de fer dans la capitale, et redonner à son gouvernement un nouvel élan et le sortir de la torpeur qui est la sienne ces derniers temps.

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