Casablanca… une ville qui endure plus qu’elle ne peut supporter

Casablanca… une ville qui endure plus qu’elle ne peut supporter
0 commentaires, 25/12/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Une légende circule aujourd’hui entre les fans des deux clubs casablancais du WAC et du Raja sur le match nul réalisé par leurs équipes à leur dernière rencontre, un match nul « arrangé » pour protéger le tramway ; autrement dit, la victoire de l’une ou de l’autre de ces deux formations aurait suscité l’ire, violente, des supporters du perdant qui se seraient ainsi vengés, comme à leur habitude, sur les bus et le tram. Et donc, les deux équipes ont fait match nul, et c’est le tram qui a finalement gagné.

Mais il semblerait que ce monstre d’acier était déjà en colère contre les Casablancais, sans même que les widadis et les rajaouis ne s’en prennent à lui ; il a ainsi sectionné le membre d’un type qui s’était un peu trop approché de lui, un peu comme pour dire aux gens : « C’est vous ou moi, ici ! ».

Casablanca n’est pas cette ville que tout le monde imagine. Elle était une cité flamboyante à l’architecture envoutante, aux immeubles élancés et élégants, présentant une urbanisation harmonieuse… mais tout cela a disparu dès après l’indépendance. En effet, une fois le Protectorat fini, la ville a plongé. Et c’est sans doute pour cela que les Casablancais gardent dans leurs foyers et leurs commerces les photos en noir et blanc de la ville dont aucun habitant ne comprend comment elle a pu naître, grandir, vieillir et mourir en l’espace de seulement une centaine d’années, contrairement à d’autres grandes cités de la terre qui ont vécu des centaines, des milliers d’années et qui sont toujours aussi pimpantes, aussi belles, aussi désirables.

Il aurait été possible de construire un tramway à Casablanca voici plusieurs années déjà, mais voilà, cela ne s’est pas fait. Il aurait été possible de l’aménager pendant le Protectotrat ou aux premières années de l’indépendance, mais non, cela n’a pas été le cas, et la conséquence directe est que les rues, avenues et boulevards de cette grande cité se sont transformés en véritable enfer pour leurs usagers.

Aujourd’hui, le tram creuse sa voie au milieu d’une ville qui a vieilli avant l’âge. Lui, c’est un jeune pimpant, fringant et au mieux de sa forme, pétillant de santé et suintant l’énergie de tou(te)s ses por(t)es, et elle, la ville, paraît être cette dame âgée qui ne se résout pas à l’outrage du temps et qui se maquille comme elle peut pour une improbable jouvence.

Autrefois, à l’apparition du train, de jolis villages, nouveaux, sortaient du sol et accueillaient ce nouvel arrivé… Quant au tram, il traverse une ville dont les rues et les artères existent depuis un siècle, et c’est bien pour cela que ses « phares (yeux) s’embuent » à chaque traversée de la cité, à la vue de ce que sont devenus ses quartiers. Et donc, si les promoteurs de cette grande œuvre pensaient que leur mission est achevée, ils commettraient là une sérieuse erreur car c’est justement aujourd’hui que tout commence ou que tout devrait commencer par une reprise en main résolue de la ville et sa protection d’une démolition lente mais inexorable.

A chaque fois qu’un visiteur arrive à Casablanca, après l’avoir quittée quelques années, il s’aperçoit avec effroi qu’elle sombre doucement, lentement, sûrement, vers des abîmes de désolation… mais, à coté, une autre Casablanca fleurit et prospère, celle du capital et de la richesse, des commerces et des restaurants, des lieux huppés et des endroits plus ou moins stéréotypés… mais cela ne sert à rien, et ces quartiers sont sans âme, dépourvus de sens, car Casablanca, la vraie, l’unique, est celle où bat son pouls, celle où vivent ses gens, celle qui a été et est en voie de ne plus être.

Voici quelques années, quand les Casablancais avaient commencé à perdre espoir de voir leur ville autrement que comme un dépotoir, ils disaient que leur métropole était devenue « le plus grand bidonville, ou douar, du pays », le réceptacle de toute la misère et/ou l’opulence de la nation : elle accueille les gens des montagnes et ceux des plaines, elle accueille les ruraux et d’autres citadins, elle reçoit les ratés et les battants, les pessimistes et les optimistes, les repus et les corrompus, les propres et les malpropres… Puis, la ville remplit sa fonction « rénale », elle filtre ce et ceux qu’elle peut, laissant le reste et les restes au temps qui fera son office. Par moments, Casablanca ne peut tout contenir, ressent de violentes coliques et pâtit d’indigestions diverses et parfois, perverses.

Près de la porte d’un immeuble, un habitant cause avec son voisin et tous deux envisagent de lier la benne à ordures du bâtiment au lampadaire qui jouxte l’entrée, au moyen d’une grosse chaîne en fer. La raison ? L’ancienne benne avait été dérobée par un indélicat, avec ses déchets et ses détritus, qui l’avait fourguée aux habitants d’une résidence voisine. Quand de pareilles scènes se produisent et se répètent, alors cela signifie que l’avenir de la ville est en péril.

Dans un taxi, un jeune hilare se marre en se demandant pourquoi le prix du mètre carré dans un immeuble atteint 15.000 DH pour le seul fait de la proximité de ce bâtiment avec une téléboutique ; et le jeune de noter aussi que dans un autre immeuble, les appartements ont atteint des niveaux himalayens parce que la résidence jouxte une mosquée… « Et si c’était une église qui était à coté, les prix auraient baissé ? », demande le jeune homme en s’esclaffant de plus belle…

Quelque part, sur une avenue casablancaise, une troupe de ruraux assure le spectacle, les uns soufflant dans leurs flûtes, les autres tapant sur leurs « tambours » ; les passants passaient, puis s’intéressaient, et dansaient… des clodos, des mendiants, des gens ordinaires, jeunes et moins jeunes personnes désœuvrées ou affairées…

Une tranche de vie dans une ville qui, décidément, endure plus qu’elle ne peut vraiment supporter.

Mots Clefs:
Casablanca

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