Immigration: prêts à tout pour « ne pas mourir de faim et de froid »

Immigration: prêts à tout pour « ne pas mourir de faim et de froid »

« Je ne veux pas mourir de faim et de froid »: malgré les risques encourus -la traque policière comme les conditions météo-, ils sont des centaines de clandestins africains à vouloir, à tout prix, rejoindre l’Espagne depuis le Maroc voisin, à l’approche de l’hiver.

Parmi ces migrants -dont nombre de femmes et enfants-, au moins 16 ont trouvé la mort le mois dernier en tentant de franchir le détroit de Gibraltar malgré le mauvais temps. Il y a une semaine, les secouristes espagnols ont encore affirmé avoir porté assistance à 95 personnes ayant pris place dans 16 embarcations.

Selon les autorités, ces tentatives pour franchir coûte que coûte le bras de mer séparant le Maroc de l’Espagne -quelques dizaines de kilomètres tout au plus- dans des canots de fortune se sont multipliées ces dernières semaines.

De même, le 16 octobre, ils ont été près de 300 à vouloir forcer les clotures de Melilla, une des deux enclaves espagnoles avec Ceuta, seules frontières terrestres entre Afrique et Europe.

Pourquoi cet afflux soudain?

Patrick, jeune camerounais rencontré à Oujda (nord-est), explique avoir lui-même tenté sa chance à Melilla, le 25 octobre, deux jours avant l’Aïd el-Kebir, en compagnie d’une quinzaine de personnes, dans ce qu’il qualifie d' »opération kamikaze ». Il semble prêt à recommencer.

« Il n’y a pas d’autre solution. Je ne veux pas mourir de froid et de faim sans faire ces tentatives », explique-t-il.

Sur les hauteurs du nord du Maroc, la nuit tombe tot à présent, et l’hiver, plus rude qu’on ne pourrait l’imaginer, approche. Dans ces conditions, les clandestins paraissent prêts à tout pour forcer la chance.

« Nous avons marché des dizaines de kilomètres avec des chaussures et des vêtements déchirés, en vain », raconte Patrick.

Par la suite, ses mésaventures s’apparentent à celles régulièrement rapportées par les ONG venant en aide aux migrants dans la région.

« Où est l’humanité? »

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« L’armée et la police marocaines nous ont pourchassés dans la forêt (près d’Oujda, frontalière avec l’Algérie, ndlr). Des dizaines parmi nous ont été blessés, d’autres arrêtés », affirme-t-il.

Selon Patrick, après avoir pris photos et empreintes, les forces de l’ordre ont acheminé son groupe vers la frontière algérienne, pays par lequel entrent la plupart des clandestins d’après les autorités marocaines.

La plupart finit par revenir et se cache dans la petite forêt de Mâafa, à quelques encablures d’Oujda.

Avec Adrien, l’histoire ne varie pas. Repéré près de Melilla, il dit en outre avoir été maltraité « aussi bien par les autorités marocaines qu’espagnoles ».

« Ils ont brûlé mon passeport et le document du HCR (le Haut commissariat aux réfugiés) qui m’aurait permis d’avoir le statut de réfugié », affirme-t-il.

« Où est l’humanité? », s’indigne le jeune homme, qui refuse de divulguer son identité. La peur fait partie du quotidien.

« Je ne veux pas être cité. Ne donnez aucune indication sur moi. J’ai été arrêté et déplacé plusieurs fois », précise aussi Patrick.

Récemment, l’ambassadeur de l’Union européenne au Maroc, Eneko Landaburu, a en personne mis l’accent sur « des témoignages extrêmement durs et préoccupants » de maltraitance. Une ONG locale a également alerté les autorités sur des actes de racisme et de violence.

La semaine dernière, un hebdomadaire marocain a, lui, voulu aborder le « problème », et suscité la polémique en titrant en Une « Le péril noir ».

Selon des associations des droits de l’Homme, entre 20.000 et 25.000 clandestins d’origine subsaharienne se trouvent à ce jour au Maroc.

Des sources de la Sécurité ont indiqué à l’AFP que, de fin mai à fin octobre, 10.000 clandestins avaient été expulsés, un chiffre quasi-inégalé depuis 2005.

Citées il y a peu par l’agence MAP, les autorités ont aussi relevé avoir sauvé de la noyade « près de 6.500 migrants au cours des cinq dernières années ».

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