Benkirane demande la tête de Samira Sitaïl

Benkirane demande la tête de Samira Sitaïl

Suite à la visite effectuée par la Commission exploratoire parlementaire conduite par la députée PPS Gajmoula Bent Abbi mercredi dernier au siège de 2M, les craintes et inquiétudes nées à la création de ladite commission ont encore augmenté à propos des raisons cachées de sa mise en place, surtout que la visite est intervenue dans une ambiance tendue par les discussions sur les cahiers des charges.

Ainsi, selon des informations provenant de la chaîne d’Aïn Sebaâ, « les doutes quant aux intentions de la Commission » sont légitimes si l’on prend en considération les éléments clairs qui se présentent ; de fait, la visite effectuée à la chaîne régionale de Laâyoune, puis celle au siège de la Société nationale de la Radio-télévision étaient secondaires en comparaison à la visite rendue au siège de 2M, qui a toujours été considérée comme une chaîne rebelle et « hargneuse », parfois même présentant « des handicaps », étant entendu que cette chaîne a eu par le passé maille à partir avec le PJD, aujourd’hui parti au gouvernement.

Les questions posées par la Commission, constituée conformément au Règlement intérieur de la Chambre des Représentants, et particulièrement celles de Gajmoula Bent Abbi, d’Abdessamad Hiker du PJD et Samir Belfaqih du RNI, ont axé sur les pressions que l’on suppose exercées par Samira Sitaïl et le role véritable joué par la Directrice de l’information au sein de la chaîne.

Cette dernière n’était pas présente à la première visite de la Commission, du fait qu’elle se trouvait en vacances à Bruxelles. On se rappelle qu’en mars dernier, Abdelilah Benkirane n’avait pas admis la riposte de Mme Sitaïl quand elle s’était exprimée dans les médias, avec Salim Cheikh le DG de la chaîne, pour contester la première mouture des cahiers des charges, une sortie qui avait soulevé des tempêtes et engendré des zones d’ombres qui ne sont toujours pas levées aujourd’hui.

Selon des sources d’Assabah, certaines questions posées par les élus – et dûment enregistrées – frolaient le « harcèlement », essentiellement celles adressées à Mme Sitaïl, mais aussi à Hamid Saâdni et Reda Benjelloun, respectivement adjoints de Samira Sitaïl chargé des informations pour le premier et des magazines d’information et du documentaire pour le second. Quant à Salim Cheikh, il est attendu que la commission se réunisse avec lui cette semaine même.

Lors de la première visite, les parlementaires avaient passé en revue le fonctionnement de la chaîne, ses méthodes de travail ainsi que les ressources humaines dont elle dispose. Les élus avaient écouté les explications, mais avaient néanmoins relevé une situation « anormale » de 2M, supposée être un organisme public, fonctionne avec 95% de ses ressources qui proviennent des rentrées publicitaires !

Abdallah Bakkali, pour l’occasion, s’était transformé en syndicaliste dénonçant les « tracasseries programmées » que subissent les représentants salariaux de 2M relevant du SNPM (Syndicat national de la presse marocaine) de la part de personnes travaillant au sein de la chaîne, mais aussi des personnes extérieures, bien que le SNPM ait été à l’avant-garde des doléances des travailleurs et qu’il était même devenu une référence dans l’élaboration de la Convention collective ; aussi, les syndicalistes ont exhorté les membres de la Commission à entreprendre les actions nécessaires pour mettre fin à la répression à laquelle ils sont soumis dans la défense des droits et libertés de leurs confrères.

Selon des sources gouvernementales et professionnelles, Abdelilah Benkirane avait été très clair au sujet de Samira Sitaïl en déclarant, lors de la rencontre qu’il avait eue avec le patronat le 18 septembre, que « Samira me fait la guerre et moi je vais en parler en haut lieu », alors que son ministre d’Etat Baha avait ajouté que « 2M doit se remettre sur le bon et droit chemin ».

Benkirane accuse 2M de « couvrir ses activités d’une façon assez étrange », et de ne pas avoir diffusé l’intégralité de son intervention au sujet de la rentrée scolaire, contrairement à la Une ; plus tard, le chef du gouvernement a également imputé à 2M la responsabilité de la coupure de son adresse à propos de l’accident de Tichka ; pour Benkirane, les extraits diffusés de son intervention sur ce drame étaient arrangés de manière à biaiser leur sens général.

Le chef du gouvernement a donc menacé de ne plus s’exprimer sur les ondes de la chaîne d’Aïn Sebaâ, quand il a dit que « tout cela est prémédité… et c’est donc la dernière fois que je parle dans les micros de 2M ». Il aura fallu l’intervention calme de Mme Bensalah, la présidente de la CGEM, qui a remis les choses à leur endroit, mais cela n’empêche pas des questions à propos de l’indépendance des médias à l’égard d’un parti politique conduisant le gouvernement.

Tout cela est confirmé à l’observation du comportement du chef du gouvernement à l’égard des journalistes de 2M, surtout à Fès et Rabat, où les correspondants avaient ressenti une forme d’humiliation quand Benkirane avait accusé leur chaîne de ne pas le citer dans certaines déclarations, les laissant dans le vague, et cela pose encore plus de problèmes et de questions sur l’autonomie des médias publics et leur professionnalisme face à tels comportements d’un gouvernement de nature autoritaire.

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