Détective privé : Une profession naissante en quête de reconnaissance

Détective privé : Une profession naissante en quête de reconnaissance

Mohammedia, 08 févr.2012 -(MAP)- Ils sont parmi nous depuis au moins une décennie. Pourtant, peu de gens ont connaissance de l’existence de ces hommes de l’ombre

, discrets et efficaces. Eux, ce sont les détectives privés qui mènent en catimini des investigations pour le compte des entreprises et le plus souvent pour des particuliers.Des investigations en catimini, non pas seulement parce que la fonction et le but recherché l’exigent mais surtout parce que ce métier n’est toujours pas reconnu au pays en tant que tel comme ailleurs en Europe et surtout aux Etats-Unis, le paradis des détectives privés.

Là-bas, le détective privé jouit d’un statut d’auxiliaire de justice et d’une position sociale qui lui confèrent la possibilité d’enquêter dans des affaires de la plus haute importance.

Au Maroc, cette profession naissante n’est pas encore reconnue ni non plus interdite mais cette absence de réglementation juridique n’a pas empêché pour autant certains téméraires férus de mystère de se lancer dans l’aventure comme c’est le cas du pionnier de l’investigation privée au Maroc, Abdessamad Taghi qui a fondé en 2003 à Mohammedia une agence de recherches privées. Et pour contourner l’handicap de l’absence d’un cadre juridique, la société a été créée selon les procédures en vigueur pour les entreprises commerciales.

Un habillage habile et une parade qui lui ont permis de réaliser son rêve d’enfant de jouer les justiciers. Un rêve qu’il a longtemps caressé, le conduisant jusqu’à s’expatrier en Belgique pour suivre une formation dans une école spécialisée où il a décroché en 2001 un diplome de détective privé.

D’emblée, sa carrure, son pas assuré et son regard acéré trahissent la fonction de ce quadra grand amateur de polars qui tient d’entrée à souligner que la pratique de son métier n’est point en contradiction avec la loi, assurant que toutes les missions d’investigation qu’il a pu accomplir depuis bientot dix ans ont été menées dans le respect de la légalité et des institutions, sans dérive aucune, ni violation de la vie privée.

 »Au contraire, certaines de mes investigations ont permis d’aider la police en démasquant les vrais coupables et aussi de resserrer les liens d’un couple rongé par le doute sur la fidélité de l’un ou de l’autre », confie-t-il, non sans fierté d’avoir servi la bonne cause. Il tient cependant à faire remarquer que les détectives privés n’ont pas la prétention de s’ériger en une sorte de  »police parallèle » puisqu’ils se contentent seulement d’effectuer des missions dans les domaines civil et commercial. Inter/ Amours et Trahisons

Des missions qui sont aussi complexes que différentes par la nature des affaires. Pour le compte des entreprises qui recourent aux services de son agence, Abdessamad Taghi explique qu’il s’agit le plus souvent de faire des enquêtes sur les cas d’escroquerie, d’espionnage industriel et de concurrence déloyale. Et aussi de vérifier la véracité des CV de certains candidats à l’emploi ou encore faire des démarches pour le recouvrement des dettes ainsi que la détection des fraudes.

Sur le registre des investigations menées à la demande des particuliers, il s’agit en l’espèce d’enquêtes sollicitées dans les affaires de divorce ou d’adultère. Et à ce propos, il semble que la demande est pressante au vu du nombre de dossiers traités à l’instigation d’une épouse qui doute de la fidélité de son mari et vice-versa.

En bon professionnel qu’il est et sans état d’âme, notre détective privé déclare que la santé financière de son entreprise est en grande partie assurée grâce à ce genre d’affaires.

Les familles lui font appel aussi pour faire des recherches sur des parents disparus et surtout pour exercer en leur place un controle parental sur leurs enfants dans la période à risque de l’adolescence pour faire des rapports détaillés sur leurs fréquentations et leur passe-temps. Une manière de les prémunir contre les dérives ou tout le moins intervenir avant qu’il ne soit trop tard pour les arracher à l’adduction.

A l’entendre passer en revue certaines affaires qu’il avait eu à traiter, il semble évident que les affaires familiales, particulièrement l’adultère, sont en haut du tableau, 80 pc des dossiers traités, ce qui augure d’un avenir prospère pour la profession qui reste néanmoins aux frontières de l’illégalité, ni autorisée, ni interdite. Et ce, en l’absence d’une réglementation qui encadre strictement son exercice comme dans la plupart des pays européens et en Amérique du Nord et même dans certains pays africains comme le Burkina Faso où la profession de détective privé est placée sous la tutelle du Ministère de la Sécurité Nationale et de l’Administration du Territoire.

Cela dit, les détectives marocains ne semblent pas se plaire dans cette situation de vide juridique qui fait planer sur eux le risque de l’exercice d’une profession non autorisée et du coup, restent dépourvus de toute protection juridique dans l’exercice de leurs activités pour défendre les intérêts de leurs clients.

Conscients de l’importance d’une clarification du champ de leurs activités et désireux de promouvoir leur métier, les détectives privés marocains qui se comptent encore sur le nombre des doigts d’une seule main envisagent de créer un cadre associatif qui serait baptisé  »Association Nationale des Agents de Recherche Privée au Maroc » (ANARPM). L’objectif étant de plaider pour un véritable statut défini par la loi comme toute autre profession libérale, fixant les conditions d’honorabilité de son exercice et controlant sa pratique selon un code de déontologie.

Un statut et un cadre juridique qui réglemente strictement la profession plus jamais nécessaires aujourd’hui selon notre interlocuteur qui déplore que ce vide juridique sert plutot les intérêts des imposteurs qui commettent des escroqueries en se présentant à leurs clients comme étant des détectives privés.

Une activité crapuleuse qui risque de ternir l’image de cette profession avant même sa normalisation légale au grand désespoir des vrais et bons détectives privés marocains qui ne cherchent qu’à servir la justice.

Par : Rachid Sami

 

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Maroc

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