J’avoue ne pas comprendre…

J’avoue ne pas comprendre…
0 commentaires, 22/04/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

La stupeur suscitée par la récente décision américaine de soutenir la demande du Front Polisario et de l’Algérie d’étendre les attributions de la Minurso au controle du respect des droits de l’Homme au Sahara doit nous conduire à repenser l’ensemble des politiques retenues par le Maroc dans la gestion du dossier le plus sérieux et le plus important qu’ont eu à traiter nos politiques sur les quatre dernières décennies.

Ce sont des instances, des choix, des décisions… qui devront être reconsidérées dès la fin de cette joute diplomatique au Conseil de Sécurité, quelle que soit l’issue de l’affrontement. Une réévaluation sérieuse doit être entreprise, de même qu’il est important de réviser, de corriger plusieurs choses qui nous ont conduites à la présente situation. Ainsi, et quand bien même nous réussissions à persuader l’Amérique de revenir sur sa décision, ou que nous parvenions à convaincre la France de brandir son veto contre la proposition US, ou encore que notre diplomatie s’accorde avec les grandes puissances pour reporter ce qui leur est soumis ou pour chercher et trouver un autre moyen que la Minurso pour s’assurer du respect des droits de l’Homme au Sahara… quel que soit donc le résultat final de la bataille en cours, il restera des traces et des séquelles de la crise. En effet, ce précédent constitué par l’affrontement avec les grandes puissances à propos de la question de notre intégrité territoriale représente un véritable tournant, aussi grave qu’inédit, qui doit nous conduire à reconnaître certains faits :

1/ Nous ne disposons pas de réels lobbies en Amérique, et tous ces « commerçants » qui gravitent autour de l’ambassade du Maroc à Washington ou du ministère des Affaires étrangères à Rabat leur vendent du vent et de l’illusion. Personne, au sein de notre diplomatie, ne leur demande des comptes sur les résultats obtenus contre tout l’argent qu’ils ont reçu pour œuvrer dans une grande superpuissance comme les Etats-Unis, qui autorise de tels groupes de pression à travailler au grand jour pour faire entendre leur voix dans un environnement politique fort complexe. Cette incapacité à constituer un lobby influent en faveur d’un pays qui occupe une position stratégique et qui se considère comme allié de Washington n’est qu’un aspect des manquements de la machine diplomatique marocaine ; c’est pour cette raison que le ministère des Affaires étrangères doit mettre en place une commission formée d’experts, nationaux et étrangers, pour repenser une nouvelle politique lobbyiste où les groupes qui seraient choisis puissent travailler de façon réfléchie et professionnelle aux Etats-Unis, avec des moyens financiers conséquents et des études, analyses et perspectives sérieuses ;

2/ Il faut mettre un terme à cette histoire de Corcas (Commission royale consultative au Sahara) qui, dès le premier jour de son existence, était apparue pour ce qu’elle était, à savoir une coquille vide devenue une part du problème au lieu d’être une partie de la solution à la question des provinces du Sud. La seule tâche qu’ait réussie ce Conseil, depuis sa création voici sept ans, est de faire taire Khalihenna Ould Rachid, qui avait dans le temps entrepris de critiquer le nouveau pouvoir et sa gestion de l’affaire du Sahara… cela, et rien d’autre que cela, le faire taire. Des photos, du tapage, de l’argent, et rien, aucun résultat. Il faut donc basculer vers des organismes démocratiques, crédibles, représentatifs qui seraient à même d’assurer la meilleure et la plus large représentativité des sahraouis pour plus de concertation sur la meilleure voie à suivre pour mettre en pratique, réellement et effectivement, le projet d’autonomie ;

3/ Il devient absolument nécessaire d’éloigner l’Intérieur du dossier du Sahara. Ce ministère, de par sa nature, sa logique d’action, la formation de ses cadres et sa façon de considérer les choses, est une institution sécuritaire, prévue pour l’être, et qui l’est. Or, la sécurité ne représente qu’un des nombreux aspects d’une question qui est d’abord politique, et dont la solution passe essentiellement par le traitement économique et social. Lors des rares occasions de rencontre entre feu Hassan II et les gens du Polisario, l’un des plus dirigeants les plus réfléchis des sahraouis, Béchir Mustapha Sayyed, rapporte que le roi leur avait dit qu’il était « conscient d’avoir gagné la terre mais non le cœur des sahraouis ». Or, c’est précisément cela l’objectif à atteindre, emporter l’adhésion réfléchie et convaincue des populations de Laâyoune, Smara, Dakhla et celles des camps situés sur les terres algériennes, cette adhésion ne pouvant être gagnée qu’en procurant à tous ces gens une meilleure confiance en leur avenir et en les persuadant que l’unité est bien meilleure que la sécession. Cela est une action qui relève du gouvernement et de sa présidence et qui doit être conduite en accord avec les représentants des populations dans les villes et les régions, dans les associations et les partis. Cela ne doit pas être entrepris par les walis, les gouverneurs, les caïds, la gendarmerie et l’armée.

Driss Basri, l’ancien et défunt ministre de l’Intérieur, avait arraché ce dossier du Sahara des mains des différents gouvernements auxquels il avait appartenu, car cela lui permettait de renforcer sa position institutionnelle, et son succès avait fait de lui une sorte d’institution sacrée, selon les propres termes du communiqué du palais royal en 1994, quand le leader istiqlalien Mhamed Boucetta avait exigé en contrepartie de son accord pour former un gouvernement l’éloignement du puissant ministre de l’Intérieur d’alors.

Mais, malheureusement, nous n’avons pas entendu la voix de Benkirane, le chef du gouvernement, élu au terme d’un processus électoral considéré comme le plus transparent et le plus crédible de l’histoire du Maroc moderne. Il aurait été plus logique, il aurait été plus judicieux, au lieu qu’il aille à la réunion avec les trois conseillers du roi, que Benkirane convoquât à son bureau l’ambassadeur américain à Rabat et les représentants des autres grandes puissances membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU pour leur tenir un langage clair et ferme et leur expliquer que la question du Sahara était chez nous une ligne rouge à ne pas franchir, que cette affaire est celle d’un peuple et non d’un Etat. Aujourd’hui, Benkirane est audible à l’extérieur car il bénéficie d’une légitimité populaire, que nous soyons d’accord avec sa politique ou non.

Voilà des cartes que nous ne brandissons pas pour défendre notre cause, pour nous défendre dans cette bataille cruciale. Pourquoi ? J’avoue ne pas comprendre.

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Maroc

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