Gains et pertes des relations entre l’Espagne et le Maroc

Gains et pertes des relations entre l’Espagne et le Maroc
0 commentaires, 04/10/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Aujourd’hui démarrent donc les travaux de la Haute Commission mixte maroco-espagnole, que l’on espère voir tourner la page des différents hiatus qui ont marqué par le passé les relations entre les deux pays, et que l’on souhaite voir aussi inaugurer une nouvelle ère de collaboration stratégique entre les deux voisins.

En principe, il existe nombre d’éléments qui conduisent à penser au succès de cette rencontre. Ainsi, d’une part, le niveau des visiteurs est très élevé et compte aussi bien des politiques que des parlementaires que, enfin, des gens d’affaires ; et d’autre part, le contexte politique peut être considéré comme un atout, pour deux raisons essentielles :

– La crise économique qui sévit en Espagne pousse son gouvernement à opter pour des choix qui lui permettraient de dépasser cette crise, ou du moins d’en atténuer les effets ; et cela passe par l’établissement de relations stratégiques avec le Maroc. Et en même temps, le Maroc connaissant aussi les affres des difficultés économiques, il doit de son coté élargir les opportunités d’investissement espagnol, et de faciliter la chose aux entrepreneurs de notre voisin ;

– Les profonds changements politiques qui ont secoué les pays de la rive sud de la Méditerranée et qui ont conduit les islamistes aux affaires dans leurs pays respectifs, imposent de revoir et de reconsidérer la nature des relations avec les gouvernements du printemps arabe, à la lumière des nombreux problèmes qui se posent comme la sécurité, l’immigration, l’extension de la criminalité et du trafic de drogue entre les deux versants du bassin méditerranéen ; et cela implique la nécessité de l’introduction de nouveaux éléments dans l’évaluation stratégique de l’Espagne pour ses relations avec le Maroc.

Cela signifie qu’aujourd’hui, les conditions de ces nouvelles relations doivent dépasser les éléments de la proximité géographique et de l’histoire commune dans les liens unissant Maroc et Espagne – bien qu’ils gardent leur importance –, et s’orienter davantage vers l’aspect stratégique de la relation, qui doit être fondé sur les intérêts vitaux des deux pays.

Aussi, ce qu’il faut souligner dans cette nouvelle phase des rencontres entre Madrid et Rabat est le haut niveau de sérieux dans la volonté des deux pays à renforcer leurs relations… Mais la volonté et le sérieux ne seront pas suffisants sans une vision claire de ce que peut gagner le Maroc, et ne pourraient même aboutir qu’à des échecs similaires à ceux qu’a enregistrés le Maroc dans ses accords de libre-échange.

En effet, l’expérience de ces accords conclus par le Maroc a montré que les gains du Maroc réalisés par ces ententes étaient bien plus faibles que ceux de ses partenaires, et non pas seulement en raison de la fragilité de notre tissu économique et sa non-compétitivité, mais aussi et surtout suite à l’absence de vision encadrant ces accords.

Ainsi, en préparation à la présente visite des Espagnols au Maroc, la partie espagnole a entrepris toutes les actions requises, lançant un débat et une réflexion globale qui ont fait intervenir toutes les personnes physiques et morales concernées par les accords devant être signés ; il ne fait donc pas de doute que Madrid a fait les calculs qui s’imposaient avant d’envoyer sa délégation, et qu’elle a une parfaite connaissance de tout ce que l’Espagne a à gagner de la conclusion de tels accords.

Du coté marocain, il ne faut pas inscrire la vision encadrant la visite des voisins dans la seule perspective des gains pour notre cause nationale. En effet, bien que cette question soit vitale pour nous, il faut garder à l’esprit que les changements internationaux ne favorisent guère une telle approche bilatérale, surtout si on sait que l’Espagne dispose d’une société civile qui peut nuire à nos intérêts vitaux sans que le gouvernement n’y puisse grand-chose. En conséquence, le Maroc gagnerait à définir des objectifs dans le cadre de la mise en place d’une vision globale des relations avec son voisin du nord.

Aussi, en guise d’exemple, le Maroc a besoin que les investisseurs espagnols viennent en force chez lui, qu’ils renforcent son tissu économique et qu’ils créent de nombreuses opportunités d’emploi. Mais de la même manière que l’Espagne a ses contraintes, le Maroc a ses besoins. Prenons un exemple : L’investissement dans le secteur de l’automobile, dans lequel l’Espagne dispose d’un certain savoir-faire n’est pas le même que dans le secteur du textile, par nature imprévisible, de même qu’un seul investissement dans l’automobile peut dépasser la somme de tous les investissements dans le textile au Maroc.

Et ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres… pour montrer que le Maroc doit soigneusement réfléchir et prendre ses décisions au sujet de la vision qui doit désormais être la sienne et des gains qu’il engendrera dans ces nouvelles relations avec l’Espagne, afin de ne pas rééditer l’expérience des accords de libre-échange passés, surtout dans le cadre de la conjoncture présente, avec une balance commerciale de plus en plus déficitaire et la nécessité de concevoir des politiques à même de réduire drastiquement les importations et d’encourager vigoureusement les exportations.

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Maroc

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