Et soudain, le Maroc est devenu mieux que l’Espagne…

Et soudain, le Maroc est devenu mieux que l’Espagne…
0 commentaires, 15/11/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Alors que le Président du Conseil espagnol sillonnait l’Europe à la recherche de soutiens financiers pour sortir son pays de la grave crise qui le frappe de plein fouet, des pateras pleines de dizaines d’hommes, femmes et enfants, affrontaient les vagues du détroit de Gibraltar, se dirigeant vers les cotes d’Espagne, à la recherche du rêve tant attendu et promis.

Et quand une femme espagnole mettait fin à ses jours pour protester contre son expulsion de son appartement dont elle ne pouvait plus payer les échéances, de pleines embarcations continuaient de traverser le même Détroit, dont les occupants préféraient aller se suicider eux-mêmes plutot que de laisser les dirigeants de leur pays s’en occuper, au moyen du vol et de la rapine, et en les soumettant comme des esclaves perpétuels.

Ainsi donc, la crise en Espagne, ou en Europe, ne semble pas concerner les émigrés clandestins, qui ne prêtent non plus aucune attention à voir un concierge espagnol travailler dans un immeuble au Maroc. La raison ? Ils savent que la crise en Europe est passagère et que le continent retrouvera sa puissance naturelle d’ici cinq années ou même moins que cela… alors qu’eux, chez eux, ils sont persuadés que la crise, ils la connaîtront de leur naissance jusqu’à leur mort. Cette crise, nos gens l’ont héritée de leurs parents et la transmettront à leurs progénitures : quoi de plus logique alors pour eux que de penser à s’en aller sous des cieux plus cléments, même si aujourd’hui, l’Europe a faim.

Remontons un peu dans le temps… Lorsque les Tunisiens s’étaient soulevés voici deux ans contre le système de Leïla Traboulsi et son mari Ben Ali, ils avaient été des milliers à exploiter la déliquescence de la surveillance des cotes en embarquant sur de frêles esquifs pour aller rejoindre les rivages italiens… Et pourtant, ils avaient tous entendu que l’Italie était l’un des pays les plus gravement touchés par la récession et la crise, et ils étaient au courant que leur pays connaissait une révolution qui allait changer les choses… Mais cela ne les avait pas pour autant convaincus de rester en leurs chaumières car ils savaient mieux que quiconque qu’une nation dont les habitants ont si longtemps vécu sur le lit de la saleté, de l’ignorance et de la pauvreté nécessite un temps très long avant de recouvrer sa pleine santé et de nettoyer les traces du sous-développement.

Les Egyptiens, maintenant… Il est relativement rare qu’ils embarquent dans les barques de la mort. Ces gens aiment leur pays d’une manière étrange, confinant à l’obsession, au point que vous pouvez rencontrer sur les bords du Nil un cireur de chaussures qui n’est même pas sûr de calmer à sa faim mais qui vous parle quand même de l’Egypte « Oum eddounia » (la mère du monde), sachant que cette mère ne lui a rien donné, pas plus qu’elle ne l’a sustenté. Et en dépit de tout cela, voilà que les Egyptiens ont franchi le pas, en pleine révolution dans leur pays, ont embarqué sur leurs petits bateaux et ont été cherché le confort ailleurs, car ils savent bien que l’émigration donne ses fruits bien plus rapidement qu’une révolution.

Au Maroc, il existe un sentiment curieux chez les gens : ils pensent en effet que le Maroc est meilleur que l’Espagne car nous entendons les informations qui proviennent de ce pays en crise, et nous voyons de plus en plus d’émigrés revenir chez eux… comme si notre pays avait brûlé les étapes et accéléré la cadence en gravissant soudainement les échelons du développement, avant de surclasser l’Espagne. Ce sentiment est exacerbé et poussé par nos responsables qui, à travers leurs déclarations, montrent que nous sommes effectivement devenus un pays développé. Même notre chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, quand il était en Espagne, avait affirmé que le Maroc était à même d’atténuer les affres de la crise là-bas, invitant les investisseurs espagnols à venir travailler chez nous, même en mettant leur argent dans l’industrie du « couscous ». Nous avons oublié, subitement, que nous sommes une nation qui « exporte » chaque jour des centaines de ses compatriotes vers l’étranger, légalement ou non, avant de devenir, de la manière la plus inattendue qui soit, une destination pour ceux que la crise en leurs pays étouffe, et affame.

Aujourd’hui, en pleine dépression et récession espagnoles, elles sont très nombreuses les personnes qui, au Maroc, oublient que nous sommes en partie à l’origine de la richesse de notre voisin du nord… Rappelons-nous que quand les clandestins marocains se précipitaient dans leurs pateras et jouaient aux trompe-la-mort sur les eaux du Détroit, de l’autre coté, des agriculteurs espagnols du sud de la péninsule les attendaient et rivalisaient entre eux pour embaucher cette main-d’œuvre bon marché, comme au bon vieux temps de l’esclavage médiéval. Puis, avec le temps, et grâce à ces immigrants, la région était devenue l’une des zones agricoles les plus prospères au monde. L’Espagne s’est aussi enrichie avec les capitaux illégalement exportés vers elle, en provenance de chez nous, des capitaux issus des détournements et rapines en tous genres, ainsi que du commerce de la drogue. Et n’oublions pas non plus la prospérité du Sud de l’Espagne, elle aussi due en grande partie à nos compatriotes qui allaient y jouer les touristes pleins aux as, qui dépensaient sans compter de l’argent qu’ils avaient gagné sans nécessairement le mériter. Et enfin, la richesse d’Espagne doit beaucoup à cette campagne d’assainissement de la moitié des années 90 du siècle dernier, quand les entrepreneurs et les dealers, apeurés, effrayés, avaient quitté leur pays corps et biens, et argent aussi…

Le Maroc n’a décidément pas besoin de sauver une Espagne en crise, tant il est vrai qu’il a contribué à l’enrichir, quand elle était prospère.

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Maroc

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