Benkirane joue bien, mais voilà, il ne marque pas de buts…

Benkirane joue bien, mais voilà, il ne marque pas de buts…
0 commentaires, 13/11/2012, Par , Dans Chroniques, Couverture

Le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, commence à s’adapter peu à peu à sa nouvelle vie au sein du Mechouar royal, de même que les tiraillements des débuts entre le nouvel arrivé et les vieux locataires des lieux commencent à s’estomper et à céder la place à une meilleure compréhension, à de la patience magnanime et à des concessions, même si tout cela est plutot unilatéral, de la part du chef du gouvernement seulement. Benkirane, après avoir échappé à des accidents de route, certains ayant été assez sérieux, se montre désormais plus circonspect, fait preuve de plus de retenue dans ses propos et ses décisions. Il apprend du passé, l’œil rivé sur l’avenir.

Sa dernière sortie devant la Chambre des Conseillers a évité la mention des crocodiles et des démons, son discours ayant été plus réaliste, plus rationnel, moins provocateur pour les centres de pouvoir et ses noyaux durs qui persistent à le considérer avec une certaine méfiance.

Le chef du PJD se rend compte aujourd’hui que le jour où les électeurs lui demanderont des comptes, cela se fera sur son bilan économique, social et politique, et non à l’aune de l’acuité des polémiques politiques et médiatiques. Benkirane est arrivé à la présidence du gouvernement, alourdi et gêné par l’image qu’en a laissée son prédécesseur Abbas el Fassi, une image de faiblesse du premier des ministres, qui n’en peut mais, et qui s’informe des grandes décisions sur les ondes de la radio ou à la télévision. Et ainsi, au tout début de son mandat, le chef du gouvernement a voulu passer pour un dirigeant fort, rompant avec cette image de faiblesse, un responsable qui sait et peut prendre des décisions difficiles, intraitable quand on empiète sur ses prérogatives, tant il est vrai qu’il est arrivé là, porté par la vague du printemps arabe et renforcé par les centaines de milliers de voix des électeurs qui lui accordé leur confiance.

C’est pour cela que l’homme était gêné à chaque contact direct entre les conseillers du roi et ses ministres, et l’était encore plus quand ces mêmes ministres lui avouaient que les décisions prises par leurs départements ne l’étaient pas forcément par eux et que ces décisions les dépassaient… et c’est pour cela aussi que le chef du gouvernement ressent de l’amertume lorsque la ligne spéciale qui le relie au palais demeure muette…

D’un autre coté, le makhzen a commencé à son tour à s’habituer au style de gouvernance de Benkirane, à admettre sa spontanéité et sa franchise dans le discours ; ce makhzen, rompu aux méthodes de pouvoir et savamment rodé à le conserver, traînant derrière lui une longue tradition et expérience dans l’apprivoisement des durs en jouant tour à tour la carotte et le bâton… ce makhzen, donc, a entrepris de contenir Benkirane, ses ambitions politiques et son leadership qui inquiète tant les cercles d’influence, du moins tant qu’une alternative ne s’est pas encore dégagée.

Tout cela est de bonne guerre… mais la question suivante demeure posée : les résultats de cette bataille serviront-ils l’expérience démocratique, les plans de développement et la gestion des affaires de l’Etat ou, à l’inverse, nuiront-t-ils à la dynamique démocratique et à l’interprétation de la constitution vers un mode parlementaire ? La réponse à la question est aujourd’hui prématurée.

Un an après sa nomination à la présidence du gouvernement, Benkirane décide de déménager de sa modeste demeure du quartier des Orangers à Rabat, près du siège de l’UMT, pour aller à sa villa de fonction au quartier des Princesses. Cette décision n’est ni formelle ni protocolaire ni même relevant de questions de sécurité. Il s’agit d’un acte politique qui montre que des changements importants sont intervenus dans l’esprit de Benkirane et ont modifié sa relation au pouvoir et à ses traditions, à sa fonction et à ses contraintes, au statut qui est le sien et à ses avantages.

Le chef du gouvernement, après son triomphe aux dernières élections partielles qui étaient un test pour sa popularité et celle du parti qu’il conduit et qui se trouve au pouvoir depuis dix mois, a acquis de l’assurance en lui-même, et ne craint plus pour son image, comme cela avait le cas au tout début, lorsqu’il était passé de l’opposition au gouvernement. Et c’est cette même assurance qui lui a permis d’affronter Hamid Chabat qui envisageait de transporter la lutte du parti de l’Istiqlal où elle se tenait au cœur même du gouvernement, pour affaiblir Benkirane au sein de sa propre équipe et l’éreinter d’ici aux prochaines élections, à leur date programmée ou même avant… C’est pourquoi Benkirane, en réaction, abandonne ses pulsions populistes et s’engage plus résolument dans les champs économique et social avec des décisions certainement impopulaires à court terme, mais qui apporteront leurs bienfaits au Maroc plus tard, offrant au PJD une nouvelle base électorale qui n’était pas nécessairement prévue dans les calculs du parti.

L’année écoulée par Benkirane à la tête du gouvernement était une période d’apprentissage et d’exercice au pouvoir ; cela signifie que les erreurs de débutants ne seront désormais plus permises, aussi bien pour le chef du gouvernement que pour ses ministres. Aujourd’hui, il faut réaliser, concrétiser, et non plus seulement marquer des points sur ces arènes de combat médiatiques ou tribuniciennes. Le gouvernement ressemble de plus en plus à cette équipe de foot très populaire et qui joue avec maestria, mais qui ne marque pas de buts et qui ne parvient pas à ébranler son adversaire… Aussi, tot ou tard, le public de cette équipe se mettra à protester, puis à huer, avant peut-être de quitter les tribunes, sans espoir de retour.

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