La corruption sévit toujours… en voilà donc une surprise !

La corruption sévit toujours… en voilà donc une surprise !
0 commentaires, 22/04/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

Et finalement, Abdelilah Benkirane a admis que le Maroc n’avait pas réussi à mettre un terme à la corruption et à l’absolutisme. Un acte de foi grave, un aveu cinglant, une déclaration surprenante car nous avions considéré, quant à nous, que ces deux choses avaient définitivement quitté le Maroc, et que notre preux chef du gouvernement allait venir devant les micros et les caméras pour nous annoncer que l’Allemagne et nous étions devenus identiques, comme les dents d’un peigne… avant que nous récitions, tous, une prière à la mémoire de « l’anarchie ».

Or, notre problème avec Benkirane ressemble assez au sien avec les démons et les crocodiles ; lui, il parle de ces créatures sans les identifier ni les voir, et nous, nous l’entendons parler de lutte contre la corruption sans la vérifier ni la voir non plus. Nous souffrons donc, lui et nous, de la même pathologie, à savoir sentir des choses sans pouvoir les voir.

Oh, nous pensions bien que l’homme n’avait pas encore entrepris cette fameuse lutte, mais à chaque fois que l’impatience nous a taraudé, nous nous étions fait une raison en nous disant que l’homme a plusieurs soucis, beaucoup de problèmes et qu’un jour viendra où il prendra le taureau par les cornes, dégainera son artillerie, pointera la corruption et les corrompus en poussant un vengeur « désormais, c’est vous ou moi, l’un de nous est de trop »… Las, il semblerait que les choses soient infiniment plus compliquées, car nous ne pensons pas que le chef du gouvernement ait commencé à lutter sérieusement contre ce fléau. Or, quand il vient nous dire que la corruption et l’absolutisme sont toujours là, c’est comme s’il avait commencé à se battre contre eux, et qu’il n’en reste plus que des résidus.

La seule chose que nous ayons entendue depuis que Benkirane est là où il est, ce sont ses propos martiaux contre la corruption, mais voilà qu’il a décidé de s’attaquer aux poches des gens modestes en augmentant, par exemple, les prix des hydrocarbures ; malgré cela, nous nous sommes dit en nos fors intérieurs qu’il fallait s’armer de patience car il finira bien par arriver, ce jour où il apparaîtra clairement que cet homme bon cachait bien son jeu et sa riposte contre les corrompus, et que c’était pour cela que pour faire un pas en avant, il était obligé de reculer de deux pas. Et puis, le chef du gouvernement avait fait publier une petite liste avec les noms des bénéficiaires de la rente des agréments du transport, et nous nous étions dit que cette fois était la bonne, que les choses sérieuses commençaient et que le meilleur restait à venir, dans un proche avenir. Et puis, qu’avons-nous entendu ?… que le gouvernement projetait, et avait même décidé, de supprimer la Caisse de compensation dont on dit, selon les connaisseurs, qu’elle était vouée à alléger le fardeau de la flambée des prix qui pèse sur les pauvres mais que, au contraire, elle ne faisait finalement qu’engraisser ceux qui l’étaient déjà… et en dépit de cela, encore et toujours, les bonnes âmes ont dit et disent invariablement que le jour de la lutte contre la corruption approche. Et puis, consternation : Benkirane a émis ce qui ressemble fort à une amnistie de tous ces corrompus, en disant son fameux « Dieu pardonne le passé », et, du coup, les gens ont décidé d’oublier complètement le printemps arabe et tous les espoirs que ses vents avaient amené avec eux.

Si au moins Benkirane s’était tu et avait décidé d’assumer la fonction qu’avaient assuré avant lui ses prédécesseurs, nous le lui en voudrons pas car nous comprenons à présent ce que signifie l’expression « l’exception marocaine »… Seulement voilà, l’homme continue de temps à autre de nous assurer qu’il combattra la corruption, ce qui revient un peu à retourner le couteau dans l’immense plaie qui nous saigne. Nous aurions pourtant seulement souhaité qu’il nous laisse oublier… oublier que nous sommes une exception déviante dans un monde qui fend la corruption et pourfend les corrupteurs.

Tout ce que nous demandons est que Benkirane nous prévienne le jour où il commencera sérieusement son action contre la corruption afin que nous attendions cet autre jour où il viendra nous révéler les résultats de son combat homérique, succès ou échec. En effet, au jour d’aujourd’hui, nous ne nous rappelons pas que quelque chose de tangible ait été accomplie ou même entreprise autrement que son acte grandiloquent qui se voulait courageux et qui consistait à qualifier les grands corrompus de démons et de crocodiles, avant que tout ne s’arrête… comme si tout ce que nous méritions, nous autres marocains, de ce printemps arabe est d’avoir un homme qui vienne nous dire tout et plus encore, qui se hisse à la tête du gouvernement, brandissant un nouveau texte constitutionnel, et puis que, une fois en fonction, il se mette à s’exprimer en énigmes.

Nous aurions bien plus respecté Benkirane s’il avait admis qu’il allait remplir la même fonction que ses prédécesseurs Abbas el Fassi et Driss Jettou, et même Abderrahmane el Youssoufi, et nous l’aurions encore infiniment respecté s’il avait remis les clés à qui de droit avant d’aller au-devant des populations et de les informer solennellement que la lutte contre la corruption est impossible, qu’il allait s’en retourner là d’où il était venu et puis, que les vrais gouvernants se cherchent un autre fonctionnaire que lui… Mais aujourd’hui, nous ne savons plus si nous devons le respecter, le plaindre ou prier pour lui, suite à sa dernière déclaration affirmant que la corruption et l’absolutisme sont toujours là, parmi nous.

Ce qu’a fait Benkirane rappelle cette femme qui était allée crier partout qu’elle avait divorcé, alors que les gens ne savaient même pas qu’elle s’était un jour mariée…

Prévenez-nous donc, cher Monsieur, du jour où vous commencerez à sérieusement ferrailler contre la corruption, les corrupteurs et les autres, afin que nous priions pour votre succès…

Mots Clefs:
CorruptionMaroc

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