Espagne: Rejet catégorique de la décision du gouvernement de priver les sans-papiers des soins médicaux gratuits

Espagne: Rejet catégorique de la décision du gouvernement de priver les sans-papiers des soins médicaux gratuits

La décision du gouvernement espagnol de priver les immigrés en situation illégale de la Carte sanitaire qui leur permet de bénéficier gratuitement des soins médicaux a suscité un débat houleux et une série de critiques de la part des syndicats, des ONG et de plusieurs communautés autonomes espagnoles.

Le gouvernement espagnol du conservateur Mariano Rajoy a annoncé récemment que les sans-papiers n’auront plus le droit d’accéder aux prestations médicales gratuites en vertu d’un amendement de la Loi sur les étrangers qui entrera en vigueur le 1er septembre.

Selon les médias espagnols, plus d’un demi-million de sans-papiers se verraient privés de la Carte sanitaire à laquelle tous les immigrés, justifiant d’un certificat de résidence municipal, pouvaient prétendre. En vertu de cet amendement, l’accès aux soins de cette catégorie d’étrangers, issus de pays hors l’Union européenne, sera limité aux seuls cas d’urgence médicale (accident, accouchement ) et du suivi des enfants en bas âge. Les familles des immigrés, légalement établis en Espagne, n’ayant pas encore obtenu leurs papiers devront se contenter, elles aussi, de ce minimum sanitaire.

S ‘inscrivant dans le cadre du plan d’austérité dans les secteurs de l’éducation et de la santé, cette décision vise avant tout d’économiser « environ un milliard d’euros par an », selon le gouvernement, qui plaide également pour lutter contre le « tourisme sanitaire » des Européens non-résidents en Espagne.

Outre le coté financier, le ministère espagnol de la Santé défend cette mesure comme étant un pas vers un système sanitaire public plus transparent, plus controlé et plus viable dans une conjoncture marquée par des « difficultés économiques ».

Elle mettra également fin au dysfonctionnement qui a entaché la gestion des services sanitaires publiques et aux « irrégularités » commises par certains étrangers pour bénéficier des prestations médicales gratuitement, explique le ministère dans une note.

Le département de la santé indique, en outre, être en train de travailler sur la création de « conventions » payantes qui permettront aux citoyens non-européens « d’être reçus dans le système public », sans donner de détails sur les montants devant être payés par les bénéficiaires.

Par ailleurs, le discours du gouvernement n’arrive pas à persuader les ONG, les syndicats et même les responsables de plusieurs communautés autonomes espagnoles.

Du coté des associations d’immigrés, cette mesure a été reçue avec inquiétude et colère parce qu’elle affecte les « personnes les plus vulnérables, celles qui n’ont pas de papiers ni de travail », a souligné le président de l’association hispano-équatorienne Ruminahui, Vladimir Paspuel, dont les propos ont été relayés par les médias.

« Les immigrés ne peuvent pas payer les soins médicaux. Ils manquent de ressources nécessaires pour cotiser » dans le système public de santé, a-t-il expliqué. Pour cette raison, les organisations de défense des immigrés ont appelé à des manifestations pour le 1er septembre, date d’entrée en vigueur de cette mesure, dans toutes les régions espagnoles, appelant les étrangers à participer massivement à ces manifestations pour exprimer leur rejet de la décision du gouvernement conservateur. Pour les syndicats, il s’agit d’une « mesure injuste » qui porte atteinte aux acquis sociaux et fait fi des progrès médicaux-sociaux de la population espagnole. « Le gouvernement veut changer la nature juridique de la structure sanitaire espagnole », a souligné le secrétaire général de l’Union général du travail (UGT), Candido Méndez, qui a appelé le gouvernement observateur à revenir sur cette décision polémique. La décision du gouvernement de priver les immigrés en situation illégale des soins médicaux a été contestée même par les présidents de plusieurs communautés autonomes espagnoles, notamment la Catalogne et l’Andalousie qui ont annoncé qu’elles maintiendraient les soins gratuits pour les sans-papiers.

Ainsi, le gouvernement autonome catalan a « déploré » cette décision « unilatérale » de Madrid, soulignant qu’il envisage de mettre en place un « mécanisme administratif » en vue de permettre aux immigrés sans-papiers de continuer à bénéficier gratuitement des soins médicaux.

« Nous devons trouver un mécanisme administratif, alternatif à la Carte sanitaire », avait déclaré le ministre régional de la Santé, Boi Ruiz.

De son coté, le département de la Santé du gouvernement régional andalou a souligné que la décision de l’exécutif central constitue un « pas en arrière vers un changement radical du modèle de la santé publique » en Espagne et une « atteinte aux droits de toutes les personnes établies dans le pays ».

Avec cette nouvelle décision polémique, le gouvernement espagnol, déjà soumis aux pressions des marchés financiers, a ouvert un autre front de bataille qui risque de mettre en péril l’Etat de bien-être en Espagne.

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Accident

À propos François Deville

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