Au Maroc, devenir ministre serait bon pour les affaires

Au Maroc, devenir ministre serait bon pour les affaires

Au Maroc, le fait d’avoir occupé des fonctions ministérielles peut s’avérer utile pour bien intégrer le monde des affaires et y faire une fortune. C’est ce qu’affirme en tout cas Tarik Hari, chercheur au Centre marocain des sciences sociales, dans une interview accordée au magazine Jeune Afrique.

Le passage par un poste de ministre peut-il aider à bien démarrer dans le monde des affaires et à développer son business. Pour Tarik Hari, la réponse est oui. Dans une interview accordée au magazine Jeune Afrique, publiée lundi 4 février, ce chercheur au Centre marocain des sciences sociales, explique qu’au Maroc, tout homme d’affaires qui se respecte ne peut laisser passer une telle opportunité.

Un passage essentiel 

« Au-delà du discours officiel de « contribuer au développement du pays et à sa démocratisation », ces hommes d’affaires tiennent compte d’une réalité au Maroc : le passage par des fonctions politiques est essentiel pour développer son business, du moins pour les entreprises à grands capitaux, les « champions » marocains. Le pays fonctionne beaucoup sur la cooptation, le clientélisme et le réseau », estime le chercheur.

Interrogé si cela peut être associé à de l’affairisme, Tarik Hari répond sans détours :

« Profiter de sa position de pouvoir pour accumuler et faire fructifier une fortune est une pratique qui a toujours eu cours au Maroc. Disons qu’on est dans un système où les grâces et les rétributions des proches et fidèles font partie de la gestion du politique. Depuis longtemps, le régime a compris que le controle et la distribution des ressources économiques sont une méthode de gouvernement. Aujourd’hui, les fortunes se font et se défont selon le niveau de proximité avec la cour royale ».

Le G14

D’accord, mais qu’en était-il auparavant ? Pour le chercheur, cette pratique trouve son origine dans les années 90, quand le Maroc était encore sous le règne de Hassan II.

« Après l’indépendance, le recrutement politique était traditionnellement réalisé au sein des universitaires en droit et sciences politiques. Ce n’est qu’à partir des années 1990 que les ministres sont venus des mondes technocratique et entrepreneurial. Le roi Hassan II s’est alors mis à rechercher, dans le contexte d’une libéralisation du Maroc, des expertises économiques et financières. Il a ainsi créé le groupe de réflexion G14, dont sont notamment issus Driss Benhima (Ndlr : PDG de Royal Air Maroc) et Aziz Akhannouch (ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime et patron du groupe Akwa) ».

« C’était un choix stratégique du Palais. Ce qu’on peut dire, c’est qu’à partir des années 1990 l’entrepreneur émerge comme un acteur de la vie sociale et économique du pays. Sous Mohammed VI, le mouvement s’est accéléré avec l’arrivée d’une génération de quadragénaires proches de lui. De plus, ces patrons ont investi les partis politiques pour avoir une légitimité en cas de nomination ».

De la gestion publique

Selon Tarik Hari, un poste de ministre au Maroc relèverait plutot du domaine de la gestion publique et non de la politique.

« En réalité, nous sommes davantage dans la gestion de la chose publique, le ministre n’a pas de poids politique. Toutes les grandes orientations de ces dernières années ont été décidées au niveau du Palais. Et les ministres, à l’aide de cabinets d’expertise spécialisés, se sont chargés de les exécuter ».

Qu’en est-t-il alors de l’équipe Benkirane et des ministres du PJD ? Les verra-t-on un jour convertis à leur tour en riches hommes d’affaires? L’avenir nous en dira certainement plus.

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