Des signes inquiétants, par Taoufik Bouachrine

Des signes inquiétants, par Taoufik Bouachrine
0 commentaires, 25/04/2012, Par , Dans Chroniques

Ce sont des signaux peu rassurants sur la retraite en rase campagne du gouvernement à propos des cahiers des charges de l’audiovisuel et qui avaient été à l’origine d’une levée de boucliers au sein de l’appareil médiatique de l’Etat; celui-ci s’était violemment soulevé contre la politique d’un gouvernement élu, refusant d’appliquer les dispositions de la nouvelle réglementation d’el Khalfi, le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, au prétexte qu’il n’avait pas été préalablement consulté, et pour la raison que le gouvernement barbu veut mettre à mal l’identité de 2M en réduisant le volume de ses diffusions en langue française. Et comme chacun le sait, le français est devenu l’une des lignes rouges de ce pays, à ne surtout pas transgresser, et dont il est même absolument défendu de s’approcher, davantage pour des considérations politiques que pour sa dimension culturelle et linguistique. Voici maintenant quelques indications sur la nouvelle position du gouvernement Benkirane qui aura préféré plié sous la bourrasque et renoncer à la défense de ses prérogatives constitutionnelles :

1/ Depuis une semaine, le ministre de la Communication reçoit des coups de tous les cotés, assénés par les généraux de l’audiovisuel public, sans qu’il ne lève la main pour se protéger, voire contre-attaquer, sans ouvrir la bouche pour répondre à Salim Cheikh, Samira Sitaïl et Fayçal Laâraïchi… comme si le devoir de réserve s’appliquait au ministre et non au fonctionnaire. Et même quand el Khalfi était parti au parlement, lundi dernier, pour répondre à la bande dressée contre lui, et qui est sortie de la légitimité constitutionnelle qui confère au gouvernement et à la HACA le droit d’élaborer et d’entériner les cahiers des charges, il s’est exprimé dans la langue d’un fonctionnaire de son ministère et non d’un responsable politique et gouvernemental qui défend une orientation stratégique. En effet, el Khalfi s’est contenté d’égrener des chiffres et de décliner des pourcentages, évitant soigneusement de réagir aux sous-entendus politiques apportés par la trouble et étrange saillie médiatique du trio de la télévision nationale.

2/ Cela fait plus de deux semaines que les cahiers des charges ont été remis au Secrétariat général du gouvernement pour leur publication au Bulletin officiel en vue de leur application, mais sans que M. Dahhak ne daigne faire son travail, en dépit du fait qu’il a reçu ces cahiers en droite provenance de la présidence du gouvernement qui dispose désormais, et en vertu de la constitution, de très larges pouvoirs en matière de gestion politique. Et cela laisse supposer le retour de ces cahiers à l’envoyeur, pour amendement en fonction de l’humeur de Salim, Samira et Fayçal, ces grands directeurs qui ont eu gain de cause contre le gouvernement, et qui ont montré à Benkirane, à l’opinion publique, au parlement, et à tout le monde, que la télévision officielle est un espace interdit au gouvernement, même en période de printemps arabe ou même d’automne perse…

3/ Avant-hier, réunion du Secrétariat général du PJD. Rien n’y a été décidé en ce qui concerne cette crise des cahiers des charges. Une proposition a bien été émise de limoger les deux directeurs de 2M pour leur non-respect de leur obligation de réserve et leur auto proclamation en opposants du gouvernement au sein même de l’administration, mais la direction du parti aura finalement refusé de retenir cette proposition aussi, préférant oublier le camouflet, faire comme si de rien n’était et s’en aller vaquer, vaillamment, à d’autres occupations… Et même el Khalfi, le ministre atteint dans son image et ses fonctions, n’a pas jugé utile de regimber, de se révolter, d’exprimer une opinion forte ; comment donc pourra-t-il poursuivre sa mission, décréter quelque chose, émettre une circulaire ou promulguer une loi ?

Ces cahiers des charges ne sont ni Bible, ni Evangiles ni même Coran… ce sont des idées, des réflexions, des propositions et initiatives qui peuvent être bonnes ou mauvaises. Cela coule de source… Mais ceux qui pensent que le débat actuel entre cette petite troupe de l’audiovisuel et le gouvernement est sain et salutaire, qu’il consiste en une ultime tentative des professionnels de la télé pour préserver leur indépendance, ceux-là se fourvoient complètement ou tiennent le role des amuseurs publics face à une cour et à une arrière-cour défendant des intérêts qu’ils ne s’imaginent même pas. En effet, la télévision publique n’a jamais été indépendante du pouvoir politique, de même qu’elle n’a jamais été professionnelle, et encore moins au service des contribuables ; ces télévisions n’ont jamais reflété les réalités de notre quotidien, mais suggèrent à l’inverse la vérité de notre société et de notre système, telle qu’elle est, sans retouche ni enjolivement. La télévision a de tous temps été, et demeure encore, un instrument de propagande, une extraordinaire usine de fabrication de bois pour la langue de bois, un outil de communication du pouvoir et une arme contre les adversaires du régime. Et, en contrepartie de ces services rendus à l’Etat, la bride est laissée sur le cou des chefs de l’audiovisuel pour agir comme bon leur semble dans cette administration productrice de tant de richesses et d’avantages et de privilèges et de sinécures et…

Monsieur el Khalfi, vous êtes sur le point de perdre cette bataille, et c’est votre affaire, car nous n’en connaissons pas les tenants et les aboutissants. Mais êtes-vous au moins capable de publier les rapports de l’Inspection des finances qui ont été rédigés sous l’ancien gouvernement pour 2M et pour la Société nationale de la Radio-télévision, afin que les Marocains puissent, au moins, savoir comment sont dépensés leurs deniers dans ce pole public sclérosé ?

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BenkiraneMarocains

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