Ces pays du Golfe malades de nos femmes…

Ces pays du Golfe malades de nos femmes…
0 commentaires, 08/03/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

« L’émission de visas d’immigration pour les Marocaines est suspendue »… Telle fut la réponse reçue par une citoyenne marocaine travaillant pour un organisme économique international. Cette dame s’apprêtait à partir à Dubaï pour raisons professionnelles ; elle avait présenté ses documents, attestant de sa haute fonction au sein de son organisme, en même temps que l’invitation du Bureau régional de son employeur, et des différentes attestations prouvant le motif de son voyage, lequel devait d’ailleurs être pris en charge par son organisme. Mais tout cela n’a nullement plaidé en sa faveur, et elle s’est donc heurté au refus d’octroi de visa, uniquement du fait qu’elle est « une Marocaine ». Un refus dont le moins que l’on puisse dire est qu’il est humiliant et déshonorant.

Et puis, voilà encore quelques semaines, plusieurs dames qui devaient participer à une rencontre associative à Amman avaient dû subir toutes sortes d’avanies avant d’obtenir un visa d’entrée pour la Jordanie, en dépit du fait qu’elles avaient toutes produit leurs documents professionnels et universitaires, en plus de l’invitation de leur hote à Amman. Pour justifier la chose, un des responsables de l’ambassade jordanienne à Rabat a expliqué que ces dames étaient âgées de moins de 35 ans (sic).

Est-ce à dire, donc, que certains pays considèrent qu’une femme d’un âge de 35 ans et plus est « hors-service », « impropre à la consommation » ? Et puis, plus grave encore, comment donc peut-on considérer que toute Marocaine désireuse de partir dans un des pays du Golfe ou du Moyen-Orient est nécessairement une travailleuse du sexe (je refuse le mot prostituée, plutot brutal) ? Tout ce tapage médiatique au Maroc et dans d’autres pays arabes sur « la réputation des Marocaines » devient décidément dérangeant, offensant, provocant… car exagéré, et maladivement outrancier.

D’abord et avant tout, les métiers du sexe ont de tous temps existé, dans toutes les étapes de l’histoire des hommes ; ce n’est donc pas une particularité marocaine car dans tous les pays se trouve cette activité. Dans certaines nations qui ont atteint un degré de maturité élevée, on reconnaît ces métiers et on les admet, mais dans d’autres, on persiste à maintenir une image tronquée de pureté, que l’on enrobe de kilomètres de discours moralisateurs et empreints de vertu. Ensuite, ne trouve-t-on pas des travailleuses du sexe d’origine marocaine en Belgique, en France, aux Etats-Unis et dans bien d’autres pays occidentaux ? Logiquement, numériquement, tous les pays du monde abritent ces travailleuses d’origines diverses, dont des Marocaines. Je n’ai encore jamais entendu parler de « prostitution des Marocaines » dans un pays de l’Ouest. Je n’ai jamais non plus entendu dire que l’ambassade d’un pays européen ou américain ait refusé l’octroi d’un visa à une dame marocaine au motif que « sa politique en matière d’immigration » interdit désormais la délivrance de visas aux Marocaines. Nous sommes donc là face à une généralisation et à une humiliation dangereuses, que nous acceptons volontiers de la part des pays du Golfe, comme un fait accompli, comme une fatalité, et souvent avec une certaine gêne, comme s’il était du plein droit de ces nations d’adopter tels comportements illégitimes.

Imaginons un instant seulement que l’Espagne, la France, la Belgique, la Hollande ou n’importe quel autre pays européen se mettre à refuser de délivrer des visas aux jeunes marocains au prétexte ₺qu’il est apparu avec le temps et la pratique que les Marocains de sexe masculin représentent un plus grand risque d’immigration clandestine ». Revenons aussi sur les exemples cités plus haut et imaginons encore que la représentation consulaire d’un pays d’Europe décide de refuser systématiquement d’accorder un visa d’entrée pour les Marocaines, toutes les Marocaines…

Et puis, notons également que les travailleuses du sexe dans les pays du Golfe ne sont pas exclusivement marocaines ; elles sont des milliers à pratiquer ce métier, dans ces pays-là, venant de nations diverses, et contre bel argent. Non, en fait, le problème est tout autre, et est de nature sociale dans tout un ensemble de pays de la péninsule arabique. Il s’agit du problème des hommes dans cette région, clients des travailleuses du sexe marocaines, égyptiennes, russes, ukrainiennes ou d’ailleurs, tant il est vrai que les Marocaines ne détiennent pas le monopole dans ce domaine d’activité ; ces hommes ne sont montrés du doigt par personne pourtant, bien qu’une relation sexuelle marchande implique l’adhésion et donc la responsabilité de deux personnes, la femme et l’homme. Le problème est également celui de la femme arabe du Golfe qui considère que « la Marocaine est une voleuse d’hommes », comme si son pauvre et malheureux époux était une simple victime, qui n’en peut mais, embobiné et enlevé par cette marocaine qui devient sa deuxième épouse ou sa partenaire sexuelle contre paiement, et que lui n’est absolument pas responsable de ce qui lui arrive. Il eût mieux valu pour ces sociétés qu’elles reconnaissent l’existence de problèmes sociétaux comme l’adultère souvent, l’obsession sexuelle quelquefois et, plus généralement, la multiplication des épouses et d’autres travers qui nécessitent diagnostics et soins (comme cela se fait ailleurs) ; mais au lieu de cela, on préfère attaquer, accuser, sermonner une certaine catégorie de la population, certes responsable, mais pas seule à l’être, une catégorie qui ne représente qu’une partie du problème et non le problème dans son intégralité.

Nous avons décidément besoin de bon nombre d’études sociales et d’analyses sociologiques afin de mettre au clair cette grande confusion dans les concepts, une grande confusion à laquelle participe de manière significative la presse marocaine. La question de l’émigration vers le Golfe nécessite d’être étudiée sous plusieurs angles différents (la notion du tuteur, les relations entre employeurs et autorités d’immigration…)… Las, nous préférons retenir les idées courantes et usuelles et parler, reparler et ne pas cesser de ressortir cette antienne de « la prostitution des Marocaines dans le Golfe ». Il est grand temps, plus que temps de mettre un terme à ces vexations aussi maladives qu’excessives…

Mots Clefs:
Maroc

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