60 ans de rigolade…

60 ans de rigolade…
0 commentaires, 01/02/2013, Par , Dans Chroniques, Couverture

Chabat souhaite affronter Benkirane dans un grand stade de football. L’homme sait que tout cela, ce conflit, n’est qu’un spectacle, sinon pourquoi aurait-il voulu convier les gens à un lieu de spectacles. A partir de là, les choses sont claires pour tous ceux qui veulent pratiquer la politique de l’autruche et considérer que le pays avance sérieusement.

Si nos affaires étaient véritablement sérieuses, nous n’aurions pas assisté à l’arrivée à la tête de nos plus grands partis politiques d’hommes qui ne savent plus ce qu’ils sont ni qui ils sont… des hommes politiques, des leaders, ou de simples pitres que d’autres qu’eux ont chargé de divertir les populations, ou plutot les distraire ?

Revenons à cette proposition de débat public et laissons courir notre imagination… Le stade se remplit peu à peu, le stade Mohammed V à Casablanca par exemple… 60.000 personnes sont venues, et 30 millions regardent dans les cafés ou chez eux… Hamid Chabat est le premier à se présenter, en sa qualité de demandeur, sous les acclamations de ses gens qui le supportent, le soutiennent, l’encouragent et prient pour qu’il soit et qu’il reste dans la gloire et qu’il prenne le dessus sur son ennemi de toujours. Chabat lève les bras bien haut, saluant virilement son public, comme le font ces héros des péplums au cinéma avant d’entamer leur combat dans l’arène de Rome. Après cela, c’est au tour de Benkirane de faire son entrée triomphale, bruyamment accueilli par ses fans, le sourire du chef sûr de lui et de son fait accroché aux lèvres. Ses fidèles se lèvent comme un seul homme et lui font une longue ovation, lui souhaitant plein succès. Les deux adversaires s’installent chacun dans son coin et se défient du regard.

L’arbitre prend son micro et réclame du calme ; il prévient que la lutte sera âpre entre les deux challengers, rompus à ce type de combat, et il annonce aussi que celui des deux combattants qui sera déclaré vainqueur rencontrera Driss Lachgar en finale ; mais si le duel devait se terminer par un match nul, alors des rounds supplémentaires seront tenus et si les deux protagonistes sont toujours à égalité, des tirs aux buts (obus) devront les départager.

Le débat commence alors et les deux lutteurs, Chabat et Benkirane usent de tous leurs mots de destruction massive… Ils se tirent dessus, ils s’éreintent, ils s’épuisent, en clair et/ou en langage codé ; ils font dans le sous-entendu perfide et parfois même disent des choses qu’ils ne sont qu’eux deux à comprendre. Les acclamations fusent de tous les coins du stade et à la fin de la confrontation, les deux hommes lèvent tous les deux les bras en signe de victoire, puis quittent l’arène sans se saluer… On attend donc la seconde manche, probablement au stade de Tanger, ou Marrakech, ou peut-être même Rabat.

Fin du film, ou du débat… le générique se déroule sur les écrans, avec les noms des acteurs, par ordre d’apparition, puis ceux des techniciens des décors, ceux du montage et ceux des maquilleurs… et enfin, arrive le nom du producteur du spectacle : le makhzen.

Revenons maintenant à la réalité. Voici quelques jours, deux sœurs se sont noyées dans un cours d’eau proche de Larache, l’une était âgée de 21 ans, l’autre de 14, parce que personne n’avait prévu de construire un pont reliant les deux rives. Les deux défuntes travaillaient à Tanger et, à l’occasion de la fête du Mouloud, avaient décidé de rendre visite à la famille, du coté de Larache… sauf que l’oued avait un avis contraire et s’est chargé de les garder sur son lit.

C’est cela, cette réalité que nos politiques veulent nous cacher à travers leurs pitreries de si mauvaise facture que ça en devient une insulte à l’intelligence des Marocains. Hamid Chabat est le Secrétaire général du parti de l’Istiqlal et Abbas el Fassi était le député de Larache cinq années durant, c’est-à-dire dans la région même où n’existe pas ce pont qui aurait pu sauver les deux jeunes filles en reliant les douars de la région au monde extérieur… Abbas n’avait jamais visité sa circonscription depuis sa « victoire » électorale, tout le monde connaissant l’histoire de son succès face à son adversaire… Mais Chabat a appelé Benkirane à débattre et a oublié d’appeler Abbas à aller à Larache.

Quant à Benkirane, il est le chef du gouvernement, et à ce titre sait que les démons et les crocodiles ne peuvent en aucune manière l’empêcher de rendre visite aux coins reculés du pays, là où il n’existe ni ponts, ni écoles ni hopitaux. Il sait lui, que dans l’oued qui a emporté la vie des deux malheureuses, il n’y a pas de crocodiles, mais plutot une grande corruption… car le budget qui devait servir à la construction de ce pont a été englouti voici bien longtemps par des voleurs que lui, Benkirane, connaît parfaitement. Seulement voilà, au lieu de les démasquer et de dévoiler les noms de leurs semblables, il a choisi de s’engager dans la voie de l’amuseur public qui divertit et qui distrait. Et c’est pour cette raison qu’il a lancé aux gens de Davos que le Maroc est un pays splendide, magnifique. Quel est donc ce pays magnifique, splendide, ou deux jeunes personnes dans la fleur de l’âge se noient dans un fleuve parce qu’aucun pont n’a jamais été construit dessus ?

On se rappelle qu’il y a quelques années, une pièce de théâtre se produisait dans les villes et les campagnes, et avait pour nom « deux heures de rigolade », un titre qui incitait les gens à y aller, achetant leurs tickets pour passer un moment de détente.

Aujourd’hui, les Marocains sont bien lotis ; ils ont en effet l’occasion de regarder une autre pièce, gracieusement offerte et qui ne requiert aucune pub à la télé ou ailleurs. Pendant que les peuples construisent leurs printemps, et le vivent, nous, nous mettons en scène une nouvelle comédie, sauf que cette comédie n’a pas commencé aujourd’hui mais il y a bien longtemps, soixante ans au moins… Soixante ans de franche rigolade.

Mots Clefs:
Maroc

À propos IBERGAG

Auteurs Anonyme contribuant a l'actualité sur le site communautaire http://ibergag.com

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *