La politique au temps de la légèreté

La politique au temps de la légèreté
0 commentaires, 28/11/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Le maire de Fès, Hamid Chabat, avait dans une vie antérieure promis la mer à ses administrés, lesquels avaient bien pris la chose du fait que leur ville aurait alors rivalisé avec Tanger et Agadir… Las, la chose s’était finalement révélée impossible et le maire avait oublié son idée de mer, pour la remplacer plus tard par une tour Eiffel, plus aisément aménageable à Fès qu’une mer…

Chabat a donc apporté sa tour et l’a plantée dans un endroit de la ville… avant qu’elle ne disparaisse subitement. On dit que la disparition de cette « œuvre » serait due à une colère en haut lieu, dont les effets auront été le démontage de l’objet ; mais on dit aussi que le maire a déménagé la tour, en morceaux, vers une exploitation agricole lui appartenant, dans l’attente qu’il puisse faire disparaître les pochards et autres déviants qui, à en croire le maire, n’ont pas compris la juste et noble valeur de l’œuvre et ont entrepris de se soulager sur l’acier, quand ils ne le découpent pas pour aller le vendre aux ferrailleurs.

La démence au Maroc n’a pas de limites et Chabat en représente une des facettes. Il aurait ainsi été, par exemple, plus logique et plus conséquent de se consacrer aux maisons et mosquées de Fès qui menacent ruine au lieu de venir avec cette tour et de la démonter aussitot après de peur des nuisances des voleurs et des indélicats de tous poils. Ainsi, nombreux sont les endroits où de fortes sommes d’argent sont investies pour y construire des fontaines qui servent plus tard d’urinoirs pour les soulards, et nombreux aussi ces bâtiments qui sont édifiés à grands coups de millions et qui deviennent aussitot après des abris pour squatters… On a aussi pensé à aménager de petits locaux dans des quartiers pour servir de petites bibliothèques de quartier, mais ils ont été rapidement utilisés comme toilettes publiques, ou fumoirs ou cachettes pour amateurs de la dive… Bref, le problème est que personne n’a jamais songé à construire d’abord l’homme, avant les édifices.

Le Maroc est le plus beau pays du monde parce que personne ne sait ce qu’il s’y produit, et c’est aussi un très beau pays parce que justement tout peut y arriver, et c’est pour cette raison que depuis fort longtemps, les Marocains disent qu’il ne faut s’étonner de rien chez eux.

L’histoire de Chabat avec sa mer puis avec sa tour Eiffel évoque assez les comportements de « déconnage » des « durs » dans les quartiers. Or, il semblerait que cela a commencé avec le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, qui a réussi à améliorer l’audience des séances au parlement après qu’il ait entrepris d’y parler comme ce « dur » de quartier, créant le spectacle, disant et ressassant les termes de démons et de crocodiles et d’autres étranges et inquiétantes créatures… autant de saillies comiques mais qui essaient de calmer les douleurs et de contenir les colères.

Et puis, Hamid Chabat est parvenu à conquérir le Secrétariat général du parti de l’Istiqlal et l’homme a surpassé Benkirane dans ses bizarreries linguistiques et ses comportements fort étranges. Il n’est pas vraiment exclu de croiser un jour un chef de gouvernement répondant au nom de Chabat… En effet, les conditions sont aujourd’hui totalement réunies pour sortir la politique de son sérieux habituel et en faire un cirque ambulant, tantot au parlement, tantot au gouvernement, souvent au sein des partis et quelque fois dans la rue… et ainsi de suite.

Et puis nous continuerons sur le même trend de la politique des « durs » si, d’aventure, l’homme qui répond au nom de Driss Lachgar réussissait à enlever le poste de Premier secrétaire de l’USFP. Remarquez, ce serait bien car cela aurait le mérite de mettre sur un pied d’égalité les islamistes, la gauche et la droite…

Et puis, il y a aussi les « durs », mais d’une façon différente, au sein du RNI dont les destinées sont présidées par un homme accusé d’avoir perçu illégalement des primes et qui reste libre comme l’air, alors que celui qui aurait révélé cela se débat dans le box des accusés. C’est cela, la politique suivie au Maroc et qui servira de fondement à la construction d’un Maroc nouveau, du Maroc de l’avenir… Le Maroc deviendra alors le pays de la « farce » après avoir été celui des catastrophes de toutes natures et des bizarreries en tous genres.

La politique du « cirque » ne s’arrête pourtant pas aux partis et à leurs chefs… non, elle a atteint aussi celui des Oulémas… En effet, quand un des membres de cette honnête corporation « autorise » une relation sexuelle entre le mari veuf et son épouse décédée, ou « rend licite » l’emploi d’une bouteille ou d’une carotte par une femme qui n’a jamais convolé et qui voit le temps passer, cela signifie que la plaisanterie, la farce, la comédie, le cirque ont investi un champ jusqu’à aujourd’hui réputé pour sa sacralité.

Les prémisses de ce qui se passe aujourd’hui dans notre pays sont apparues depuis longtemps, quand la légèreté a évacué ses lieux habituels… et quand on l’a cherchée plus sérieusement, on a trouvé qu’elle a préféré déserté ces endroits pour aller s’installer au gouvernement, au parlement, au sein des partis, dans les mosquées et ailleurs encore…

Mots Clefs:
Maroc

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