Ce pays est déjà nu…

Ce pays est déjà nu…
0 commentaires, 01/04/2013, Par , Dans Chroniques

Ces derniers jours sont apparus sur les murs de facebook des appels à se déshabiller ; l’invitation faite aux Marocaines dans ce sens était on ne peut plus claire : « Adresse-nous des photos de toi, nue, et nous les mettrons en ligne ». Cette invitation est la déclinaison marocaine d’une campagne mondiale d’appels à la nudité de filles de nombreux pays avec des slogans confus et obscurs que bien peu seraient capables de comprendre.

La campagne en question fait suite à l’acte d’une jeune femme égyptienne qui avait retiré ses habits, sur la voie publique, en compagnie de deux amies européennes, pour des raisons qu’elle avait qualifiées de politiques. Suite à cela, les pays arabes ont connu une vaste campagne de dénudement qui évoque assez une vague d’hystérie collective.

Ensuite, se mettre nu(e) est devenu un acte enveloppé dans moult explications… Celle-là explique s’être dévêtue pour protester contre l’arrivée des islamistes au pouvoir, celle-ci tombe ses vêtements pour exprimer son refus de l’excision des filles, et une troisième estime que son corps lui appartient et qu’il n’est l’honneur de personne… les raisons pullulent, mais les corps nus se ressemblent.

Or, il se trouve que les promoteurs de cette idée ont attendu longtemps pour recevoir la photo d’une femme marocaine en tenue d’Eve, mais cela ne s’est finalement point produit. En revanche, une autre image a fait le tour du web et de facebook : une femme étendue dans un cercueil prévu pour le transport des morts, et porté par des hommes tentant de traverser un gué dans une région éloignée… la femme dans le cercueil n’était pas morte, mais simplement enceinte, prise de soudaines convulsions et que personne n’avait pu conduire à l’hopital sur une route asphaltée. Le cercueil et la marche étaient donc la solution. Cette image était une puissante et éloquente réponse à ceux qui lançaient ces vains et douteux appels à se dénuder sur les murs de facebook, ces murs sur lesquels les gens intelligents affichent leurs créations et sur lesquels les imbéciles affichent leurs nudités.

La photo de la femme étendue sur un cercueil est un million de fois plus forte que celle de la femme nue contre un mur, et son histoire étaient infiniment plus poignante que celle de toutes ces abruties qui, puisque leurs cerveaux ont arrêté de fonctionner, ont décidé d’exposer leurs poitrines… une sorte de rappel du bâton de Moïse qui s’est transformé en serpent géant pour avaler tous les petits reptiles créés par les sorciers de pharaon.

Aujourd’hui, sur les murs de facebook, des millions de Marocains se laissent aller à écrire des choses qu’ils ne pouvaient pas dire voici quelques années seulement. Les gens étaient irrités par leur situation et allaient exploser de colère ici et là ; parfois même, ils gravaient leur rage à coups de craie ou de charbon sur un mur, avant d’évacuer les lieux dare dare avant qu’un caïd ou un moqaddem ne montrât le bout de son nez. Mais de nos jours, les Marocains donnent libre cours à leurs libertés virtuelles, et laissent courir leurs imaginations créatrices ; par moments, ces imaginations dépassent le stade d’une simple expression sur un mur virtuel, et à d’autres moments, elles restent ce qu’elles sont, de simples imaginations…

Cette image de la femme dans son cercueil ne reflète très probablement pas le premier cas du genre, car il est sûr que cela s’est déjà produit ailleurs, dans d’autres coins du « plus beau pays du monde ». Et puis, il est presque certain qu’il y a eu des femmes enceintes, parturientes, qui ont été placées dans un cercueil pour être portées vers une maternité ou ce qui en tient lieu, mais qui ne sont pas sorties de leur cercueil une fois l’accouchement achevé car, mortes, elles ont été conduites vers le cimetière. Ce sont là des cas de dames dont n’ont vraisemblablement jamais entendu parler ces imbéciles qui demandent à d’autres de poser nues sur un mur de facebook.

Il y a quelques semaines, les eaux d’une rivière ont emporté deux fillettes dans la région de Larache ; les deux petites essayaient de traverser à gué, parce qu’il n’y avait pas de pont qui surplombait ce cours d’eau, et il n’y en a toujours pas. Les deux fillettes voulaient simplement rendre visite à leur famille, un jour de fête. Ce jour-là et les suivants, celles qui défendent la nudité ne s’étaient pas manifesté, en lançant un mouvement quelconque pour une quelconque réaction… ces filles, elles ne tombent les fringues que pour protester contre l’excision, pas pour dénoncer la mort de deux petites filles.

Dans les montagnes, d’autres fillettes meurent chaque année de misère, de froid et de malnutrition. Dans ces contrées, les femmes ne trouvent pas assez de vêtements pour se protéger des morsures du froid glacial, pendant qu’une petite troupe de dingues réclament à cors et à cris, et à corps, de se mettre nues devant la chaleur tiède de leurs ordinateurs.

La photo de la femme enceinte dans son cercueil n’est pas seulement une réponse à ces défenseures de la nudité et du dénudement, mais vient aussi au moment où commencent à s’échauffer les esprits et les tambours du festival Mawazine, ce festival qui est devenu le rendez-vous annuel de la provoc’, une manifestation suivie par les populations un peu comme si elles étaient soumises à un tir nourri, avant que le festival ne prenne fin, et le tir aussi, et que les Marocains attendent celui de l’année d’après, et son tir aussi.

Cette année encore, des chanteurs, des musiciens et des saltimbanques viendront de tous les coins de la terre, ils empocheront les milliards puis s’en iront, alors que nous, nous, nous continuerons de transporter nos femmes enceintes vers les hopitaux, dans des cercueils.

Ce pays est nu, il est déjà tout nu sans que des campagnes de dénudement viennent s’ajouter et en rajouter sur facebook.

Mots Clefs:
Marocains

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