Al Adl wal Ihsane critique un gouvernement sans « vraies prérogatives »

Al Adl wal Ihsane critique un gouvernement sans « vraies prérogatives »

Un responsable d’Al Adl wal Ihsane interdit mais toléré au Maroc a critiqué l’actuel gouvernement, ceux du parti Justice et développement (PJD), dénués de « vraies prérogatives » et qui ont accepté de jouer les figurants, selon lui.

« Le gouvernement est enchaîné et n’a pas de vraies prérogatives », ses membres « ne sont que de simples employés de façade », a déclaré dans un entretien à l’AFP Fathallah Arsalane, numéro deux et porte-parole d’Al Adl wal Ihsane (AWI/ »Justice et bienfaisance »).

Ce gouvernement est dirigé par le PJD qui, contrairement à AWI, reconnaissent au roi le statut de commandeur des croyants. Cantonné dans l’opposition, le PJD a remporté les élections fin 2011, peu après l’adoption d’une nouvelle constitution, dans le contexte du Printemps arabe.

Ce texte est censé renforcer les pouvoirs du gouvernement. Mais « peu importe qu’il soit islamiste ou pas, les marges de manoeuvre de ce gouvernement sont restées restreintes », a affirmé M. Arsalane.

Face à ce constat, il a insisté sur ses craintes quant à la situation économique et sociale du pays, qui « se détériore de jour en jour ».

« La société s’est transformée, il y a plus de personnes diplomées, bien instruites mais qui (…) n’ont ni travail ni maison, ni horizon. Si cette jeunesse explose, personne ne pourra l’arrêter », et « c’est ce que nous craignons », a-t-il expliqué.

D’après lui, AWI a « attiré l’attention » du PJD sur cette situation économique « et sur leur manque de marges de manoeuvre » pour y répondre. « Mais ils ont choisi de mettre le pied dans le feu », a-t-il déploré.

Partie prenante du mouvement pro-réformes du 20-Février, né avec le printemps arabe, AWI s’est retiré des cortèges fin 2011, évoquant la crainte d’une escalade.

Cette décision a porté un rude coup à la mobilisation, mais la mouvance islamiste ne « regrette pas » son choix, selon Fathallah Arsalane, qui insiste sur sa doctrine « non violente ».

« Nous n’avons aucune arme »
« Nous croyons à la démocratie et nous sommes un mouvement qui peut devenir un parti politique, mais l’Etat nous l’interdit », a-t-il également plaidé.

Aussi, avec le décès fin 2012 de son chef spirituel, Cheikh Yassine (84 ans), un des principaux opposants de la monarchie sous Hassan II, AWI n’a-t-il pas été tenté de relancer les autorités pour sortir de l’ombre?

« Le fait de déposer une nouvelle demande serait purement formelle. Le plus important, c’est le feu vert des autorités pour le faire. Si tu ne l’as pas, c’est inutile », a fait valoir M. Arsalane, en appelant à la liberté d’expression.

« Supposons qu’on ait un problème avec la royauté. Ca n’est qu’une opinion, nous n’avons aucune arme. La vraie démocratie est suffisamment ouverte pour supporter toutes les opinions », a-t-il avancé.

Début décembre, si des dizaines de milliers de personnes ont assisté à Rabat aux obsèques de Cheikh Yassine -preuve de la popularité du mouvement-, son audience exacte est inconnue, une situation subie a assuré Fathallah Arsalane.

« Le principe de notre travail, c’est la transparence. C’est l’Etat qui nous traite comme un hors-la-loi », a-t-il argué.

S’agissant du projet politique d’AWI, il l’a également décrit comme modéré.

« Aucune pression ne doit être exercée sur les choix de l’individu, sa relation spirituelle et le droit de connaître Dieu », a-t-il ainsi affirmé, en réaction à une controverse au Maroc autour d’une fatwa (avis juridique) du Conseil des oulémas contre les apostats.

« Certains mangent publiquement durant le ramadan et d’autres ne souhaitent pas être enterrés dans un cimetière musulman. Est-ce qu’on va les tuer ou les forcer à suivre l’islam? Jamais! il faut gérer les différences », a-t-il dit.

Il a par ailleurs fustigé les groupes islamistes régionaux liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

« Nous sommes nous-mêmes visés par ces groupes qui nous considèrent comme non musulmans à cause de notre soutien à la démocratie », a-t-il noté, tout en critiquant l’intervention française au Mali qui a « servi davantage des intérêts personnels que ceux de la région ».

Mots Clefs:
Maroc

À propos Mouna Naciri

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *