Difficiles décisions, par Taoufik Bouachrine

Difficiles décisions, par Taoufik Bouachrine
0 commentaires, 04/06/2012, Par , Dans Chroniques

Le Maroc se trouve à une phase « historique » où il lui est demandé de prendre les décisions difficiles que les gouvernements précédents n’ont pas su prendre, par faiblesse ou du fait de leur travail improvisé ou, plus simplement, par crainte de mécontenter ceux du haut, les lobbies, et ceux du bas, la rue…

Il faut reconnaître à Benkirane le « courage » d’avoir dit au parlement qu’ »il n’acceptera pas le recrutement es diplomés chomeurs hors de toute procédure de concours, dans la transparence et l’égalité des chances » ; et à ceux qui lui rappelaient le risque de son impopularité, il avait répondu : « Que la popularité aille au diable »… Cela est le comportement d’un homme d’Etat qui ne met pas dans la balance les grands équilibres du pays, politiques et économiques, avec les calculs personnels et électoralistes. Si le gouvernement actuel bénéficie de la légitimité des urnes et de la constitution, il n’en demeure pas moins qu’il doit faire face à des opérations chirurgicales d’une grande précision dont le pays a besoin pour quitter la salle des soins intensifs, les calmants administrés par les précédentes équipes gouvernementales n’ayant fait que retarder l’heure du trépas, sans jamais guérir les maux dont souffre le Maroc, et dont on examinera ci-dessous quatre qui nous semblent importants :

1/ La réforme de la Caisse de compensation, qui engloutit près de 50 milliards de DH, chaque année, au titre de subventions qui vont principalement aux hydrocarbures et au sucre. Toutes les études indiquent pourtant que 80% de ce montant ne vont pas dans les poches des pauvres, mais plutot dans les caisses des grandes entreprises et dans les comptes bancaires des riches et d’une partie de la classe moyenne, sachant que tous ces gens sont en mesure de payer ces produits à leurs vrais prix, ou presque, mais en tous les cas sans l’aide de l’Etat…

Dans d’autres pays, beaucoup d’autres pays, des expériences ont été menées consistant à subventionner directement les pauvres et les nécessiteux, laissant les marchés décider des prix avec un Etat qui se contente de controler la spéculation afin de protéger les consommateurs… Le gouvernement Benkirane doit donc prendre la décision qui s’impose, doit savoir comment l’appliquer graduellement et comment la « vendre » à l’opinion publique.

2/ La loi organique sur la grève. Il n’est pas normal que le pays reste sans loi organisant la plus grave des décisions que peut prendre un syndicat, une décision qui concerne et atteint l’entreprise, l’administration et le service public… Les syndicats ont transformé ce droit de grève en « instrument de surenchère politique et électoraliste », tuant au passage moult services dans l’administration et l’entreprise, détruisant également un très grand nombre d’opportunités d’emplois, lésant les pauvres plus que les riches, les salariés davantage que leurs employeurs. Bien évidemment, les syndicats lutteront contre toute décision du gouvernement en matière de droit de grève et le mieux à faire pour le gouvernement, c’est de mettre autour d’une table de négociation avec les syndicats, et de discuter avec eux de la protection de leurs droits légitimes en contrepartie d’une règlementation du droit de grève. Ainsi, dans les pays européens, les grèves doivent être votées par les syndicats à des proportions élevées, se doivent d’en aviser les entreprises et l’administration un mois avant la date d’annonce de la grève, sachant que les interruptions de travail dans les secteurs sensibles sont interdites. En outre, les journées chomées ne sont bien entendu pas payées…

3/ Réforme du système judiciaire. Il est plus que nécessaire de soigner cette plaie béante depuis des décennies, qui a fini par gangréner et par atteindre l’ensemble du corps social. Il est nécessaire de promulguer des lois, et de les respecter. Il est nécessaire de décider de l’indépendance des délibérations, en mettant hors zone téléphonique les salles dédiées à ces délibérations. Il est nécessaire de démocratiser le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, de même qu’il est nécessaire de procéder à une révision des métiers judiciaires, barreau, expertise, greffes, auxiliaires qui fabriquent et tripatouillent parfois les dossiers avant même leur arrivée sur le bureau du juge concerné… mais cette réforme de la justice nécessite deux choses : la volonté politique et le financement, sachant que chaque sou engagé dans la justice nous reviendra décuplé, au terme de quelque temps…

4/ L’éducation. La crise en ce secteur date d’aussi longtemps que leurs souvenirs, et le fait de confier cet important département à un ministre qui réfléchit à la manière de l’actuel titulaire du portefeuille était manifestement mal inspirée, et montrera ses conséquences sou peu. Le gouvernement doit garder en permanence les yeux rivés sur ce secteur. Il faut abandonner cette logique des « solutions qui arrangent tout le monde » ; au contraire, il faut savoir prendre les décisions courageuses afin d’intégrer l’école publique dans les grands équilibres de la société, œuvrant à éviter que le système d’enseignement ne soit que l’instrument de la « reproduction sociale », où le riche enfante des riches et où les pauvres le restent, de génération en génération. Cela serait la plus grosse bombe à retardement à poser dans une société, quelle qu’elle soit.

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Maroc

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