La raison… ou le chaos

La raison… ou le chaos
0 commentaires, 02/05/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

Le débat soulevé autour des propos tenus par M. Assid concernant le système d’éducation national et qui ont été considérés comme portant atteinte au Prophète Mohamed a pris une tournure et une portée aussi graves que dangereuses, qui pourraient aboutir à la division de notre société, à sa fragilisation, et qui pourraient nous détourner des questions vraiment importantes en cette phase précise de l’histoire du pays. Il ne s’agit plus en effet d’une affaire ou d’une opinion qui se résout par la sagesse ou par les discours pacifiés et pacifiques ; non, il semble que nous soyons entrés dans une spirale de violence verbale, d’incitation au meurtre, d’appels à la repentance, autant d’actes et d’actions qui pourraient nous conduire à un point de non-retour.

Il est donc nécessaire, primordial, malgré l’émotion suscitée, de traiter toute cette affaire avec la raison, afin de nous éviter les affres du chaos, qu’il soit apparent ou non, et aux fins d’assurer à notre pays les acquis réalisés par tout un engagement militant, à tous les niveaux, et dans le but d’avancer tous ensemble, en dépit de nos différences, vers ces horizons que nous souhaitons prometteurs pour notre nation et notre société. Je voudrais donc ici apporter quelques réflexions, quelques rappels toujours utiles.

1/ Les sociétés modernes, ces sociétés auxquelles nous aspirons, se fondent sur la liberté d’opinion et la liberté de penser ; il n’est pas toujours nécessaire que les idées se rejoignent ou se ressemblent, qu’elles soient individuelles ou collectives, pas plus qu’il n’est obligatoire qu’elles épousent la tendance générale de la société, mais tout doit être effectué dans le respect de la loi et de l’ordre social ;

2/ Toute société a son système social et se construit autour ; nul ne peut, au nom de la liberté individuelle, malmener ou se jouer de ce système et de l’ordre qui va avec, de même qu’il n’est absolument pas possible de dissocier un système social donné de l’environnement culturel d’une communauté donnée et des idées qui y dominent, quelles que soient ces idées, ou leurs origines, au nom du respect dû aux croyances de la population qui constitue cette société, au nom de son unité et de son histoire, des courants et tendances de cette société, culturels soient-ils ou ethniques. Tous ces éléments doivent être pris en considération, respectés, qu’on y croit ou non ;

3/ L’histoire des sociétés évoluées et des nations avancées a montré que la relation entre les convictions religieuses, les vérités et acquis scientifiques et les fondamentaux de l’ordre public n’est jamais aisée et à l’abri des tourments ; les conflits idéologiques ont toujours prévalu, les agrégations ou crispations sociales ont toujours existé, les affrontements politiques n’ont jamais cessé, et tout cela a été effectué dans la recherche du meilleur modèle dans lequel la religion est respectée, la liberté individuelle est garantie, l’ordre général est prémuni, la vérité scientifique consacrée… Dans cet ordre d’idée, le Maroc ne saurait être une exception parmi les nations, que nous le voulions ou pas ;

Or, il est survenu un évènement nouveau dans le champ médiatique, qui permet désormais à ces affrontements et ces dissensions d’apparaître au grand jour. Et cet évènement a pour nom la révolution numérique qui a rompu tous les obstacles et mis en évidence la spontanéité des propos qui, dans une rencontre ouverte, ne peuvent être maîtrisés par leurs auteurs, pas plus que ne peuvent être controlés l’instrumentalisation de ces propos, leur sortie du contexte dans lequel ils ont été proférés et donc les malentendus qui peuvent s’exprimer une fois que ces paroles ont été prononcées. Or, si nous imposions une forme d’autocensure pour éviter toute mauvaise interprétation ou défaut de compréhension, les intellectuels et autres penseurs cesseront toute activité de réflexion libre, ce qui serait fortement préjudiciable à tout et à tous. Il peut arriver à n’importe qui, emporté par sa démonstration et sa verve, de voir sa parole devancer sa pensée, de « gaffer », ou d’employer d’autres mots que ceux qu’il aurait voulu exprimer, et cela se produit bien souvent dans les rencontres et débats ouverts ; faudrait-il vraiment en tenir rigueur aux orateurs, parce que les moyens modernes de communication ont rapporté l’intégralité de leurs propos, sans filtre ?

4/ Il nous faut nécessairement admettre que dans une société diversifiée, traversée par nombre de courants et de tendances, il est impossible de placer la pensée dans un moule ou la soumettre à un mode de réflexion déterminé. Les différends et les différences se règlent par le dialogue, en toute responsabilité, et en dehors de toute violence ou propension à la violence, quelle que soit sa nature, verbale, symbolique ou bien évidemment physique… tant il est vrai que la violence ne peut appeler qu’une autre violence en réaction.

Aussi, et à mon avis, suite aux répercussions et autres interprétations des propos de M. Ahmed Assid, il ne saurait y avoir d’autre solution que des excuses présentées par ce dernier pour la mauvaise interprétation de ses propos. Son intervention n’a pas été lue, ce qui aurait pu fonder l’accusation qui s’en est suivie et établir la préméditation de ses intentions. Et si des gens peuvent penser que c’est ce qui s’est effectivement produit, il appartient à M. Assid de formuler des regrets pour le malentendu et pour l’appréciation inexacte qui en a résulté. Un tel acte ne réduirait en rien la portée de la pensée de cet intellectuel, pas plus qu’il ne porterait préjudice à sa personne ou n’altérerait ses idées et ses opinions.

Le recours à lajustice, dans une société où l’avis judiciaire n’a plus le même impact qu’auparavant sur une réalité nouvelle façonnée par le numérique, ne saurait être un remède aux types de problèmes qui se posent. Ester devant une cour de justice n’effacera pas les tensions mais alimentera davantage les dissensions, les élargira et accentuera même les clivages au sein de notre société ; saisir la justice pourrait faire sortir une affaire en dehors de nos frontières, la soumettre à une instrumentalisation – orientée ou non – que nous ne pourrons plus controler,

Quant à cette action de certains qui ont implicitement appelé au repentir ou même au meurtre, elle pourrait à son tour nous conduire vers une spirale dont nous ne connaissons rien, pas plus que nous saurons comment en sortir. Toute escalade de cette affaire ne pourra avoir que des conséquences négatives, néfastes sur notre tissu social, ne pourra que nuire au projet de société que nous voulons bâtir, cette société où tous les membres vivent en paix et coexistent en bonne intelligence, une société qui a choisi l’islam comme religion et qui lui confère une charge et une portée puisant dans son génie et celui de ses intellectuels, qui entrevoit son avenir dans l’attelage de la civilisation humaine et humaniste, qui prend le meilleur sur les causes et les vecteurs de sous-développement, qui consacre la dignité de l’homme, qui observe et analyse les expériences humaines d’une façon critique, tant il est vrai que l’Occident n’a pas produit que du bon.

5/ Une erreur dans l’expression, un extrémisme dans l’opinion ne peuvent justifier de faire couler le sang d’un individu ou dresser les populations contre lui. J’en appelle donc à la raison les esprits rationnels, les intellectuels, les leaders d’opinion et les décideurs, et j’attire leur attention sur le fait que tout recours à la violence – ce qu’à Dieu ne plaise – nous mènerait droit à un tourbillon destructeur. Le génie marocain est bien trop grand pour nous laisser entraîner vers cette aberration, et l’islam est bien plus grand qu’une erreur, de quelque nature qu’elle soit et quelle que soit l’ampleur qu’elle puisse prendre.

Mots Clefs:
Maroc

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