Activité féminine : « faible » taux d’activité des femmes au Maroc

Activité féminine : « faible » taux d’activité des femmes au Maroc

Estimé à 24,7%, le taux d’activité des femmes au Maroc reste assez faible en comparaison avec les pays ayant un taux de croissance similaire, a estimé ce jeudi Abdeslam Seddiki, le ministre de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, lors d’une conférence sous le thème « Les femmes et le monde du travail ».

Abdeslam Seddiki a ajouté que « le taux d’activité des femmes n’a pas accompagné la dynamique que connait le Maroc dans tous les domaines » et a expliqué cette faiblesse du taux d’activité des femmes par le « partage traditionnel des rôles, la prolongation de la durée de scolarité en milieu urbain et quelques pratiques discriminatoires sur le marché du travail ».

Le ministre de l’Emploi et de la Formation Professionnelle a insisté sur le fait que le Code du travail stipule l’interdiction de la discrimination et la protection de la maternité. Ceci n’a pas empêché l’établissement du taux d’emploi des femmes à 22,3% contre 67,2% pour les hommes.

A l’échelle mondiale, les taux de participation au marché du travail des hommes et des femmes sont actuellement d’environ 50% pour les femmes et 77% pour les hommes. En 1995, ces chiffres étaient respectivement de 52 et 80%.

Dans une étude sur les « Inégalités de genre et pratiques d’entreprise au Maroc » réalisée en 2013, Marie-Thérèse Chicha notait que la situation des travailleuses ne s’est améliorée que de façon limitée pour plusieurs facteurs : le paradigme traditionnel du genre qui met l’accent sur le rôle familial des femmes, un taux de fécondité qui a longtemps été très élevé, l’absence de service de garde et de transport collectif adéquats ainsi qu’au plan macroéconomique, les politiques d’ajustement structurel.

Réalisée dans le cadre de l’Initiative de partenariat du Moyen-Orient (MEPI) du Bureau international du travail, cette étude soulignait que la situation des travailleuses en entreprise reste marquée par différentes pratiques directement ou indirectement discriminatoires : recrutement, évaluation de la performance, formation, promotion, salaires, conciliation travail-famille et harcèlement sexuel.

Pour le penseur musulman Kamal Znidar, la situation de la femme marocaine en matière d’emploi paraît tout à fait normale quand on prend en considération la nature de la culture religieuse qui domine le Maroc. Cette culture, selon lui, n’encourage pas le travail de la femme et limite son rôle au femme au foyer.

« Dès l’enfance, on programme la femme marocaine à devenir ménagère et pas fonctionnaire ou manager. Que ça soit à la maison, à la rue, et même à la télévision et à l’école, l’image de la femme est toujours associée au rôle de la mère attachée à son foyer qui sacrifie sa vie pour s’occuper des tâches ménagères et de l’éducation de ses enfants », a dit l’auteur du livre « Islam : meilleure religion au monde ».

« Cette culture donne naissance à des femmes désintéressées des réussites estudiantine et professionnelle. A cause d’elle, nombreuses sont les femmes marocaines qui cèdent à leurs études voire démissionnent de leur métier dès qu’elles se marient. Leur choix-là et ces démissions en masse de ces marocaines dès qu’elles se marient poussent de nombreux entrepreneurs à éviter le maximum possible l’emploi de la femme », a-t-il ajouté.

Kamal Znidar a aussi estimé que la montée en puissance des forces de l’obscurantisme et la présidence du gouvernement par un islamiste qui lutte pour maintenir la femme au rang de ménagère et l’empêcher d’être manager vont rendre la lutte pour la libération des femmes de plus en plus difficile au Maroc.

Le 17 juin 2014, dans un discours violent devant les parlementaires lors d’une séance orale sur « les questions et les attentes de la femme marocaine des programmes et politiques du gouvernement », le chef du gouvernement marocain a déclaré que tout le problème de la femme marocaine est qu’elle est entrée dans le marché du travail.

Il a poursuivi dans un discours rétrograde que le travail « ne lui laisse plus le temps ni de se marier, ni de devenir mère, ni d’éduquer ses enfant s» et a qualifié son choix de travailler d’une « erreur ».

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