Des signaux inquiétants de New York, par Taoufik Bouachrine

Des signaux inquiétants de New York, par Taoufik Bouachrine

Suite à la décision du Maroc de retirer sa confiance à l’envoyé du SG des Nations-Unies Ban Ki Moon au Sahara, le bureau e ce dernier à New York n’a pas tardé à apporter sa réponse. Martin Nesirky, le porte-parole de l’ONU, a déclaré dès jeudi soir, le même jour où le gouvernement marocain a pris sa décision, que « Le Secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki Moon, maintient toute sa confiance pour Ross ». Cette position constitue un précédent dans les relations de l’ONU avec les pays membres, et surtout lorsque l’organisation est en charge de la résolution d’un conflit sous le Chapitre VI, dans le sens où elle tient le role de l’intermédiation diplomatique dans un conflit entre deux Etats ou deux partis sans que cela n’aille jusqu’à menacer l’ordre mondial et la paix ; l’ONU joue alors les « Monsieur bons offices », sans plus. Mais si l’une des parties en conflit en arrive à retirer sa confiance dans l’envoyé spécial, alors le SG doit le retirer et le remplacer par une autre personne, ainsi que cela a déjà été fait par le passé pour des envoyés spéciaux refusés par l’Algérie, le dernier en date étant Peter van Walsum, le Hollandais qui s’était montré sceptique sur le règlement di conflit par le moyen du référendum et qui avait estimé que la proposition marocaine sur une large autonomie négociée avec une part des Sahraouis pouvait représenter une porte de sortie honorable pour toutes les parties.

Saâdeddine el Othmani doit répondre aux déclarations du porte-parole de l’ONU. Et il doit répondre d’une manière particulièrement ferme car la maison de verre newyorkaise est sortie des us diplomatiques et a eu un comportement incorrect et grossier, a fait preuve d’une indélicatesse et d’un manque de goût diplomatique à l’égard d’un Etat membre.

Mais le problème semble plus grand que la personne du Secrétaire général de l’ONU, puisque l’envoyé spécial que Rabat refuse désormais est américain… Et il est à craindre que le commentaire apporté par l’ONU à la demande marocaine soit une réponse américaine exprimée par la voix de l’ONU, surtout quand on sait que notre ministre des Affaires étrangères avait informé la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton de la décision du gouvernement, une semaine avant son annonce officielle.

Le Maroc n’a pas reçu de réponse claire de la part de l’administration américaine qui a promis d’étudier la question. Tout le monde sait que les USA sont la première puissance de l’ONU, et tout le monde sait que si ce pays avait décidé de retirer son diplomate de l’affaire du Sahara, le SG n’aurait jamais osé lui garder sa confiance, surtout qu’il lui sera difficile aujourd’hui, à Ross, de revenir à la table des négociations après qu’une partie essentielle du conflit met désormais en doute sa neutralité, et surtout aussi que l’envoyé spécial recommande d’élargir les attributions de la Minurso pour y inclure la dimension du respect des droits de l’Homme en plus de sa fonction de superviser les conditions du cessez-le-feu dans la région. Christopher Ross a entrepris en plus d’ignorer les résolutions de l’ONU qui considèrent que l’initiative politique marocaine est crédible et peut constituer une solution définitive au problème ; pire, Ross a essayé de donner plus d’impact international à ce conflit en invitant les membres du Conseil de Sécurité à visiter la région.

Cette année est une année électorale aux Etats-Unis, et l’administration Obama est occupée à assurer sa reconduction à la Maison Blanche ; Madame Clinton, de son coté, s’apprête à quitter le Département d’Etat. Pour ces raisons, il est difficile au Maroc de trouver un interlocuteur valable et disponible, contrairement à ce qui s’était produit en 2004 lorsque le Maroc s’était opposé à James Baker qui voulait imposer une solution aux différentes parties. Cette année-là, le roi Mohammed VI avait pris son téléphone et avait parlé directement à Georges Bush Jr qui avait alors intervenu et retiré Baker, l’ami de la famille Bush, de ce dossier, ramenant le calme et les choses à leur cours ordinaire. Aujourd’hui, les conditions sont différentes ; le roi Mohammed VI n’a jamais rencontré le président Obama, ne serait-ce qu’une seule fois, et même le lobby juif, auquel le Maroc avait recours lorsque les portes se fermaient à Washington, n’entretient plus les mêmes relations avec Rabat car Rabat a négligé cette carte gagnante depuis le décès Hassan II, ne tient plus le même role dans le conflit du Proche-Orient, et s’est replié sur lui-même selon le principe de « Taza avant Gaza ».

Un diplomate de haut niveau raconte une rencontre qu’avait eue le défunt roi Hassan II avec George Bush Sr, après sa défaite aux élections de 1992. Cette rencontre s’était tenue à Rabat, après un parcours de golf où l’Américain l’avait emporté sur son hote marocain. Lors du déjeunée, Hassan II avait demandé à Bush : « Monsieur le Président, comment avez-vous pu perdre cette élection contre un jeune homme qui n’a pratiquement aucune expérience internationale, alors que vous avez reporté la grande guerre du Golfe, mis fin à la guerre froide et vaincu l’Union Soviétique ? ». Long moment de silence de Bush, avant de répondre : « Les Juifs… Les Juifs, Votre Majesté… ils ne m’ont jamais pardonné le gel des garanties demandées par Israël, ils ne m’ont pas pardonné non plus mes pressions sur Tel Aviv pour aller à la conférence de Madrid aux fins de trouver une solution au conflit israélo-arabe… ».

Comment avons-nous pu perdre une carte aussi importante aux Etats-Unis… Comment ?

À propos Ahmed Belaarej

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