L’apparent et le caché

L’apparent et le caché
0 commentaires, 07/01/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

La joue du député PJD Abdessamad el Idrissi était encore rouge des gifles reçues par les forces de l’ordre qu’ils avaient essayé d’empêcher de trop molester un chomeur manifestant, et voilà que le caïd de Temara par ailleurs fils d’un général vient d’asséner une puissante claque sur la joue de cet autre cadre du PJD et dirigeant de son syndicat. Et quand notre homme a protesté contre ce traitement inamical d’un responsable de l’Intérieur, ce dernier lui a envoyé en guise de réponse un grand coup de pied suite auquel le syndicaliste s’en est allé, penaud et humilié.

Et ainsi donc, en moins d’une semaine, deux cadres du parti du chef du gouvernement, le député et le syndicaliste, se font insulter et molester sur la voie publique du fait de responsables du ministère de l’Intérieur.

Pendant ce temps-là, les chomeurs manifestants ont bloqué l’avenue Mohammed V à la circulation et ont essayé d’entrer au parlement pour y observer un sit-in, dans une absence quasi-totale des forces de l’ordre… au point qu’une poignée de ces mêmes forces de l’ordre se sont trouvées soudain entourées de protestataires vindicatifs et n’ont dû leur salut qu’à l’intervention d’autres chomeurs qui les ont soustrait de la menace de leurs collègues sans emploi mais en colère.

La raison « apparente » de la manifestation était de protester contre les propos du ministre du Tourisme, Lahcen Haddad, qui avait affirmé que la porte du recrutement direct était définitivement close. Le ministre est membre du Mouvement populaire, dont le chef n’est autre que le ministre de l’Intérieur.

Quant à la raison « cachée », on la trouve dans la volonté de la « mère de tous les ministères », l’Intérieur, d’adresser un message puissant au chef du gouvernement et à ses députés afin qu’ils s’en retournent faire joujou chez eux et qu’ils cessent de venir jouer devant la porte de la grande maison de l’Intérieur… chaque maison a son Dieu qui la protège. Et si le chef du gouvernement souhaite vraiment intervenir dans les affaires de sécurité et de police, alors il n’a qu’à le faire directement et totalement, et qu’il sorte avec ses députés assurer l’ordre directement dans les rues ; entretemps, les hommes de Charki Draïss regarderont ailleurs, afin de bien montrer à tous ces gens que sans eux, les forces de l’ordre, le parlement et même le siège du parti du chef du gouvernement seront exposés à tous les tourments possibles que leur causeraient les manifestants.

Mais l’erreur fatale commise par le chef du gouvernement, en pleine tourmente avec le ministère de l’Intérieur, est cette décision prise de retenir les jours non travaillés des salaires des fonctionnaires de ce ministère ; le chef du gouvernement a donc écrit directement au Directeur général de la Sûreté nationale (DGSN) pour l’inviter à mettre à exécution la batterie de sanctions et de retenues contre tous ceux qui s’absenteraient sans raison valable… et cela s’est produit à l’exact moment où les cadres de l’Intérieur attendaient une bonne nouvelle de leur chef du gouvernement qui devait leur annoncer une vague de promotions. Voilà, on attend une augmentation et on se retrouve avec une réduction…

Oh, il y a bien entendu des fonctionnaires de police, tous grades confondus, qui se trouvent dans la situation décriée. Mais le plus étonnant est qu’il existe, ailleurs qu’à l’Intérieur, des fonctionnaires fantomes desquels le chef du gouvernement n’ose pas trop s’approcher. Mais au ministère de l’Intérieur, il y a bien peu de fonctionnaires qui peuvent se permettre de ne pas venir au travail, sans motifs, et sans qu’ils ne trouvent à leur retour une demande d’explication, et des sanctions, qui les attendent. Et s’il y a au Maroc une administration non laxiste face à l’absentéisme, c’est bien la DGSN… plus, les agents de police, non seulement travaillent leurs heures réglementaires, mais font le plus souvent beaucoup des heures supplémentaires et doivent attendre des siècles avant d’en toucher les indemnités, ou même une partie.

