La démission de Benkirane

La démission de Benkirane

Serait-il possible que quelqu’un demande à M. Abdelilah Benkirane de démissionner ? Non, car celui qui ferait cela serait en contradiction avec les dispositions de la constitution du pays, qui indique que le chef du gouvernement doit être choisi au sein du parti arrivé premier aux élections législatives. Suite à cela, la coutume veut que cette personne qui est désignée ne soit autre que le leader de ce parti.

Fort bien, mais alors que se passerait-il si l’on demandait à M. Benkirane de quitter son poste de Secrétaire général du PJD ? Il est vrai que cette question concerne le congrès et le conseil national du parti, mais il n’en demeure pas moins qu’elle reste une possibilité raisonnable, contrairement à la première supposition. En effet, la confusion dans laquelle se trouve aujourd’hui Benkirane, et dans laquelle l’accompagnent ses alliés, ses opposants et ses ministres, est qu’il s’exprime en chef du gouvernement avec sa casquette de chef du parti, et parle en tant que chef du parti mais en sa qualité de chef du gouvernement. Et ainsi donc, au parlement, Benkirane dit que « nous, au PJD… » et dans les meetings de sa formation, il déclare que « moi, chef du gouvernement… ».

Et pourtant, dans moult partis politiques démocratiques, quand le chef d’une de ces formations est désigné à la tête du gouvernement, il cesse de s’exprimer au nom de son parti, cédant cette tâche à un autre membre dirigeant qui devient alors le « porte-parole officiel » de ce parti. A titre d’exemple, c’est exactement ce qu’a fait M. Mohand Laenser, le SG du MP qui, sitot nommé ministre de l’Intérieur du gouvernement actuel, a confié les rênes du parti à un de ses pairs à la direction, M. Saïd Ameskane, dans l’attente du prochain congrès général du MP.

Quant à M. Benkirane, il avait tenu, suite à sa désignation en tant que chef du gouvernement, à briguer un nouveau mandat de SG de son parti. Le congrès du PJD avait eu lieu six mois après la formation du gouvernement et le SG sortant, M. Benkirane, est devenu le SG réélu. Et donc, de ce fait, il est resté le porte-parole officiel de son parti, le seul et unique, en tout et pour tout.

Et bien qu’il existe au sein du gouvernement la fonction de porte-parole, dévolue à un jeune dirigeant du PJD, en l’occurrence M. Mustapha el Khalfi, M. Benkirane tient à se préserver cette fonction de s’exprimer au nom du gouvernement, ainsi qu’il l’a dit lui-même, un soir, au parlement. Et c’est bien là le nœud du problème et la source de toute cette polémique, nourrie par ses alliés et alimentée également par ses opposants.

Dernier exemple en date de toute cette cacophonie, le discours de Benkirane devant les présidents PJD de communes et les responsables, PJD aussi, de l’urbanisme dans leurs cités. Le chef du gouvernement leur a causé des problèmes du gouvernement, des défis que ce gouvernement se propose de relever, de la morale de ce même gouvernement et de ses grandes et belles valeurs… Non, il aurait été plus convenable que M. Benkirane s’adresse à ses ouailles en sa qualité de chef du PJD ; et s’il fallait absolument qu’il s’exprime en tant que chef du gouvernement, il aurait alors dû élargir la réunion aux édiles élus sous l’étiquette d’autre formations, et ne pas se limiter aux seuls siens.

La solution, alors, passerait-elle par un retrait, même formel, de Benkirane de la tête de sa formation, qu’il cesse de faire le porte-parole du PJD et qu’il désigne quelqu’un pour remplir ce role ?

Certes, le dernier congrès de cette formation a instauré la fonction de directeur général du parti, confiée à Abdelaziz Ammari, également député, mais nous ne l’avons encore jamais vu parler au nom de son parti… et puis, les onze ministres PJD sont aussi membres du Secrétariat général du même PJD, sur un total de 25 personnes, en plus du chef de leur groupe parlementaire. En conséquence, c’est la moitié de la direction du parti qui voit un enchevêtrement de leurs fonctions au sein du gouvernement et de leurs tâches de responsables au PJD. Mais seul Benkirane est sous les feux de la rampe, seul Benkirane parle au nom du gouvernement, et seul Benkirane, toujours, parle au nom du PJD. C’est là le problème et le paradoxe.

Mots Clefs:
Benkirane

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