Au Maroc, les producteurs de safran s’organisent pour défendre l' »or rouge »

Au Maroc, les producteurs de safran s’organisent pour défendre l' »or rouge »
1 commentaire, 16/12/2012, Par , Dans Couverture, Régions

Au pied des cimes enneigées du Toubkal, le plus haut sommet d’Afrique du nord (4.167 m), Taliouine pourrait jouer la carte du tourisme. Mais c’est sur un autre trésor que mise cette ville marocaine: celui du safran, un « or rouge » dont elle est la capitale.

Au début du mois s’est tenu dans cette cité berbère située à 1.500 m d’altitude le 6e festival du safran, une épice très réputée en pharmacie, cosmétique, gastronomie et auquel on prête même des vertus aphrodisiaques.

Avec sa voisine de Taznakht, Taliouine concentre plus de 90% de la production du royaume, estimée à trois tonnes par an et 75 millions de dirhams de revenus (6,75 millions d’euros).

Mais si cette 6e édition a été l’occasion de célébrations, elle a aussi fait l’objet de multiples tables rondes visant à renforcer le secteur. Car bien qu’étant une bénédiction, la filière locale du safran s’avère fragile, principalement du fait de la concurrence ravageuse du marché informel.

L' »or rouge » figure ainsi parmi les produits alimentaires les plus frelatés, selon le directeur général de la coopérative Souktana, Driss Samih.

Face à ce constat, les responsables locaux brandissent, eux, le coût important d’une production de qualité, « résultat de trois mois de travail », souligne auprès de l’AFP Zahra Tafraoui, membre de Souktana.

C’est sa rareté qui fait le prix du safran de qualité: cet épice est issu d’une fleur (crocus sativus) exigeant des conditions climatiques drastiques (été chaud, hiver frais et humide) et qui ne peut être cueillie que de mi-octobre à mi-novembre, pendant seulement deux à trois heures par jour, à l’aube, avant qu’elle ne s’ouvre. Bouquet final: il faut environ 200 fleurs pour obtenir un gramme de safran sec!

En conséquence, son prix de vente oscille entre 2,3 et 10 euros le gramme. Or, sur le marché informel, « le produit est vendu à des prix qui n’atteignent même pas le coût de production! », s’insurge Mohamed Basaid, responsable commercial à Dar Safran, un groupement de coopératives.

Pour faire front, les producteurs ont justement été incités à faire cause commune, démarche à laquelle le festival de Taliouine contribue. « Grâce à lui les agriculteurs ont pu échanger et commencer à s’organiser », dit M. Basaid.

Appellation d’origine

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C’est en 1979 qu’est apparue la première coopérative, mais il a fallu attendre 2004 pour que la deuxième soit créée. « A partir de là, avec l’appui d’associations, nous avons expliqué ce qu’était une coopérative et sa philosophie. Les agriculteurs en ont alors compris l’intérêt », enchaîne-t-il.

De quatre lors du 1er festival en 2007, leur nombre est monté à 30, dont 18 sont désormais réunies au sein de Dar Safran, un Groupement d’intérêt économique (GIE).

C’est à la faveur des efforts de ce GIE que les producteurs ont obtenu, il y a deux ans, l’Appellation d’origine protégée (AOP), « un avantage essentiel », avance encore M. Basaid.

Mais les efforts demandent à être poursuivis: selon des chiffres officiels, 60% de l’exploitation se fait toujours de manière non structurée.

« Tous les agriculteurs devraient adhérer à une coopérative, faute de quoi la filière reste instable et négligée », plaide Mohamed Basaid.

Chef du service de développement des projets sociaux, Tarik Outrahe se montre optimiste, fixant à « un ou deux ans » la mise en place d’une activité pleinement « structurée ».

Preuve des espoirs que placent les pouvoirs publics dans la filière, le gouvernement lui a consacré un projet quadriennal qui vise à porter la production annuelle à Taliouine de 1.325 à 6.695 kg, à améliorer les revenus des agriculteurs et à générer 600 nouveaux emplois.

Une Maison du safran, dotée d’un budget de 6,5 millions de dirhams (585.000 euros), a aussi été inaugurée.

Au Maroc, plus de 90% de la production de safran est destinée à l’export, en premier lieu la France, l’Espagne et les Etats-Unis.

Mots Clefs:
Maroc

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Un Commentaire

  1. décembre 16th, 2012 15:20

    safran

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