Aussi, il eût mieux valu, sans doute, que le chef du gouvernement adresse un courrier à son ministre de l’Intérieur lui recommandant de veiller à mieux respecter les horaires de travail des fonctionnaires de l’administration de la police car leurs heures de service effectuées sont supérieures en nombre aux heures règlementaires ; et si un manque d’effectifs venait à être découvert, alors il appartiendrait au gouvernement d’affecter un budget supplémentaire pour le recrutement d’autres fonctionnaires. A titre d’exemple, la Tunisie, avec une population trois fois moins importante que celle du Maroc, aligne plus de policiers. Et c’est pour cela que quand les gens vont à un commissariat pour y déposer une plainte ou une requête ou encore y demander une intervention, ils ne trouvent dans la plupart des cas que flottement, échappatoire ou indifférence. Nous sommes l’Etat qui affiche le plus faible taux policiers/population.

La lettre adressée par le chef du gouvernement au chef de la DGSN sur la fermeté à observer à l’égard de l’absentéisme comporte un message codé que l’ensemble des fonctionnaires de cette administration ont bien reçu, et qui dit que le véritable chef de la police, désormais, est le chef du gouvernement… ce qui change la donne, car normalement, le chef du gouvernement saisit son ministre qui, à son tour, répercute sur le Directeur de la Sûreté lequel adresse des circulaires à l’ensemble de ses directeurs.

Mais que le chef du gouvernement choisisse de s’adresser directement au patron de la DGSN, outrepassant son ministre de l’Intérieur, alors cela ne peut signifier que cette volonté du premier de s’imposer et de dire aux policiers qu’il est leur véritable chef car c’est lui qui les paie et qui décide des retenues à effectuer et que, à ce titre, ils seraient bien inspirés de le respecter, ainsi que son parti et ses députés. Cela veut dire aussi que les fonctionnaires de police doivent cesser de manigancer contre les amis du chef du gouvernement, syndicalistes ou députés, et qu’ils se dépêchent de lui révéler les dessous du cambriolage « peu normal » du siège du PJD.

Et puis, si le chef du gouvernement était vraiment soucieux de mettre un terme à l’absentéisme, il serait avisé de commencer par réveiller son ministère chargé des Relations avec le parlement afin de s’assurer de l’application des dispositions contre les députés qui sont toujours ailleurs et jamais au parlement, ou si peu. Tout le monde aura vu comment la loi de Finances 2013 a été votée par 117 élus seulement sur les 395 qui siègent dans cette Chambre. Où étaient donc les autres ? Qui sont ces députés, et quels sont leurs partis ? Et pourquoi, et comment, se permettent-ils de s’absenter de la séance du vote du texte législatif le plus important, celui qui engage l’Etat et ses finances sur un an ? Se sont-ils excusés, justifiés ? Et leurs traitements seront-ils réduits en proportion de leurs absences, ces traitements pour lesquels ils n’hésitent pourtant pas à demander quelque augmentation ?…

Nul ne sait quand s’achèvera cette partie de poker entamée entre le chef du gouvernement et le ministère de l’Intérieur, en ces temps difficiles où le mémo de Chabat aux directions de la coalition gouvernementale compare le chef du gouvernement au président égyptien Morsi et accuse ouvertement Benkirane de s’en prendre aux autres partis de sa majorité, en disant par exemple que son gouvernement représente une rupture avec tous ceux qui l’ont précédé aux affaires… comme si ces gouvernements avaient été constitués de partis venant de Suède et non l’Istiqlal, le PPS et le MP, ces formations qui composent l’actuel gouvernement.

Si ce gouvernement incarne effectivement cette rupture tant louée, alors que font parmi ses membres Laenser, Benabdallah, Baraka, Louafa, Ouzzine, Douiri, Louardi et tous ces autres ministres qui relèvent de partis qui se sont succédés dans tous les gouvernements depuis l’aube de l’indépendance ? Et, plus encore, que font encore à leurs postes tous ces grands directeurs qui sont en fonction depuis 15 ans et plus ?

Mais bon, aux temps des autres gouvernements, au moins, le Premier ministre parvenait à garantir la diffusion de ses propos aux JT de 2M, ce qu’aujourd’hui notre chef du gouvernement semble incapable d’assurer.

Si c’est cela la rupture, alors qu’est-ce que cela aurait été, la continuité ?

Mots Clefs:
Maroc

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