La décision d’arrêter l’exécution de 15 MMDH des dépenses d’investissement, suscite une vive polémique au sein du paysage politique

La décision d’arrêter l’exécution de 15 MMDH des dépenses d’investissement, suscite une vive polémique au sein du paysage politique

La décision du gouvernement d’arrêter l’exécution de 15 milliards de dirhams (MMDH) des dépenses d’investissement au titre de l’année 2013 a suscité une vive polémique dont l’intensité varie selon le positionnement de chaque parti politique.

Certains y voient une des plus difficiles décisions prises par le gouvernement. Pour d’autres, elle constitue l’une des solutions toutes faites, qui aura des répercussions négatives sur le développement et sur la création d’emploi, alors d’aucuns estiment que le gouvernement a eu le courage d’annoncer cette coupe dans le budget d’investissement, arguant que par le passé, « des gouvernements avaient pris des décisions similaires sans que cela ne suscite de débat ».

Le projet de décret relatif à cette coupe budgétaire, adopté jeudi dernier par le conseil de gouvernement, fait partie des mesures prises pour juguler les retombées de la conjoncture économique sur les équilibres des finances publiques, consacrer les principes de bonne gouvernance, améliorer la programmation des crédits d’investissement et accélérer le rythme de réalisation des projets au titre de l’exercice 2013.

Cette décision, rappelle-t-on, donne la priorité à l’exécution des crédits d’investissement non utilisés durant les années précédentes, soit 21 milliards de dirhams, et qui ont été reportés à 2013.

Evoquant l’impact de cette décision, Hasna Abouzaid, membre du groupe socialiste à la Chambre des représentants, a souligné que le gouvernement a « masqué la vérité », en jouant de manière intelligente sur les dispositions constitutionnelles lui accordant le droit de prendre par décret une telle décision.

Dans une déclaration à la MAP, Mme Abouzaid estime que cette décision est « difficile, eu égard aux effets de la conjoncture défavorable, qui planent sur le tissu économique et social au Maroc, notant que les politiques d’austérité adoptées dans plusieurs pays de la planète, notamment dans notre voisinage immédiat, ont montré leurs limites, d’autant qu’aujourd’hui, le débat porte sur la redynamisation du circuit économique, en vue d’endiguer les foyers de pauvreté, ou du moins maintenir la situation en l’état ».

La coupe de 15 milliards de dirhams dans le budget d’investissement concerne des milliers d’entreprises marocaines et des milliers de postes d’emploi, a-t-elle soutenu, mettant l’accent sur la nécessité pour le gouvernement de communiquer en toute franchise sur la réalité de la crise économique et de mener une mobilisation nationale pour la transcender et éviter ainsi de tomber dans le giron du Fonds monétaire international (FMI), au risque d’une récession qui s’inscrirait en porte-à-faux avec les attentes des citoyens.

Enfin, Mme Abouzaid a formulé l’espoir de voir un débat national s’engager en vue de jeter toute la lumière sur la crise, invitant le gouvernement à s’atteler, dès à présent, à la préparation d’un « budget de crise ».

Dans une déclaration similaire, Mme Amina Mae El Ainain, députée du Parti du développement et de la Justice (PJD), estime, quant à elle, que le gouvernement a eu le courage d’annoncer cette décision et de la motiver, empruntant ainsi la voie de la transparence. Elle a noté que des gouvernements avaient par le passé pris et mis en application des décisions analogues, sans que cela ne suscite de débat.

« Cette décision était difficile, en ce sens qu’elle est venue couper court avec la surenchère et les rumeurs », a-t-elle dit, soulignant que celle-ci n’aura pas de conséquences directes, aux plans économique et social.

L’arrêt d’exécution de 15 MMDH des dépenses d’investissement au titre de l’actuel exercice « résulte des conditions particulières dans lesquelles le budget de 2012 a été élaboré et du déficit qui s’en est dégagé, a-t-elle relevé, notant que 28 MMDH additionnels ont été alloués à la Caisse de compensation, outre l’augmentation de la masse salariale des fonctionnaires.

« L’investissement public ne va pas marquer de relâchement pour autant, puisque le gouvernement va procéder à la répartition des crédits entre les départements ministériels, tout en tenant compte des priorités, sans que les projets en cours de réalisation ne soient touchés », a-t-elle ajouté.

Pour sa part, le député istiqlalien Khalid Sbia a exprimé son rejet de principe de cette décision « qui compte parmi les solutions de facilité, qui renferme des répercussions négatives sur l’économie nationale ».

« Le gouvernement devait mener des consultations approfondies avec les composantes de la majorité et s’ouvrir sur tous les acteurs économiques, en vue de trouver des solutions à même de créer des richesses et de l’emploi, tout en maintenant le rythme des investissements », a-t-il enchaîné, jugeant que « cette décision est de nature à influer sur les grands chantiers ouverts ».

Il a par la même occasion rappelé que le comité central du Parti de l’Istiqlal a élaboré, lors d’une réunion tenue dernièrement, un mémorandum dans lequel il propose une série de mesures censées augmenter les recettes fiscales et rationaliser les dépenses de la Caisse de compensation.

La politique économique et sociale du gouvernement doit reposer sur l’évaluation et la réaffectation des investissements publics vers les secteurs exportateurs et à haute valeur ajoutée, tout en assurant la promotion des stratégies et chantiers sectoriels en cours d’exécution, et ce dans le cadre de partenariats public-privé », sont parmi les propositions contenues dans ce mémorandum.

De son coté, Hakim Benchemass, président du groupe Authenticité et Modernité à la Chambre des conseillers, estime que cette décision dénote le « climat d’hésitation » qui prévaut au sein du gouvernement, notant que le fait qu’elle soit prise en vertu de l’article 45 de loi organique des finances est « une manière de se dérober de la responsabilité devant le parlement et les citoyens ».

Ce faisant, le gouvernement, ne dispose pas de courage politique, aussi minime soit-il, du moment qu’il avait des alternatives, comme le recouvrement des arriérés d’impots et la lutte contre l’évasion fiscale et la fuite des capitaux, a-t-il dit dans une déclaration à la MAP, avant de conclure que cette décision « s’inscrit en faux avec les hypothèses sur la base desquelles la loi de finances a été établie ».

Mots Clefs:
Maroc

À propos Mouna Naciri

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *