Dans la campagne marocaine, les cours d’alphabétisation font recette

Dans la campagne marocaine, les cours d’alphabétisation font recette

Malgré le dur labeur quotidien, elles sont des dizaines de femmes à se retrouver chaque soir avec la volonté farouche d’apprendre, enfin, à lire et à écrire: près de Marrakech, au sud du Maroc, dans un pays où un long chemin reste à parcourir, le centre d’alphabétisation fait recette.

Au cours des dix dernières années, plus de six millions de personnes ont bénéficié des programmes mis en place. Dans une grande majorité des cas (80%), ces bénéficiaires sont des femmes, souvent issues d’un milieu rural.

Sur les 16 académies régionales, 11 sont financées par l’Union européenne, qui y a consacré 1,5 milliard de dirhams (130 millions d’euros) depuis 2008.

A Saïdate, commune située au sud de Marrakech, où l’agriculture est l’activité principale, des villageoises de tout âge se bousculent pour assister aux cours qui se déroulent plusieurs fois par semaine dans la petite salle de classe de l’association Annawat (« le noyau »).

« La plupart de ces femmes travaillent dans la confection de tapis, chez elles ou bien dans les champs aux cotés de leur mari et de leur père », explique à l’AFP Abdelmajid Aït Mekki, un responsable régional du programme de lutte contre l’analphabétisme.

L’ambiance est studieuse et les femmes présentes, la plupart en djellaba, très concentrées. Interdiction de déranger! Ce jour-là, un simple mot figure sur le grand tableau noir: « khoukh » (pêche). Charge aux étudiantes de décrypter et retranscrire le nom de ce fruit sur leurs ardoises.

« C’est un programme qui cible le vécu quotidien et vise à permettre aux bénéficiaires de gagner en responsabilité, dans leurs familles et dans la société, à utiliser de nouveaux services (en matière de santé notamment, ndlr) mais aussi à en produire », fait valoir M. Aït Mekki.

« Leurs yeux brillent de nouveau »

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Pour Amina Nouizi, présidente de l’association « le noyau », qui fait partie d’une dizaine d’autres centres de lutte contre l’analphabétisme, les cours dispensés « ont transformé la vision que ces femmes ont de la vie et de leur quotidien difficile ».

« Leurs yeux brillent de nouveau. Elles peuvent aujourd’hui décrypter certaines choses qui leur paraissaient des énigmes », dit-elle.

Face à cette opportunité offerte d’ouvrir une nouvelle page de leur vie, « elles restent motivées et ne ratent aucune séance, malgré l’épuisement après une journée de travail », se félicite encore Mme Nouizi.

Au Maroc, plus de 735.000 personnes au total ont bénéficié en 2011-12 de cours d’alphabétisation, un effectif record, selon des chiffres officiels.

Grâce aux efforts des dix dernières années, le taux d’analphabétisme des plus de 10 ans, particulièrement élevé, a été ramené de 43% à près de 30%.

Mais le fardeau pèse toujours sur l’économie du royaume –lui coûtant 1,5% du PIB de source officielle–, ainsi que sur son modeste classement (130e sur 181 pays en 2011) au titre de l’indice de développement humain (IDH).

Expert des questions d’éducation, Mohamed Bouguidou, déplore en outre la participation financière « trop faible » -« à peine 3% »- des acteurs économiques.

Au sein du budget de l’Education, le pourcentage consacré à cette lutte est de 0,5%, alors que la norme internationale est d’au moins 3%, renchérit-il.

Sur le programme existant, selon le même ministère, quelque 360 millions de dirhams (environ 32 M EUR) sont nécessaires pour atteindre d’ici 2015 l’objectif d’un million de bénéficiaires par an.

En réponse aux critiques, le gouvernement islamiste a aussi promis d’aboutir sur le projet de création d’une Agence nationale, évoqué depuis 2007 et qui doit permettre de mieux coordonner les efforts des différents acteurs.

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Maroc

À propos Abdellah Miloudy

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