En attendant le roi…

En attendant le roi…
0 commentaires, 31/05/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

Cette balle envoyée dans le camp du roi suite à un conflit entre deux partis est une balle piégée qui a suspendu l’activité politique du pays. Le roi, en effet, n’est absolument pas tenu de s’aligner sur un agenda à lui fixé par d’autres, de même qu’il n’est pas concerné par les calendriers d’action des acteurs politiques ni par leurs décisions ; mais puisque la constitution lui confie la responsabilité du bon fonctionnement des institutions constitutionnelles, il a donc intervenu au moment opportun en ordonnant à Chabat de surseoir à la décision de son Conseil national quant au retrait du gouvernement. Cela a mis un terme à une situation, mais nous a plongé dans cette absurdité qui veut que nous attendions que le souverain endosse la tenue d’un juge, examine personnellement les arguments des différentes parties et se prononce en faveur de l’une d’elles, dans le cadre de ce qui serait une logique qui n’entre pas en conformité avec la nature de notre institution monarchique, pas plus qu’elle ne répond à nos us et coutumes politiques, sans même parler de la constitution.

La monarchie marocaine a beaucoup évolué, de ces temps reculés où les sultans régnaient sans partage, munis d’un mandat divin, à une autre ère de pouvoir absolu drapé dans des oripeaux constitutionnels ; l’ingénieur de cette ère fut feu Hassan II, qui avait veillé à maintenir l’esprit du pouvoir d’antan mais avec une saveur de modernité qui puisse absorber toutes les évolutions consécutives au Protectorat. Et malgré l’âpre lutte menée par le mouvement national dans le but de circonscrire le pouvoir absolu du roi, la nature du souverain défunt et les conditions qui prévalaient alors dans le pays ont fait que les revendications démocratiques et les demandes de réformes ont avancé à petits pas, comme en peuvent témoigner les différentes constitutions qui nous ont menés à celle de 1996, approuvée par l’USFP qui était à cette époque-là le symbole de la lutte du peuple marocain pour la démocratisation. Mais l’arrivée à cette situation s’est faite poussivement, pesamment, avec des élites politiques qui léchaient encore leurs plaies occasionnées par la dure répression et par les conflits internes et structurels. Tout le monde, tous les acteurs de cette période étaient essoufflés, à l’exception de la monarchie qui manœuvrait pour une succession tranquille sur le trone ; et c’est finalement ce qui s’est produit, avec l’avènement d’un jeune roi sur les épaules duquel pesaient tous les espoirs et s’accrochaient toutes les espérances.

Il faut cependant rappeler que les luttes fondamentales et brutales qui avaient eu lieu après l’indépendance, sur le plan partisan, n’avaient opposé en fait que les deux partis que sont l’Istiqlal et l’USFP. Ainsi, en dehors de quelques périodes d’éclaircie et d’entente, le reste du temps était inscrit sous le signe de la guerre sourde, d’affrontements épiques et d’adversité tenace. Dans un passé encore relativement récent, et plus exactement en 1989, les deux formations avaient soumis au roi défunt un mémorandum pour des réformes constitutionnelles. Mais, en raison de l’attitude de Noubir Amaoui, l’alternance consensuelle qui devait être conduite par l’alors Secrétaire général du parti de l’Istiqlal, Mhamed Boucetta, n’avait pu voir le jour. Plus tard, avec l’avènement du gouvernement d’Abderrahmane el Youssoufi, le même Istiqlal avait considéré que l’USFP lui avait volé son droit à diriger un gouvernement d’alternance. Et c’est la raison pour laquelle Abbas el Fassi avait lancé une campagne féroce contre le gouvernement auquel participait pourtant sa formation, adressant à el Youssoufi une note sans doute plus brutale que celle envoyée dernièrement par Chabat à Benkirane. Et puis, aux élections suivantes, et en dépit du classement de l’USFP en pole position, l’Istiqlal avait réclamé pour lui la Primature, et avait publié dans sa presse un éditorial resté célèbre et intitulé « à qui le tour ? » ( a moula nouba); c’est sans doute ce conflit qui avait privé el Youssoufi de rempiler pour un second mandat à la tête du gouvernement, et c’est toujours cela qui avait incité le palais à désigner Driss Jettou Premier ministre d’un gouvernement dans lequel la participation de l’USFP devait sonner le glas de cette formation dont la mémoire est pétrie des souvenirs des peines et marquée par les moments de souffrance.

Le résultat fut l’émergence du concept de la « méthodologie démocratique » que l’USFP a placé entre les mains du roi Mohammed VI, et qui consistait en la nécessité pour le roi de respecter cette approche en désignant à la présidence du gouvernement un des dirigeants du parti arrivé premier aux élections. Le roi avait alors répondu positivement à cela en 2007 en nommant Abbas el Fassi Premier ministre, suite au classement en tête de l’Istiqlal aux législatives de la même année.

Puis arrive le printemps arabe et le Mouvement du 20 février, et cette méthodologie a été inscrite dans la Loi fondamentale. Le souverain est donc devenu constitutionnellement obligé de choisir son chef du gouvernement au sein de la formation politique qui aura obtenu le plus de sièges au parlement. Mais, bien évidemment, cette bienheureuse revendication éminemment démocratique comportait des travers auxquels nul n’avait prêté attention, à savoir que si le parti classé premier mais sans avoir de majorité absolue, ne réussissait pas à réunir une majorité, la seule solution qui resterait serait d’organiser un nouveau scrutin.

La nouvelle constitution, et pour la première fois dans l’histoire du pays, a reconfiguré la carte de la pratique du pouvoir au Maroc. Les attributions du roi ont été fortement réduites, en faveur de celles du gouvernement et de sa présidence, partant du principe que l’autorité de cette institution émanait directement de la volonté du peuple. Tout aurait bien pu se passer comme dans le meilleur des mondes, sur un plan politique du moins, mais seulement voilà, un nouvel acteur est apparu et a raflé 107 sièges au parlement ; il s’agit d’un parti islamiste qui, ne l’oublions pas, était resté ostracisé des années durant, avait été menacé de dissolution et d’interdiction, un parti qui avait volontairement limité sa progression en contractant sa couverture des circonscriptions électorales.

Il aurait été possible que ce qui se produit aujourd’hui se soit également produit entre Chabat et le PAM si ce dernier avait présidé aux destinées du gouvernement, de même qu’il aurait été possible aussi que les directions du MP et de l’Istiqlal se chamaillent… mais les choses n’auraient pas été à ce point de médiocrité – ou même plus bas que cela – si le PJD n’avait pas été au gouvernement et si Chabat n’était pas là où il se trouve actuellement.

Ceux qui attendent l’arbitrage royal ne doivent pas perdre leur temps, et Chabat lui-même n’attend pas vraiment le retour du roi ; il a temporisé suite à la décision de son Conseil national mais a poursuivi sa guerre contre le PJD. Une guerre qui ne signifie qu’une seule chose, le basculement dans l’opposition. Mais une telle décision souveraine des instances décisionnelles du parti doivent-elle vraiment attendre l’onction royale, alors que le roi est bien au-dessus des partis ?

Il faut trancher, il faut savoir trancher, et les parties en présence doivent savoir laisser le roi à ses fonctions et ses attributions et se doivent d’assumer, elles, leurs entières responsabilités, tant il est vrai que l’opposition et le gouvernement sont faites pour servir le peuple et non l’égoïsme des uns et l’égocentrisme des autres.

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Maroc

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