Hamid, la victime du racisme au consulat espagnol de Tétouan

Hamid, la victime du racisme au consulat espagnol de Tétouan

Il s’appelle Hamid (c’est un nom d’emprunt), il est jeune, possède une bonne formation scolaire et vient d’épouser Nabila (c’est également un nom d’emprunt) qui travaille en Espagne. Nabila, qui est résidente légale en Espagne et a un travail stable et bien rémunéré dans la péninsule, a entrepris les démarches légales pour faire venir son mari. Cela s’appelle un regroupement familial et il est prévu dans la très restrictive « Ley de Estranjeria », la loi qui régule l’entrée et le séjour des étrangers en Espagne.

Après un parcours du combattant, Nabila a pu obtenir avant le début de l’été 2012 le feu vert des autorités espagnoles pour faire venir Hamid. Elle croyait que le plus dur avait été fait après le gros effort qu’elle a dû fournir  pour prouver aux autorités de sa ville de résidence que son salaire et son appartement étaient largement suffisants pour subvenir aux besoins de son couple et des enfants qui ne manqueraient pas de venir.

Elle a donc envoyé un document officiel de l’Etat espagnol à Hamid qui devait le présenter au consulat général d’Espagne à Tétouan. Le reste devait être une formalité. Les documents exigés par le consulat à Hamid, une substantielle paperasse, ont été fournis par l’intéressé durant la période d’un mois, période légale exigée au delà de laquelle son épouse aurait été obligée de refaire toute la procédure depuis l’Espagne.

Après avoir déposé son dossier, Hamid a attendu un temps nécessaire pour être convoqué par le consulat. Et quand il l’a été, il a trouvé normal qu’on lui pose quelques questions, « assez gênantes, il est vrai », explique-t-il aujourd’hui, « mais logiques dans un pays en proie à une grave crise économique et à un chomage endémique ».

Mais quelle n’a été sa surprise quand il a été convoqué une deuxième fois, puis une troisième. Et là, il n’a pu refreiner sa colère face à un excès de zèle qui lui apparaît comme un épisode de plus d’un racisme « ordinaire ».

« C’est scandaleux ! J’ai été soumis à un interrogatoire policier, comme si j’avais commis un crime. Le second du consul, puis le consul en personne m’ont posés des questions insupportables  sur ma vie privée, mes mœurs et mes intentions. Quand est-ce que j’avais connu ma femme ? Pourquoi je me suis marié avec elle ? Et pourquoi j’avais choisi de partir en Espagne ? Ils m’ont même demandé des photos de mon mariage … Et je devais certifier que ces photos étaient récentes et identifier les personnes qui s’y trouvaient. Il y a même eu des insinuations sur ma sexualité. Quand je me rappelle de ces questions, je ne peux m’empêcher de dire que c’était pire que les moukhabarates syriens ! », s’indigne aujourd’hui le jeune homme assis à l’intérieur d’un café traditionnel de l’ancienne Place Feddane de Tétouan, en face du Palais royal.

Hamid ne va pas protester officiellement. Il ne va pas se plaindre. Par peur des représailles de l’administration espagnole. Il va se taire et subir, supporter cette humiliation quotidienne que subissent avec lui et en silence les Marocains désireux de se rendre en Espagne. « Si je ne m’étais pas marié, je serais resté chez moi, au Maroc. Mais que voulez-vous la vie est faite de ces imprévus ? », lance-t-il à la journaliste.

D’autres témoignages parlent des mêmes méthodes, de la coercition et du chantage dont il est difficile de se soustraire. Les fonctionnaires espagnols du consulat expliquant souvent aux candidats au regroupement familial que refuser de répondre à ces questions indiscrètes signifierait automatiquement le rejet de leur demande.

Le consulat général d’Espagne à Tétouan est considéré comme l’un des plus importants à l’étranger. Son ancien siège, propriété de l’Etat espagnol, était la résidence du haut commissaire espagnol au Maroc durant le protectorat. Durant la tyrannie de Hassan II, et afin d’agrandir le palais royal de ce dernier, Rabat a obligé Madrid à échanger ce lieu historique contre un lugubre immeuble situé sur la Place Moulay Hassan ben Mehdi. Il y est toujours avec à l’intérieur des tableaux de militaires factieux espagnols dont certains ont été poursuivis il y a quelques années par le juge Baltazar Garzon pour « crimes contre l’humanité » jusqu’à ce que l’action judiciaire s’est éteinte pour cause de constatation du décès du suspect.

Sanae Lahlou Demainonline.com

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