Femmes et vins

Femmes et vins
0 commentaires, 18/12/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Des années durant, mon amie s’est évertuée à se convaincre, et à me convaincre aussi, que ses déplacements permanents, quasi rituéliques, de chez elle à un bar ou un hotel pour y récupérer son mari saoul, ou du moins ce qu’il en restait, partait d’une bonne intention, elle-même fondée sur le principe qu’il ne doit conduire pas en état d’ébriété. La relation conjugale de mon amie était restée stable, saine et régulière du fait que son époux disposait d’une épaisseur financière qui lui permettait de financer son addiction sans que cela n’ait de conséquences sur les dépenses du ménage ; de plus, l’homme était d’un tempérament pacifique et d’un caractère gentil qui faisait que ses beuveries étaient toujours calmes et jamais agressives. Toutefois, j’ai souvent entendu mon amie se plaindre de ses escapades épuisantes et de sa souffrance difficilement gérable. Avec le temps, elle avait acquis une certaine expertise œnologique, différenciant les couleurs, maîtrisant la nature des verres à utiliser pour tel ou tel autre type de vin et aussi quel vin servir avec tel mets ou à tel repas… mais tout cela n’était qu’une manifestation de la gestion de son quotidien pathétique, qui apparaissait sur ses traits. Et, finalement, les courses de mon amie pour aller récupérer les restes de son mari ivre avaient pris fin après que ce dernier eût été atteint de diabète et d’autres maux consécutifs à son addiction ; elle avait rendu grâce à Dieu pour cela, préférant nettement son nouveau role d’infirmière à domicile à son calvaire passé de chauffeur dans les rues et avenues de la ville.

Et bien entendu, des histoires de ce type pullulent dans les ménages marocains où la vie ne prend un sens pour l’époux que s’il passe plusieurs jours par semaine en compagnie de ses amis, chez lui ou ailleurs. Mais cela, certains le rangent dans la case des libertés individuelles. Et c’est pour cela que toute discussion sur l’addiction des maris à l’alcool est devenue un tabou au Maroc. Plusieurs femmes dont les maris sont pris dans le piège de la dive ont développé un sens particulier d’accoutumance psychologique à l’accoutumance physique de leurs conjoints, et certaines d’entre elles affichent une certaine forme d’arrogance bourgeoise pour masquer la douleur et la souffrance qui sont les leurs. Ces femmes ont donc mis au point tout un argumentaire pour retourner leur affligeante situation en la dissimulant derrière ce qu’elles appellent le caractère libéré de leurs époux, surtout quand elles reçoivent compensation de la part de ces derniers, dans ce qui ressemble fort à un acte de corruption de la femme pour l’amener à accepter la dure réalité d’un mari alcoolique.

Aussi, lorsque les statistiques indiquent une augmentation dans la consommation de boissons alcoolisées au Maroc, elles taisent – volontairement ou non – le fait que cela engendre forcément une croissance des effectifs de ce peuple de pochards, qui vivent parmi nous, et qui sont dans l’écrasante majorité des cas des pères et des maris. Or, ces gens ne sont pas toujours de nature calme et de caractère pacifique, et ils ne sont pas nécessairement des personnes aisées qui peuvent se permettre de consommer ce qu’ils consomment sans que cela n’ait de conséquences sur les dépenses de leurs ménages, ou peuvent noyer leurs épouses sous des rivières d’or, d’argent et de bijoux, achetant ainsi leur silence à elles et leurs quiétudes à eux. Elles sont ainsi très nombreuses, les femmes qui subissent les violences de leurs maris saouls, et encaissent les coups et les blessures qui occasionnent souvent des incapacités chroniques.

Lorsque les associations se prennent à rêver de réduire le phénomène de la violence conjugale et qu’elles agitent l’épouvantail des statistiques de ces violences, elles ne disent pas en réalité la vérité, toute la vérité, crue et cruelle. Elles se contentent d’imputer la responsabilité de ces travers à la mentalité machiste des hommes et/ou aux problèmes économiques des couples. Et du fait que ces organismes sociaux sont chroniquement shootés à cette idée appelée « liberté individuelle », ils n’ont pas le courage nécessaire pour révéler la corrélation existant entre l’augmentation des cas des épouses battues et celle de la consommation d’alcools. Nous pouvons donc affirmer le plus clairement du monde que l’alcool est un facteur stimulant des pulsions incestueuses et favorise les actes de viol et de violence contre les femmes.

Cette violence n’est pas systématiquement liée aux attitudes phallocrates, et la meilleure preuve en est apportée par ces sociétés qui ne transigent pas avec les droits des femmes et qui ont résolument instauré l’égalité entre les sexes mais qui, pourtant, constatent une croissance régulière de la violence conjugale, comme aux Etats-Unis où elle atteint 40%. D’ailleurs, en Amérique et en Australie, des études ont été menées établissant de la manière la plus claire possible la corrélation entre femmes battues et maris éthyliques. Au Maroc, où les associations semblent tourner le dos à cette réalité, seule une action concertée et militante des femmes, sortant en pleine lumière et dénonçant les travers de l’alcool et son implication dans la violence, pourra montrer l’autre face de cette forme d’addiction, responsable de tant de violences physiques et de tortures psychologiques… une face autrement plus dramatique que celle montrée par ces images d’Epinal d’un homme en compagnie d’une femme, entrechoquant leurs verres de vin lors d’une soirée intime et amoureuse…

Mots Clefs:
Maroc

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