A Fayçal Laâraïchi et Samira Sitaïl… les leçons de la BBC

A Fayçal Laâraïchi et Samira Sitaïl… les leçons de la BBC

Une fois encore, c’est la vénérable BBC, l’une des plus anciennes et plus respectables institutions d’information au monde, qui nous donne une leçon, cette BBC qui a su garder toute son indépendance bien qu’elle soit financée par l’argent public.

L’évènement serait passé inaperçu ou totalement anodin s’il s’était produit au Maroc… Ainsi, lors d’une émission du soir diffusée par l’une des stations relevant de la BBC, un invité a affirmé qu’il avait subi un harcèlement sexuel de la part d’un membre du Parti conservateur, 40 années auparavant ; et bien que la personne n’ait pas mentionné le nom du supposé indélicat, cela a été considéré comme « une grave faute professionnelle », car un homme a été accusé sans preuves d’une action très grave qu’il est par ailleurs très difficile de prouver. Alors, le président de la BBC, George Entwistle, n’avait plus d’autre choix que de démissionner de son poste, suite au scandale qu’ont créé les déclarations de l’invité ; et il a été suivi dans sa démission par les grands directeurs de la vieille dame, pas pour une quelconque solidarité avec leur ex-patron ou même pour suivre son exemple, mais bien par souci de préserver la crédibilité, et donc la respectabilité de leur institution.

A partir de là, nous pouvons tirer des leçons que devraient apprendre, et retenir, les responsables de nos médias audiovisuels nationaux.

Leçon n°1 : C’est le premier responsable de la BBC qui a pris l’initiative de présenter sa démission, sans attendre qu’il soit révoqué; il a pris cette décision aussitot après la faute commise et le débat qui a suivi. Il n’a pas sanctionné des lampistes, ne les a pas déférés devant un conseil de discipline, n’a pas effectué de retenues sur leurs salaires… non, Entwistle a assumé ses responsabilités en sa qualité de patron de la chaîne et a décidé de partir, bien qu’il n’ait été nommé à sa fonction que quelques mois auparavant. Il aurait pu présenter ses excuses, justifier l’erreur par sa nomination récente, ou même prétendre que de hauts responsables du pays lui avaient demandé avec insistance de se maintenir à son poste.

Leçon n°2 : Le patron d’une institution qui considère sa « crédibilité » comme son plus grand capital et sa plus grande richesse a démissionné, en compagnie de ses principaux collaborateurs pour préserver la réputation de l’organisme où ils ont travaillé. Et ce faisant, ils ont considéré que l’image de la BBC est infiniment plus importante que leurs fonctions ou leurs sorts personnels.

Leçon n°3 : La BBC n’a pas essayé de dissimuler sa responsabilité ou de camoufler le scandale ; elle a même diffusé des émissions à ce sujet, montrant ainsi tout le respect qu’elle a pour ses téléspectateurs et pour leur intelligence. Cette affaire, qui implique la BBC, aura été commentée et analysée par la même BBC.

Leçon n°4 : Personne n’a évoqué le danger pour la BBC de perdre ainsi, et d’un seul coup, son haut état-major administratif et éditorial en raison de cette démission collective. L’obsession de tous était de savoir comment cette vénérable institution, qui a fait tant d’efforts pour acquérir une réputation de sérieux à travers le monde et à travers le temps, pouvait agir pour sauver cette réputation et préserver sa notoriété de sérieux et de compétence qui était menacée.

Au Maroc, il existe un individu nommé Fayçal Laâraïchi qui est à la tête de ce qui appelé le pole public de l’audiovisuel ; il est en poste depuis 13 ans, et depuis 13 ans, des centaines de fautes aussi graves les unes que les autres ont été commises. Malgré cela, personne ne l’a interpellé, personne ne l’a interrogé, et rien ne l’a ébranlé, pas même sa propre conscience, si tant est qu’il en ait une. Et comme pour Laraâïchi, il existe au sein de 2M une directrice des Informations, Samira Sitaïl de son nom, qui est en poste elle aussi depuis une dizaine d’années. Cette dame avait dans le passé veillé à superviser le « montage » d’une manifestation montée de toutes pièces contre l’hebdomadaire « le Journal » ; elle a également tripatouillé les couvertures de plus d’une manifestation officielle ou d’opposition en vérifiant les « montages » qui en étaient faits ; cette dame a toujours veillé à ce que les informations de sa chaîne soient en parfaite conformité avec la ligne officielle des autorités non moins officielles. Et voici quelques jours, en sa qualité d’épouse de l’ambassadeur du Maroc près de l’Union européenne, elle se trouvait à Bruxelles et a été à l’origine d’une manifestation des immigrés marocains devant les instances européennes ; puis, reprenant sa casquette de directrice de l’information, elle a fait couvrir la manifestation par les gens de sa chaîne.

Bien évidemment, personne ne s’est étonné de cela, personne n’a songé à demander des comptes à cette dame. Et bien entendu, n’attendons rien de sa conscience car de telles personnes n’ont généralement pas une conscience qui s’éveille dans pareils cas.

Fayçal Laâraïchi et Samira Sitaïl sont des modèles de ces « responsables » qui sont en charge des affaires publiques dans notre pays. La plupart sont des « fonctionnaires », dépourvus de conscience, sans âme et encore moins de personnalité. Indignes et déshumanisés… N’y a-t-il pas eu au Maroc de grandes et grosses manifestations qui avaient demandé leurs démissions, sous leurs fenêtres ? Leurs propres employés n’avaient-ils pas, à leur tour, réclamé leurs départs ? Las… ces responsables ont acheté les consciences achetables de leurs contempteurs et de leurs employés en distribuant postes, fonctions, augmentations et autres avantages…

La grande leçon à tirer de tout cela est que l’élément qui a poussé les dirigeants de la BBC à s’en aller, collectivement, est leur sentiment d’avoir perdu la « confiance » de leur public, celui-là même qui leur verse leurs traitements. Leurs consciences les ont taraudés, ébranlés, bousculés, appelés à leurs devoirs et rappelé à leurs contraintes au sein de leur institution.

Les chefs de la BBC ont démissionné par respect pour leurs téléspectateurs et auditeurs, et ceux des médias marocains restent à la barre, par mépris pour leur public. Mais le vrai paradoxe n’est pas là… il est dans le fait qu’un public qui tolère de pareilles gens qui le méprisent tant… mérite qu’ils soient et qu’ils restent en charge de ses médias.

Mots Clefs:
Maroc

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