La démocratie… et la tombe

La démocratie… et la tombe
1 commentaire, 10/12/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Il existe des cas où on ne peut identifier certaines personnes décédées, même en dehors des incendies et des explosions ; voici quelques années, un avion reliant Le Caire à Bahreïn s’était abimé en mer, mais sans être pulvérisé. Et quand les familles avaient essayé de reconnaître les corps des leurs disparus dans la catastrophe, ils n’avaient pu le faire car avec la terreur qu’avaient dû ressentir les passagers lors de la chute de l’avion, leurs traits s’étaient complètement déformés, ressemblant un peu à ce que l’on voit dans les films d’horreur. Ces gens, aujourd’hui décédés, avaient vécu leur mort seconde par seconde et ont pu réaliser o combien les derniers instants d’un être humain devant mourir pouvaient être terribles, atroces.

Mais il est possible de trouver d’autres cas où l’identification des corps peut s’avérer tâche impossible, et c’est ce qui s’est produit ces derniers jours à la morgue de Fès, où les familles n’ont pu reconnaître les corps des leurs dans la chambre froide destinée à conserver les dépouilles. Pourquoi donc ? Tout simplement parce que le système de refroidissement de la morgue était tombé en panne depuis plusieurs semaines, sans que personne ne songe à le réparer ; les Fassis ont alors pensé à mettre les corps de leurs proches décédés dans les frigos domestiques en attendant leur inhumation.

Mais avant cela, on se rappelle que le maire de Fès avait offert à ses concitoyens un machin qui évoquait la Tour Eiffel de Paris, avant qu’il ne procède à son démontage et son entreposage dans une ferme lui appartenant, suite à la ferme et colérique recommandation venue de hautes sphères qui n’avaient pas apprécié l’initiative du maire. Et ainsi, Chabat avait ressemblé à ce personnage qui se concentrait sur l’herbe, mais ne voyait pas le ravin qui était juste à coté ou, autrement dit, s’était concentré sur sa Tour sans penser à réparer la chambre froide de la morgue de sa ville.

L’évènement se transformerait en véritable scandale si cela devait passer comme si de rien n’était, car cette affaire dévoile la gravité de la situation du Maroc où la corruption du système a dépassé le cadre des vivants pour s’en prendre aujourd’hui aussi aux morts. Et lorsque les choses en arrivent à un tel point, cela ne peut signifier qu’une seule et unique chose, et qui est que le pays en est arrivé à un degré d’irresponsabilité dont il serait très difficile de se remettre.

Ce qui s’est produit à Fès est proprement effrayant, terrifiant, car en arriver au point d’obliger des familles à asperger les corps de leurs proches disparus de parfums et eaux de Cologne pour compenser la puanteur de la putréfaction est une chose que l’on n’imaginerait même pas dans des films d’épouvante. Si donc cette affaire devait passer sans enquête ni sanctions, alors les Marocains n’auront plus qu’à réciter un « auto requiem », avant de s’asperger de parfums et de s’auto-ensevelir… Il n’y aurait pas d’autre meilleur comportement à adopter en effet.

Cette corruption, voire cette dépravation qui en est arrivée jusqu’à atteindre les personnes décédées, s’est encore manifestée à Tanger il y a de cela quelques mois. Ainsi donc, quand le cimetière eût affiché complet, les fossoyeurs avaient entrepris de vendre des tombes aux familles de disparus et, une fois que l’entente était conclue, ces croque-morts entreprenaient de déterrer des corps précédemment inhumés, jetaient les ossements et les restes quelque part et servaient la tombe aux nouveaux ; et parfois, ils ne se donnaient même la peine d’exhumer les dépouilles des morts et ensevelissaient les nouveaux au-dessus des corps déjà présents dans la tombe. On a ainsi découvert des trous avec plusieurs corps… Et le plus grave est que les gens désireux de se rassurer sur leur dernière demeure étaient et sont obligés de verser un acompte supérieur à celui donné pour l’achat d’un petit appartement.

Et nous voilà donc arrivés au point que les gens se prennent à espérer une mort digne, et une tombe propre et vide, après qu’ils eurent désespéré de leur vivant à mener une existence honorable… et les voilà qui découvrent qu’au Maroc, la vie est comme la mort, toutes les deux désespérantes.

Imaginez donc ce scénario… Un citoyen d’humble condition se dirige vers un hopital public pour des analyses ou des radios, et là, une fois arrivé, on lui dit que les appareils ne fonctionnent pas et que les fautifs sont des responsables de la santé publique qui vont arrondir leurs fins de mois dans des cliniques privées. Notre homme meurt donc, le plus logiquement du monde. Mais ses tracas ne sont pas terminés pour autant puisque son corps, en l’absence d’une chambre froide vraiment froide, est déposé dans un endroit quelconque, et se putréfie, là aussi en toute logique. Alors, de guerre lasse, on l’emmène au cimetière pour sa dernière demeure, mais cette demeure est en «  »co-propriété », puisque d’autres corps y reposent, pas vraiment en paix… Et ce n’est pas fini, car la carte d’électeur de ce citoyen défunt est toujours valable et utilisée. Alors, le jour de l’élection arrivé, on se sert de cette carte d’électeur et le mort vote. A voté ! Et donc, notre humble citoyen continue de s’acquitter de ses devoirs bien que mort, par négligence, puis placé dans une chambre froide, tiède, et enterré en groupe… Mais bon, notre homme aura contribué quand même à la bonne marche de la démocratie dans son pays, qu’il soit vivant ou qu’il soit mort, cela importe si peu… car, le principal sous nos cieux, est que la démocratie se porte bien ; quand à l’être humain… On s’en balance et on le balance.

Mots Clefs:
Maroc

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Un Commentaire

  1. Soukaina Qandouci
    décembre 10th, 2012 10:51

    Well done … Keep beautifying your city and forget about your citizens (H5)

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