Des barbes inquiétantes…

Des barbes inquiétantes…
0 commentaires, 30/11/2012, Par , Dans Chroniques

Des faits de plus en plus inquiétants comment à se substituer au rêve arabe issu d’un printemps de la jeunesse, florissant, qui a fait tomber des dictatures que l’on pensait pourtant définitivement indétronables. Dernière affaire en date, les décisions du président égyptien Mohamed Morsi qui, pour faire court, s’est institué gouvernant doté des pleins pouvoirs, sans autre pouvoir contradictoire que lui-même, pour la raison qu’il y aurait des bastions de l’ancien système qui se dressent face à l’esprit de la révolution et qui s’opposent à l’application de ses réformes.

Certes, le président Morsia bien fait machine arrière face au tollé soulevé par sa décision, en interne et à l’étranger, mais ce qu’il convient de retenir de cela, ce sont ces intentions cachées de l’islam politique, toutes tendances confondues, qui est parvenu au pouvoir dans cette région, porté par des personnes qui n’ont pas les mêmes considérations politiques et idéologiques que les islamistes.

Et la même chose s’était produite quelques temps auparavant avec le tunisien RachedGhannouchi, suite à la publication de deux documents sonores, le premier avec des jeunes salafistes et le second avec l’un des chefs de ce courant radical ; en résumé, les propos tenus par Ghannouchi tendaient à expliquer à ses interlocuteurs que l’application de la charia doit se faire progressivement, par étapes, que l’objectif de l’instauration de cette charia n’est pas remis en question, les divergences portant uniquement sur la manière d’y procéder.

Certains n’hésitent pas aujourd’hui à réciter un requiem pour le printemps arabe, et certains autres tournent en dérision les joies enfantines qui avaient accompagné les révolutions… Mais la crainte de l’arrivée de l’islam politique aux affaires ne doit pas aller très loin non plus, étant entendu qu’un retour à des systèmes comme ceux de Moubarak, de Ben Ali et de Khaddhafi est aussi impossible que ressusciter un mort. La jeunesse d’aujourd’hui, pétrie des valeurs de notre siècle, assoiffée de liberté(s) et maîtrisant les moyens technologiques modernes en matière de communication et de mobilisation des masses aura réussi ce en quoi les structures politiques anciennes avaient piteusement échoué, et à leur tête les partis ; mais cette jeunesse ne disposait pas d’organisations, de programmes et de chefs. Elle a fait tomber les icones, mais devait en parallèle construire des systèmes populaires ; aussi, quand ces pays ont eu recours aux mécanismes démocratiques, en Egypte et en Tunisie principalement, les populations ont constaté que les dictatures effondrées avaient laissé derrière elles des victimes dotées de larges moyens financiers qui leur ont permis de s’installer au pouvoir, le plus démocratiquement du monde.

Les Frères musulmans en Egypte et le Mouvement Ennahda en Tunisie sont les résultats logiques de la répression, de la corruption, de la dictature et de la collusion des élites libérales avec les pouvoirs déchus, des élites qui se sont laissé entraîner dans des discours idéologiques soporifiques. En face, l’idéologie religieuse et la piété sont restés synonymes de « sérieux », mais cette piété n’avait aucun lien avec le pouvoir et la politique, au moment où le problème essentiel des élites a été de se tenir éloignées des questions religieuses au prétexte qu’elles relevaient de la sphère individuelle de chacun et de chacune, et pour la raison que la religion est une chose antagonique avec l’esprit du siècle. Résultat : ces élites ont laissé un élément fondateur et fondamental de la pratique démocratique, la religion, entre les mains des groupes plongés dans l’ignorance et pronant la violence, ou d’autres encore qui s’appuient sur la religion pour réinstaurer le temps et la pratique des premiers califes de l’islam – chose qui, on en convient, est impossible – ou, enfin, à des gens qui font dans la prédication religieuse et qui se divisent en deux catégories, ceux qui croient en la démocratie et l’alternance au pouvoir, et ceux qui ne croient à rien de tout cela et qui veulent accéder au pouvoir pour déclarer la fin de la vie terrestre et l’avènement d’une vie meilleure, avant même que de passer de l’autre coté !

Ce qui s’est produit dernièrement avec les Frères en Egypte et Ennahda en Tunisie est réellement effrayant, et cet effroi est accentué par les attitudes de ceux qui se trouvent à la droite des dirigeants actuels, et qui n’aspirent à rien d’autre qu’emplir les rues de burqas et des mains et pieds coupés, et qui n’attendent rien d’autre non plus que l’avènement de l’Emir qui révoquera le gouvernement, dissoudra le parlement et abrogera la constitution, car tout cela n’est que blasphème et hérésie.

Au Maroc, notre cher Maroc, il en va autrement, sauf pour une chose, les islamistes sont au gouvernement sans pour autant être les gouvernants. Nous n’avons pas connu de révolution et la légitimité de l’institution monarchique est très forte, transcendante, une monarchie qui bénéficie d’une immense popularité qui dépasse tout ce dont peuvent rêver les partis politiques ; le roi est le Commandeur des croyants et de ce fait, le parti islamiste n’a aucune influence sur le domaine religieux, et ne peut même pas s’en approcher. Et puis, au sein même du courant islamiste, il existe des différences entre, par exemple, la Jamaâ al Adlwalihsane qui s’oppose aux gouvernants et le PJD qui, lui, s’opposait au gouvernement… Quant aux mouvements salafistes, ils ne représentent pas plus que des groupuscules sans véritables moyens matériels, des groupuscules qui ne parviennent pas à résister à la puissance et à la force d’anticipation des services de renseignements qui les démantèlent les uns à la suite des autres et les empêchent de mettre en œuvre leurs plans, bien que dernièrement, la chaleur de ce qui se passe au Mali et au Sahel commence à nous parvenir.

Or, du fait même de cette crainte légitime de voir instrumentaliser la religion en politique, il est logique de craindre de la même manière l’impact du pouvoir sur les intentions des amis de Benkirane et cette appréhension augmente à mesure que sont connus les dérapages des frères en Egypte et en Tunisie… La question qui se pose, alors, aujourd’hui, tient dans la manière de répondre à ces dangers qui pèsent théoriquement sur le modèle social marocain, caractérisé par son ouverture et sa modernité.

Mettre en avant des figures politiques de moins en moins crédibles, porter des coups sous la ceinture, créer des faits et des situations artificielles, entraver les projets de réforme… tous ces comportements ne font, malheureusement, qu’accentuer la force du parti islamiste tant il est vrai qu’ils le confortent dans sa position de victime, une position électoralement très payante. L’opposition à l’islam politique sur nos terres nécessite des gens libéraux, des militants de gauche et des membres de la société civile convaincants, convaincus et crédibles, requiert des formations politiques qui donnent plus d’espace à leurs éléments compétents, aujourd’hui évacués sur des voies de garage en raison de calculs politiques aussi personnels qu’étroits. Il nous faut absolument, au Maroc, un discours d’opposition créatif, innovant, cohérent et sûr de lui, conquérant… il nous faut nécessairement « semer » un projet sociétal moderne près des racines de la société, un projet qui ne se contenterait pas d’embrasser le feuillage de cette même société. C’est donc de cette manière, et de cette manière uniquement, que l’on pourra vaincre cette peur des islamistes, et non en guerroyant contre eux avec des sabres en bois !

Mots Clefs:
Maroc

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