Egypte : Plus de 120 manifestants tués dans la dispersion des pro-Morsi au Caire

Egypte : Plus de 120 manifestants tués dans la dispersion des pro-Morsi au Caire
0 commentaires, 14/08/2013, Par , Dans Monde

Plus de 120 partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi ont été tués mercredi lorsque l’armée et la police ont lancé un assaut sur leurs campements au Caire, provoquant des violences à travers toute l’Egypte et des condamnations internationales.

Dans le centre, où vit une importante minorité copte, trois églises ont été attaquées, les militants accusant les pro-Morsi de mener « une guerre de représailles » contre les chrétiens.

Les forces de l’ordre avaient promis une opération « graduelle » et des « sommations » mais leurs bulldozers ont pris les manifestants par surprise à l’aube, avant que la dispersion des milliers d’entre eux venus avec femmes et enfants réclamer le retour du premier président démocratiquement élu ne tourne au bain de sang.

En début d’après-midi, un journaliste de l’AFP a compté 124 cadavres –dont plusieurs manifestement tués par balles– dans la morgue de fortune de l’un des deux rassemblements pro-Morsi, celui de la place Rabaa al-Adawiya au Caire.

Et ce nombre pourrait augmenter, car aucun bilan n’était disponible dans l’immédiat après la dispersion de la place Nahda, que l’Intérieur dit désormais contrôler « totalement ». Des correspondants de l’AFP y ont vu quatre cadavres, certains calcinés.

Dans l’hôpital de campagne de Rabaa au sol maculé de sang, les médecins débordés délaissaient les cas désespérés pour concentrer leurs efforts sur les blessures les plus susceptibles d’être soignées. Un homme qui respirait encore mais avait reçu une balle dans la tête n’a ainsi pas pu être pris en charge, a constaté le journaliste.

A l’extérieur, sur la place Rabaa, dont l’accès était interdit aux journalistes qui ne se trouvaient pas déjà sur les lieux, des tirs d’arme automatique résonnaient et une pluie de grenades lacrymogènes s’abattait sur le village de tentes, sur fond de chants religieux diffusés à plein volume par les haut-parleurs de l’estrade.

Les Frères musulmans, l’influente confrérie dont est issu M. Morsi, évoquent, eux, 2.200 morts et plus de 10.000 blessés, tandis que les autorités disent avoir recensé 56 décès à travers le pays, dont au moins six membres des forces de sécurité au Caire, et affirment que les manifestants ont ouvert le feu sur la police.

« Ce n’est pas une tentative de dispersion mais une tentative d’écraser d’une façon sanglante toute voix opposée au coup d’Etat militaire », a dénoncé Gehad el-Haddad, porte-parole des Frères musulmans, sur Twitter.

L’imam d’Al-Azhar, plus haute autorité de l’islam sunnite, s’est désolidarisé de l’opération en expliquant à la télévision n’avoir pas eu connaissance des méthodes que les forces de l’ordre comptaient employer, après avoir pourtant apporté sa caution lors du coup de force des militaires contre M. Morsi le 3 juillet.

Ankara, qui s’était opposé à cette destitution, a appelé la communauté internationale à faire cesser le « massacre », un terme également utilisé par l’Iran. Londres a « condamné l’utilisation de la force » et la Suède a fait porter la « principale responsabilité » des violences aux autorités.

Le Qatar, principal soutien des Frères musulmans, a dénoncé « la méthode utilisée contre des manifestants pacifiques », tandis que Paris et Berlin lançaient des appels au calme dans le pays où les violences entre pro et anti-Morsi et entre pro-Morsi et forces de l’ordre avaient auparavant fait plus de 250 morts depuis fin juin, essentiellement des manifestants islamistes.

Les Frères musulmans ont appelé « les Egyptiens à descendre dans la rue pour arrêter le massacre ». En réponse, le gouvernement a annoncé que le trafic ferroviaire en direction et depuis Le Caire était interrompu.

Et en représailles à la dispersion, des islamistes ont commencé à bloquer des grands axes du Caire en incendiant des pneus en travers des routes pour tenter de paralyser le pays. Des heurts avaient lieu dans plusieurs quartiers du Caire et ont fait plusieurs morts dans d’autres villes du pays.

Dans les provinces d’el-Menia et de Sohag (centre), des pro-Morsi ont incendié des églises de la communauté copte, dont le patriarche avait lui aussi soutenu la décision de l’armée de destituer M. Morsi, toujours retenu au secret.

Le gouvernement et la presse quasi-unanime accusaient les Frères musulmans d’être des « terroristes » ayant stocké des armes automatiques sur les deux places et se servant des femmes et des enfants comme « boucliers humains ».

Les nouvelles autorités, s’appuyant sur une grande partie de la population qui reprochait à M. Morsi d’avoir cherché à accaparer le pouvoir sans rien faire pour l’économie en crise, entendent lancer une période de transition devant mener à des élections début 2014.

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Gouvernement

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