L’armée, cette grande muette si rétive aux réformes…

L’armée, cette grande muette si rétive aux réformes…
0 commentaires, 12/11/2012, Par , Dans Chroniques

Elle est la seule institution qui, tout au long des treize années passées du règne actuel, à demeurer en marge de toutes les entreprises de réformes, de restructuration et de renouvellement des élites. C’est l’institution que l’on qualifie de bastion inexpugnable et de grande muette. Il s’agit de l’institution militaire, dirigée par des généraux datant de l’ère d’Hassan II… des généraux pour la plupart septuagénaires, appartenant tous à la (très) vieille école, celle qui avait été mise en place par le roi défunt au lendemain des deux tentatives avortées de putschs militaires, en 1971 et 1972. Cette école place l’armée dans un coin obscur du palais royal, loin, très loin de la politique, du controle législatif, de l’audit du ministère des Finances, et encore plus loin de l’opinion publique… une institution dont une partie des chefs semblent n’avoir d’autres préoccupations que le commerce, l’agriculture ou les investissements dans des secteurs aussi divers que nombreux.

Pas de ministre de la Défense. Pas de débat sur la stratégie militaire. Aucune information sur les dépenses d’armement. Aucun débat sur une doctrine militaire quelconque, nouvelle. Rien ne filtre sur la gestion de plus d’un quart de million de personnes en uniforme, casquées et bottées… Tout ce que savent les Marocains, leurs partis, les gouvernements et parlements qui se sont succédés sont les montants des budgets alloués à l’armée ou les rencontres d’Abdelaziz Bennani avec des délégations étrangères… Cela, et rien d’autre.

Et puis, de temps à autre, une bombinette explose dans ce monde très fermé… Un officier qui évoque des pratiques de corruption, et qui est immédiatement jeté en prison… Deux militaires d’Oujda qui refusent de se taire et qui vont donc parler dans une cellule glaciale… Des médecins qui ne reçoivent aucune autre réponse à leur demande de mise à la retraite anticipée qu’un ordre d’embastillement à la Centrale de Zaki, en compagnie de détenus de droit commun… Quant aux procès qui se tiennent dans les enceintes des tribunaux militaires, nul ne connaît les critères qui y sont pris en compte ni la notion d’équité qui y a cours, sauf peut-être ceux qui y sont jugés et qui y ont perdu des plumes, et des galons…

Nous sommes un pays en butte à un conflit long et éprouvant avec notre voisine l’Algérie, au Sahara et en dehors du Sahara… de même que nous sommes une nation qui entretient des relations inégales avec son autre voisin, du nord celui-là, l’Espagne, qui continue à occuper une partie de ses terres et de ses rochers cotiers… Et, enfin, nous sommes un territoire qui se trouve au croisement des routes des mafias de la drogue, des terroristes d’al-Qaïda et des convois d’émigrés africains vers l’ « Eldorado européen »… Autant de dangers, de menaces et de périls qui requièrent la présence d’une armée forte, moderne et efficace…

Par bonheur, l’image de cette institution s’est nettement améliorée aux yeux de l’opinion depuis une vingtaine d’années, car les militaires ne sont plus intervenus dans la répression des émeutes populaires depuis celles de Fès, en 1991, laissant cette « sale » besogne aux forces de l’ordre conventionnelles ; cela avait été une heureuse décision qui avait concouru à changer, puis renouveler l’image que se font les Marocains de leurs Forces armées royales. Mais cela serait mieux si aujourd’hui les murailles de cette citadelle pouvaient aussi s’ouvrir aux vents de la réforme, à la relève des élites et à une correction de la « techno-bureaucratie » pantelante et chancelante qui commande cette institution depuis des décades… Les images de ces héros, qui ont été séquestrés des dizaines d’années dans les geoles et autres culs-de-basses fosses du Polisario et de l’Algérie et qui observent toujours leur mouvement de protestation devant les grilles du parlement pour recouvrer leurs droits, doivent ébranler le moral des militaires – et des civils aussi et de la même façon – et il n’est définitivement et absolument pas sérieux que cette « tragédie » se poursuive encore ! Le gouvernement est-il donc si incapable que cela de réserver quelques milliards pour sauver son honneur et laver celui de malheureux soldats que la faim qui tenaille et la pauvreté qui ronge auront transformé en héros sans gloire ?

L’institution de l’armée a aujourd’hui besoin d’un ministre de la Défense qui comprenne sa logique et ses problèmes, qui sache l’écouter et qui serait à même de défendre sa réputation à l’intérieur et à l’extérieur…

Il suffit de regarder ce qui se passe chez les autres, dans les autres armées du monde, pour se faire une idée nouvelle sur les nouvelles fonctions attendues des militaires dans cette bataille de la « sécurité nationale » dans laquelle les affrontements classiques avec les tanks et les baïonnettes n’occupent plus qu’une infime partie des engagements. L’armée marocaine compte dans ses rangs des officiers jeunes et des moins jeunes, tous hautement et parfaitement formés, des militaires qui, malheureusement, ont laissé leurs compétences s’envoler en raison de l’absence d’alternance à la tête de leur institution…

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AlgérieMarocains

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