Benkirane pourra-t-il se débarrasser des « faucons » de la (très) haute fonction publique ?

Benkirane pourra-t-il se débarrasser des « faucons » de la (très) haute fonction publique ?

Il aura fallu que le gouvernement ouvre la porte aux candidatures à certaines hautes fonctions publiques, conformément à la loi réglementant les nominations aux hauts postes de l’administration, pour que plusieurs grands responsables et non moins grands directeurs sentent le vent du changement souffler de plus en plus fort sur eux.

Jusqu’à la rédaction de ces lignes, ils sont trois hauts fonctionnaires à être déjà concernés et à avoir été touchés par les changements : Saâd Benabdallah, l’ex-Directeur général (DG) du Centre marocain de promotion des exportations, Abdelkader Alami, l’ex-DG de l’Office de Développement de la Coopération et Najib Benamour, l’ex-DG de la Caisse de Compensation.

Des questions se posent pourtant quant à la capacité de Benkirane de pouvoir réellement disposer du sort de ces hauts fonctionnaires, pour la plupart des « faucons » que rien ni personne ne peut déloger ni même ébranler. Mais une source de l’intérieur même du Secrétariat général du PJD a affirmé que le directeur d’une administration publique qui aura passé dix ans ou plus en fonction doit en partir, même s’il est un saint parmi les saints, avec un comportement de saint.

Notre source ajoute que le chef du gouvernement emploiera ses attributions pour désigner à ces fonctions des responsables qui réunissent les conditions de compatibilité avec l’esprit du programme gouvernemental, précisant encore une fois qu’ils sont nombreux, très nombreux, les responsables d’administrations ou d’entreprises publiques, dotés de qualités ordinaires, qui sont restés beaucoup trop longtemps en poste.

Parmi les plus controversés de ces patrons, celui de la Royal Air Maroc, Driss Benhima, que le chef du gouvernement n’arrive pas à déboulonner, bien que la compagnie ait connu ces dernières années une profusion d’évènements qui auraient pu la conduire à la faillite, n’eût été l’intervention des pouvoirs publics et leur apport de 9,3 milliards de DH pour la redresser. La RAM a dû aussi mettre en vente ou en location longue durée plusieurs de ses appareils, neuf pour être précis, en plus de la mise en vente de ses parts dans les hotels qu’elle détenait, la fermeture de nombre de ses agences en France et l’encouragement au départ volontaire de 750 de ses cadres, avec un objectif de 1.500.

Et puis, il y a aussi Saïd Ibrahimi, le Directeur Général du Moroccan Financial Board, société en charge de la promotion institutionnelle et du pilotage de Casablanca Finance City. Depuis sa nomination en 2010, Ibrahimi n’aura réussi aucune avancée majeure dans le projet de place financière à Casablanca, sauf peut-être les fondements posés sur les décombres de l’ancien aéroport de Casa-Anfa et quelques accords signés avec des holdings et fonds du Golfe et aussi avec la société financière de Singapour pour la coopération. Ces revers suscitent des interrogations sur les capacités de l’homme et sa manière de travailler, et induisent également des doutes sur l’avenir du projet de la place financière de la capitale économique du pays.

Et puis le tour viendra également pour Fethia Bennis, la Directrice générale de Maroclear, dont le mandat à la tête de son institution été récemment renouvelé, dans le plus grand secret, suite à des manœuvres soutenues et en coulisses afin d’anticiper la promulgation de la loi sur les nominations aux hautes fonctions publiques et d’éviter les incompatibilités que prévoit celle loi. L’intéressée, en retraite en 2008, avait été pourtant nommée à ce poste cette année-là, pour une durée de 5 ans qui devait donc se terminer cette année, et elle perçoit pour sa fonction un traitement mensuel de 120.000 DH, en plus des primes et indemnités.

Nous en arrivons au pole de l’audiovisuel public… La bataille ardue qui avait été menée en début d’année, sur fonds de cahiers des charges, entre les responsables des médias officiels d’une part et le chef du gouvernement et son ministre de la Communication d’autre part, a laissé des traces profondes. Les plaies de cette bataille homérique sont toujours aussi vives et influent lourdement sur les relations entre le gouvernement et les dirigeants des chaînes télé et radio publiques. Le maintien de Fayçal Laâraïchi et de Samira Sitaïl en poste est donc remis en question.

Noureddine Saïl, le DG du Centre cinématographique national, maintenant… L’homme est resté très longtemps à sa place, depuis qu’il avait quitté 2M, et a la haute main sur un organisme qui distribue des millions de DH, chaque année, dans le cadre du programme de soutien à la production cinématographique nationale.

Concernant al Omrane, son patron actuel, Badr Kanouni, a eu maille à partir avec la Chambre des Conseilleurs, aux membres de la quelle il avait refusé d’indiquer le montant de son salaire, sachant que les élus l’avaient convoqué pour expliquer les dysfonctionnements que connaît cette holding immobilière. Nommé en 2010, Kanouni a eu à gérer un certain nombre de problèmes récurrents en matière de gestion et a pris nombre de grandes décisions qui n’ont pas convaincu tout le monde.

Jawad Hamri, le DG de l’Office des Changes, est lui aussi dans le collimateur, son nom ayant été impliqué plusieurs fois dans les dernières années dans des affaires de fuite de capitaux vers l’étranger, en plus de son conflit avec le Trésorier général du Royaume, Noureddine Bensouda, en raison ou suite à des saisies sur ses biens personnels après la faillite d’une entreprise dont il était le gérant, et aussi après la saisie de son salaire depuis quelques mois le Trésor public.

Quant au DG de Marsa Maroc, il est à son tour visé par les changements à la tête des grandes administrations publiques. Ce haut fonctionnaire a été épinglé également ces derniers temps pour cause de recrutements et de passations de marchés en dehors des procédures légales pour les deux actions.

Un autre poste qui pourrait être mis en jeu, celui de la direction générale de la Société nationale des Autoroutes du Maroc, dont le patron actuel, et depuis fort longtemps, Othmane Fassi Fihri, a été à l’origine des troubles sociaux de 2011 et 2012 qui ont occasionné à son entreprise de grosses pertes, en raison de son incompréhensible intransigeance face aux revendications sociales de ses employés aux péages qui demandaient une intégration au sein de l’entreprise publique. Les grèves lancées par ces employés avaient alors conduit à des pertes de plusieurs millions de DH en deux semaines de bras de fer.

Enfin, Aziz Abdelali, DG de l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL), pourrait lui aussi être concerné par le mouvement en préparation ; il lui serait reproché d’avoir été à l’origine d’anomalies dans l’approvisionnement du marché en farine subventionnée, de même qu’on lui impute le fait de s’être incliné sous la pression des lobbies des minotiers qui souhaitaient être favorisés par rapport aux classes défavorisées dans la distribution de la farine subventionnée, ce qui engageait sa responsabilité dans les déséquilibres du marché du blé et de la farine.

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Maroc

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