Benkirane et Chabat… deux « concubines » sous le même toit

Benkirane et Chabat… deux « concubines » sous le même toit
0 commentaires, 05/12/2012, Par , Dans Chroniques

Le conflit politique entre le chef du , Abdelilah Benkirane, et le Secrétaire général du parti de l’Istiqlal, Hamid Chabat, est en train de se cristalliser en sensibilités psychologiques entre les deux « zaïms »… et ces égos commencent à menacer très sérieusement la coalition gouvernementale. La sagesse populaire marocaine dit qu’il est difficile d’avoir un visage propre lorsqu’il appartient à deux personnes… et c’est précisément le cas du visage du gouvernement Benkirane… un visage dont on a dit qu’il était barbu, mais qui en réalité est égratigné, balafré. Et à l’avenir, il est fort probable que les deux « têtes » de la coalition aggravent la chose par les coups de pied et de poings dont certains peuvent atteindre les zones sensibles.

Lundi dernier, lors de la dernière réunion du Comité exécutif du parti de l’Istiqlal, Chabat a rapporté que, à l’en croire, il avait « lancé en pleine figure du chef du gouvernement qu’il était un champion des sous-entendus perfides, mais que j’étais encore meilleur que lui en la matière et que tout ça allait nous conduire droit dans le mur »… pour ne pas dire plus (« lekhnez »)… Puis Chabat de poursuivre, s’adressant toujours à ses ouailles du Comité : « Benkirane ne peut continuer à se comporter ainsi, comme s’il était le prof et nous ses élèves… ».

Pour sa part, le chef du gouvernement a décidé de ne plus répondre publiquement aux propos tenus par Chabat, ni de se laisser entraîner par lui dans la polémique, sur les pages des journaux, les écrans télés et les ondes des radios… mais il n’a pas hésité non plus à s’ouvrir du cas « Chabat » au roi, se plaignant de son caractère turbulent, et déclarant qu’il n’accéderait jamais aux souhaits du patron de l’Istiqlal, même si cela devait coûter la vie à son gouvernement.

Le bras de fer est à son paroxysme entre les deux hommes… entre le premier parti au gouvernement et le second. Le chef du gouvernement n’est pas disposé à se défaire de son role de « prof », de « maestro », et Chabat n’est absolument pas prêt à embarquer dans le bus gouvernemental comme n’importe quel voyageur qui se remet entièrement entre les mains du chauffeur. En effet, l’ambition de Chabat semble ne plus être maîtrisable ; maintenant qu’il est devenu le chef du parti, il ne se contente plus d’être le leader d’une formation qui apporte l’appoint numérique au gouvernement, laissant Benkirane engranger les fruits de son action et accroître sa popularité… Et bien évidemment, les fables du programme gouvernemental et de la charte de la majorité ne sont qu’une aimable plaisanterie dans cette guerre ouverte pour les fonctions, les positions et les intérêts…

Que faire, donc ? Personne ne détient de réponse à cette question, hormis les deux autres – petits – associés de la coalition, Nabil Benabdallah et Mohand Laenser, qui commencent à nourrir l’ambition d’intercéder entre les deux belligérants qualifiés de « populistes »… Peine perdue, semblerait-il, car l’entreprise revient en quelque sorte à vouloir réconcilier deux épouses vivant avec leur mari sous le même toit, dans la même chambre : coups, blessures, conflits, tiraillements, et re-coups et re-blessures…

Aussi, un divorce entre les deux grandes formations et l’arrivée du RNI, par exemple, au gouvernement est une chose envisageable, mais Mezouar, de même que Laenser d’ailleurs, accepteront-ils de laisser la partie belle à Benkirane et de le voir se transformer de chef du gouvernement en leader politique ? Se voient-ils jouer les seconds roles dans un film où Benkirane tient le role principal ?

Et c’est là que le bât blesse. Il faut savoir en effet que « le jeu politique marocain » a ses règles, ses coutumes et ses codes ; et donc, malgré les apports de la nouvelle constitution, dont le moindre n’est pas d’avoir ouvert la porte de la concurrence au sein des partis, il n’en demeure pas moins qu’il reste là une chose que l’on appelle une constitution non écrite… aux termes de laquelle on placera bien des cailloux dans les souliers de Benkirane pour le ralentir, voire le freiner, dans sa course effrénée sans adversaires bien sérieux, à l’exception du palais royal. Le chef du gouvernement sera donc appelé à régler le pas de sa monture dans l’enceinte du palais et non au siège de l’Istiqlal.

Benkirane n’a pas le « courage » de reconnaître l’échec de la majorité à rester unie au sein d’un même gouvernement, il n’a pas le courage non plus de démissionner et/ou de convoquer des élections anticipées, à deux tours pour dégager clairement une majorité et une minorité, ce qui aurait l’immense mérite de nous sortir de cette balkanisation qui ne réussit à aboutir qu’à des gouvernements bancals et souffreteux, avec des partis qui passent le plus clair de leur temps à gérer leurs querelles de clochers, à baiser les têtes des vainqueurs, et parfois des vaincus, à fricoter entre eux pour tricoter des consensus et traficoter des alliances… laissant le pouvoir aux gens de pouvoir.

Et voilà donc pourquoi tout porte à croire que notre chef du gouvernement prendra son mal en patience, pariera sur l’avenir, pendant que les intérêts du peuple continueront de pâtir de ce combat de coqs entre des lutteurs qui ne voient pas plus loin que leurs becs.

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Benkirane

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